‹ Louis Blanc à la Commission du LuxembourgChapitre 5 sur 36 · LT · texte numérisé non relu

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partie son projet » Voir Louis Blanc (Org. du trav. dans Quest., t. IV, p. 232).

Nous ne parlerons pas dans cette introduction de l’organisation des associations industrielles puisque nous les retrouverons au cours de ce travail. Disons seulement quelques mots des entrepôts et des bazars institués pour faciliter les échanges.

Les entrepôts seraient établis en vue du commerce en gros ; les producteurs y déposeraient leurs marchandises lesquelles seraient représentées par des récépissés ayant une valeur négociable et pouvant faire office de papier monnaie. Ce papier serait garanti puisqu'il aurait pour gage un produit déterminé et expertisé.

Les bazars seraient, sur les mêmes données, destinés au commerce en détail. Ces entrepôts et ces bazars seraient pour l'Etat une source de bénéfices au même titre que la banque, les assurances, les chemins de fer et les mines.

Au Luxembourg Louis Blanc n’a pas eu l’occasion de nous parler dans ses discours de la question agricole : cela est dû sans doute à ce qu’il s’adressait aux travailleurs de l’industrie manufacturières (1), mais il va sans dire que l’agriculture était comprise dans son système d’association. Il faut créer des ateliers

1. Dans l'exposé général de la commission seulement on trouve quelques indications sur ce sujet.

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agricoles comme on crée les ateliers industriels car c'est l’unique moyen de rendre possible la grande culture, salut de la population des campagnes. La petite culture, correspondant au morcellement excessif du sol, est un signe de dépérissement de l’agriculture en France. C’est l’abolition de la petite propriété que demande Louis Blanc car elle est un signe de l’absence des capitaux ; avec elle il est impossible de s’adonner à l'élevage qui exige de grandes étendues de terres et de réaliser des améliorations importantes du sol. Faute de ressources, le petit propriétaire n’a que la routine comme moyen d'exploitation ; il ne lui est pas permis de se procurer les machines ni d’appliquer les procédés scientifiques qui augmentent le rendement et épargnent de la peine. Aussi la petite culture entraîne la misère. S'appuyant sur des chiffres Louis Blanc nous annonce que sur plus de cinq millions de familles attachés en France à l’agriculture on en compte deux millions six cent mille comprenant treize millions de personnes dont le revenu annuel s'élève à peine à cinquante francs. Ces deux millions six cent mille familles possèdent chacune moins de deux hectares et la plupart d’entre elles (un million cent un mille quatre cent vingt quatre d’après le cadastre de 1814) n’a qu’un demi-hectare. En outre les conditions du prêt hypothécaire sont très onéreuses : sur un emprunt de cinq cents francs Louis Blanc a calculé, qu'après avoir défalqué les frais, l’em-

prunteur touchait quatre cents francs tout en payant vingt-cinq francs d'intérêt (Voir L. Blanc, Organisat. du trav. dans Quest., tome IV, p. 119 et suiv.). Pour remédier à ce mal, il faut instituer la grande culture et dans ce but établir l'association. Etant donné qu’on peut estimer la quantité de sol cultivable en France à environ cinquante millions d'hectares, si on divise ce chiffre par cinq millions (nombre familles agricoles) on trouvera 10 hectares par famille ; on pourrait donc grouper dans une même colonie agricole cinquante familles comprenant deux cent cinquante membres qui exerceraient leur activité sur cinq cents hectares. Ces colonies seraient d’ailleurs susceptibles d'extension. Tout propriétaire n’entrerait dans l'association que moyennant cession de tousses biens ; l’admission et l’exclusion seraient prononcées par voie de vote ; ajoutons que l’exclusion est prévue pour les cas où le sociétaire ne remplirait pas consciencieusement sa tâche. Quant aux dépenses de premier établissement, achats de terrains et d'instruments de travail, faite par l'Etat, elles lui seraient remboursées par les associations. L'administration de ces ateliers agricoles serait identique à celle des ateliers industriels : même nombre d’administrateurs, même mode de nomination. Les familles associées pourraient vivre séparément ou en communauté ; elles seraient logées dans ce dernier cas dans un même bâtiment. Telles sont

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les règles essentielles servant de base à l'association agricole.

Louis Blane estime que l’association étendue à toutes les branches de la production aura pour effet de supprimer les barrières douanières et d'amener par suite un abaissement considérable des prix de la vie. Si, à l’heure actuelle, on perçoit des impôts aux frontières, c’est en vue de protéger l'industriel indigène ; cette mesure est nécessaire car il faut faire face à la concurrence étrangère et l’annihiler ; le meilleur moyen de la supprimer, pour lui, ce n’est pas d'établir destarifs prohibitifs c’est de supprimer la concurrence intérieure, d’instituer la liberté de l’industrie. «Le meilleur moyen, le seul moyen de détruire la concurrence que les étrangers viennent faire sur nos marchés, c’est de détruire la concurrence que nous nous faisons nous-même les uns les autres. » (L. Blanc. Organisat. du trav.dans Quest. LAND 1108)

De ce que Louis Blanc veut transformer le régime économique actuel, il ne s'ensuit pas qu'il veuille supprimer la propriété. Dans la Revue du Progrès du 1° juin 1839 il écrivait : « Pour moi je n'hésite pas à le déclarer : Je considère quiconque voudrait détruire en France la propriété comme un contre révolutionnaire. Car la Révolution faite par nos pères, au milieu de tant d'obstacles et de périls, est tout entière dans l'article du Code civil qui détruit

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le droit de primogéniture et consacre la division des héritages. » (Revue du Progrès, 1* juin 1839, p. 539- 540.)

D’après cela il paraît admettre le droit de propriété dans toute son intégrité puisqu'il conserve le droit d’hérédité égal pour tous. Mais s’il retient l’hérédité ce n’est que momentanément pendant le temps nécessaire à la société pour se fixer définitivement sur des bases nouvelles. Le droit successoral à l'heure actuelle ne saurait être supprimé sans que la famille, dont il est la condition, ne fut désorganisée ; tout ce qu’on pourrait faire ce serait exclure les collatéraux.

Le père de famille doit amasser et amasse des capitaux pour ses enfants afin de leur éviter les obstacles qui surgiraient devant eux s’ils étaient sans ressources : or à quoi bon réaliser une fortune si on n’est pas libre d’en disposer par voie testamentaire en faveur de ses proches ; une telle interdiction non seulement provoquerait des désordres dans la famille mais encore détruirait la richesse. Mais si on réforme la société, si à la place de l’individualisme on installe l'association qui permettra de substituer au capital privé le capital collectif dont l'individu pourra jouir du seul fait de sa naissance, point n’est besoin de conserver l’hérédité, car si la famille est un fait naturel, «l’hérédité est une convention sociale que les progrès dela société peuvent faire disparaître ».(L.Blanc,

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