‹ Louis AgassizChapitre 98 sur 387 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

futures recherches zoologiques sont ébauchées dans sa préface des « Poissons iossiles » et son discouis d’ouverture de la Société helvétique, en 1837, présente déjà la période glaciaire dans son ensemble, telle qu il l’envisageait encore à la fin de sa vie, après avoii étudié ce phénomène sur trois continents.

Dans son discours, écrit pendant la nuit qui précéda la séance générale, Agassiz, en souhaitant la bienvenue à ses chers amis et confédérés, s excuse de ne pouvoir leur présenter qu une partie des collections disposées dans les salles du musée qui "viennent d’être terminées; il rappelle en termes élevés le lien qui unit les sciences et la grande pensée qui les domine, celle d’une « création intelligible » et d’un développement progressif tendant toujours vers le

même but.

« Notre Société, dit-il, n’est point restée étrangère « à ce grand mouvement; c’est elle qui a servi de

« modèle à ces vastes associations dont 1 Allemagne, « l’Angleterre, la France se glorifient à tant de titres, « et si les travaux qu’elle a entrepris ont paru moins

« brillants, à côté de ceux de sociétés plus vastes, elle « n’en a pas moins donné l’élan à plus d’une reprise. » Gomme exemple de cet esprit d’initiative des sa-

vants suisses, il cite les découvertes que MM. Venetz et de Charpentier viennent de faire en établissant l’ancienne extension des glaciers démontrée par les

blocs erratiques épars loin des Alpes, par l’existence d’anciennes moraines et par les roches polies et striées,

observées jusque sur les bords du Léman.

Mais il va plus loin que ses initiateurs; il a poursuivi ces mêmes phénomènes tout le long de la chaîne

AGASSIZ A NEUCHATEL. THÉORIE GLACIAIRE

du Jura jusqu’au sommet de Chaumont et sur les tlancs des vallées jurassiennes. Il combat la théorie qui attribue le transport des blocs et des graviers alpins à des torrents d’eau; c’est la glace qui l’a accompli. Comment, par exemple, expliquer autrement la présence d’une moraine alpine au-dessus de Noiraigue dans le Val-de-Travers ?

Le phénomène prend à ses yeux une extension immense; il voit une épaisse couche de glace étendue non pas seulement des Alpes au Jura, mais sur toutes les parties de la terre où l’on trouve des roches polies et des blocs erratiques ', et pour l’expliquer, il admet un abaissement général de la température.

« L’apparition des Alpes, dit-il, résultat du plus « grand des cataclysmes qui ont modifié le relief de « notre terre, a donc trouvé sa surface couverte de « glace, au moins depuis le pôle Nord, jusque vers « les bords de la Méditerranée et de la mer Cas-

« pienne Puis la surface de la terre s’est réchauf-

« fée de nouveau, et la chaleur dégagée de toutes « parts a dès lors commencé à faire fondre ces « masses de glace, tpii se sont successivement reti- « rées jusque dans leurs limites actuelles. Ce serait « donc une grave erreur de confondre les glaciers « qui descendent des Alpes avec les phénomènes de « l’époque des grandes glaces, qui a précédé leur « existence. »

Quant à ce refroidissement insolite de l’époque glaciaire, qui vient interrompre et bouleverser le

1 II put, vers la fin de sa vie, trouver la confirmation de ses vues hardies lors de son voyage dans les régions tropicales du Brésil.

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