DE DAVID
« Mon cher Victor,
« J'ai enfin le manuscrit de Bertrand, Renduel a été mieux « que je ne pensais, il me l'a vendu pour le prix qu'il lui avait « coûté. Emilie (Mme David) est actuellement occupée à en faire « une copie pour l'imprimeur, et Sainte-Beuve va faire une « notice. Voilà du moins un monument pour la mémoire de ce « malheureux Bertrand. »
« 3 novembre.
« Mon cher Victor,
« Je te remercie de ta généreuse décision à l'égard de l'impres- « sion du Gaspard de la Nuit. Labitte consent à recevoir le
« dépôt de cet ouvrage chez lui, je le crois en bonne situation pour « favoriser la vente. Quand tu auras retiré tous les frais, le reste « de la vente sera pour la vieille mère. Pauvre Bertrand ; ses t parents n'étaient nullement dignes de lui, il y a là un drame t de famille bien douloureux et sur lequel il faut jeter un voile « épais. Sans doute qu'il devait en être ainsi afin que cette vie si t douloureuse fût énergiquement accentuée, il fallait qu'il ne pût « éprouver un adoucissement au sein d'une famille qu'il chéris- « sait cependant de toute son âme. Pour lui comme pour tant ■ d'autres, malheureusement, le malheur ne s'arrêtait pas au « seuil de la porte de la maison.
« Ce qui peut être curieux à observer, c'est que le soin de la f mémoire du poète soit dévolu à trois hommes qui, certes, n'ont • jamais eu de relations intimes avec lui ; remercions le sort qui « a bien voulu nous favoriser de cette mission. »
« Paris, 2 janvier 1842.
Si le manuscrit de Bertrand était à moi. certes, je
« serais très heureux de le donner à la ville d'Angers, mais il
« n'en est rien. Ces feuilles, enlevées au grabat de l'hôpital, qui,
« quelques jours plus tard, auraient peut-être servi à allumer la
« pipe des garçons de salle, appartiennent à la famille à laquelleje
« vais le restituer aussitôt que tu me les auras remises. Il y a peu
« de jours que Mme Bertrand est venue les demander, ainsi ne les
« laisse pas entre les griffes de Grellé (un collectionneur angevin
» du temps), car c'est l'antre de Trophonius. »
« 31 janvier 1842.
« Hier, j'ai rencontré Sainte-Beuve, qui m'a demandé si je « savais où en est l'impression du Gaspard de la Nuit ; il m'a dit ■ que quand tu lui enverrais les épreuves il aurait besoin du « manuscrit que tu as entre les mains et même de ceux que « nous avons à la maison, pour y intercaler quelques morceaux « nouveaux. »
« Paris, 27 mai 4842.
« Et mon pauvre Bertrand? j'ai été visiter sa tombe, une
pensée qui en est sortie est venue me frapper au cœur, il semblait qu'il me demandait avec douleur : et mon monument littéraire? »