‹ Louis Bertrand et le romantisme à DijonChapitre 4 sur 12 · LA MESSE DE MINUIT · texte numérisé non relu

LA MESSE DE MINUIT

Christus natus est nobis ; venite adoremus. La Nativité de Notre •Seigneur Jésus-Christ.

Nous n'avons ni feu ni lieu, Donnez-nous la part à Dieu.

(Vieille chanson).

La bonne dame et le noble sire de Châteauvieu x rompaient le pain du soir, M. l'aumônier bénissait la table, quand se fit entendre un bruit de sabots à la porte. C'étaient de petits enfants qui chantaient un noël .

— « Bonne dame de Châteauvieux, hâtez-vous, la foule s'achemine à l'église ; hâtez-vous de peur que le cierge qui brûle sur votre piïe-Dieu, dans la chapelle des Anges, ne s'éteigne en étoilant de ses gouttes de cire les heures de velin et le carreau de velours ! - voici la première volée de cloches pour la messe de minuit.

— Noble sire de Châteauvieux, hâtez-vous, de peur que

le sire Grugel, qui passe là-bas avec sa lanterne de papier, n'aille s'emparer en votre absence de la place d'honneur au banc des confrères de saint Antoine ! — voici la seconde volée des cloches pour la messe de minuit.

— Monsieur l'aumônier, hâtez- vous ! les orgues grondent, les chanoines psalmodient, hâtez-vous ! les fidèles sont assemblés et vous êtes encore à table ! — voici la troisième volée des cloches pour la messe de minuit ! »

Les petits enfants soufflaient dans leurs doigts, mais ils ne se morfondirent pas longtemps à attendre ; et sur le seuil gothique blanc de neige, M. l'aumônier les régala, au nom des maîtres du logis, chacun d'une gaufre et d'une maille.

Cependant aucune cloche ne tintait plus. La bonne dame plongea dans un manchon ses mains jusqu'aux coudes, le noble sire couvrit ses oreilles d'un mortier, et l'humble prêtre encapuchonné d'une aumusse, marcha derrière, son missel sous le bras.

Le Maçon, choisi par Sainte-Beuve, est incontestablement une des meilleures pièces de Bertrand et nous croyons devoir la reproduire ici.

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