‹ Louis AgassizChapitre 93 sur 387 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

presque entièrement l’œuvre qu’il croyait très avancée. Il aurait pu être découragé par l’abondance de richesses qui semblaient lui ouvrir d’innombrables voies vers un horizon inconnu, mais grâce à la générosité des naturalistes anglais, il put choisir dans plus de soixante collections deux mille exemplaires de poissons fossiles et les envoyer à Londres, où la Société géologique lui permit de les déposer dans l’une des salles du Somerset House. Cette prodigieuse quantité de matériaux ainsi transportés et arrangés, le travail de comparaison et d’identitication devint relativement facile.

Il appela sans délai auprès de lui son fidèle dessinateur M. Dinkel, qui commença immédiatement à copier tous les exemplaires propres à jeter un nouveau jour sur l’histoire des poissons fossiles; ce travail retint M. Dinkel en Angleterre pendant quelques années.

C’est à cette époque qu’Agassiz se fit deux amis dont la sympathie et la coopération à son œuvre furent inappréciables pendant toute sa vie, Sir Philip Egerton et Lord Cole (plus tard, comte d’Enniskillen) qui possédaient deux des plus belles collections de poissons fossiles de la Grande Bretagne1. Jusqu’à l’achèvement de son ouvrage sur les Poissons fossiles, leurs plus précieux exemplaires furent à sa disposition. Son dessinateur put travailler pendant des mois au milieu de leurs collections et, même après le départ d’Agassiz pour l’Amérique, ils ne manquèrent jamais de l’associer aux avantages obtenus par l’augmentation de leurs musées. Dès ce moment leur correspon-

1 Elles sont actuellement la propriété du Musée britannique.

AGASSIZ A NEUCHATEL

dance, surtout celle de sir Philip Egerton, témoigne de l’intérêt toujours croissant qu’ils portaient à la carrière scientifique d’Agassiz et à ses difficultés.

Ce fut à regret qu’Agassiz quitta l’Angleterre en octobre et qu’il vint reprendre ses cours à Neuchâtel, emportant avec lui tous les spécimens qui lui étaient indispensables pour la continuation de son ouvrage. Pendant l’hiver suivant, chaque heure de loisir fut consacrée à ses Poissons fossiles.

Une lettre du professeur Silliman de New Haven (Connecticut), marque le commencement de ses relations avec son futur pays d’adoption et fait connaître ses premiers souscripteurs de la Nouvelle-Angleterre.

Le Docteur B. Silliman à Louis Agassiz.

(Trad. de l’anglais.)

Yale Collège, New Haven, le 22 avril 1835.

Le 6 mars, j’ai eu l’honneur de vous remercier de

votre lettre du 5 janvier et du magnifique cadeau que vous me faites de votre grand ouvrage sur les Poissons fossiles dont j’ai reçu les livraisons des n° 1 à 22 avec les planches. J’ai aussi écrit une notice sur votre ouvrage dans le numéro d’avril du American Journal of Science and Arts et j’ai reproduit le rapport de M. Bakewell sur votre visite au musée de M. Mantell.

J’ai fait à Boston quelques démarches pour placer votre ouvrage et j’ai le plaisir de vous mentionner les souscriptions suivantes : l’Université Harvard à Cambridge, l’Athenæum de Boston et Benjamin Green, président de la Société d’histoire naturelle à Boston. Je m’adresserai à d’autres institutions ou à des particuliers, mais je ne me hasarde pas à promettre quelque chose de plus que ma meilleure volonté pour vous aider.

Page 1