CHAPITRE VIII
en ordre toutes mes notes. Avec mes longues vacances, le temps ne me manquera plus maintenant pour y mettie tous mes soins
Adieu, mon bienveillant ami, conservez toujours une petite place dans vos pensées pour celui qui vous aime avec toute la tendresse d’un fils reconnaissant.
Le second séjour en Angleterre, pendant lequel Agassiz écrivit cette lettre, lut essentiellement employé à revoir l’ouvrage de son peintre, auquel il adjoignit un second dessinateur, M. Weber, qui avait' travaillé autrefois avec lui à Munich. Agassiz assista aussi à la réunion de l’Association britannique à Dublin, passa quelques jours à Oulton Park pour jeter encore un coup d’œil sur les collections de Sir Philip Egerton, puis fit une seconde grande tournée en Angleterre et en Irlande pour examiner les poissons fossiles et revint enfin à Neuchâtel, laissant ses dessinateurs à Londres, les mains plus que pleines d’ouvrage.
Tandis qu’ Agassiz continuait son travail sur les poissons fossiles avec une ardeur et une audace effrayantes, si l’on réfléchit à l’exiguïté de ses ressources, il trouva encore le temps de poursuivre d’autres investigations. Pendant l’année 1836, tout en activant constamment la publication de ses « Poissons fossiles », il lit paraître dans les Mémoires de la Société des sciences naturelles de Neuchâtel son « Prodrome de la classe des Echinodermes », ainsi que la notice, accompagnée de planches, sur les Echinodermes fossiles appartenant au groupe néocomien du Jura neuchâtelois. Peu de temps après, il publia dans les
AGASSIZ A NEUCHATEL. LES GLACIERS
Mémoires de la Société helvétique la description des « Echinodermes fossiles particuliers à la Suisse», ainsi que la première livraison d’un ouvrage plus étendu, la « Monographie des Echinodermes ».
Ce fut pendant cette année que la Société géologique de Londres lui décerna la médaille de Wollaston, nouvelle preuve de la sympathie des naturalistes anglais.
L’été de 1836, qui ouvrit à Agassiz un nouveau et brillant champ d’étude, fut une époque mémorable dans sa vie. L’attention générale avait déjà été attirée par les singuliers phénomènes glaciaires observés dans les vallées des Alpes. De simples paysans avaient déjà raconté l’étrange histoire de blocs de pierre transportés sur la glace, du retrait et de l’avancement alternatifs des glaciers qui, sous l’influence de quelque puissance inexplicable, tantôt se resserrent dans d’étroites limites, tantôt envahissent les terres voisines. Les savants connaissaient bien tout l’intérêt que présentent ces faits, mais ils n’y voyaient que des phénomènes particuliers et locaux. Venetz et Charpentier furent les premiers à leur assigner une plus grande importance. Venetz, ingénieur valaisan, traça les anciennes limites des glaciers des Alpes d’après les débris et les matériaux épars qu’ils ont laissés en se retirant; Charpentier alla plus loin et affirma que tous les blocs erratiques, répandus dans la plaine suisse et sur les pentes du Jura, avaient été déposés par la glace et non par l’eau, comme on l’avait supposé jusqu’alors.
Agassiz fut d’abord du nombre de ceux qui envi-