‹ Louis Blanc à la Commission du LuxembourgChapitre 8 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Constitution de la Commission du Luxembourg

La Commission du gouvernement pour les Travailleurs se réunit pour la première fois au Palais du Luxembourg le 1° mars 1848, avec un programme que Louis Blanc indiqua dans cette première séance de la commission « étudier toutes les questions relatives au travail et en préparer la solution dans un projet qui sera soumis à l’Assemblée nationale, et provisoirement d’entendre les demandes les plus urgentes des travailleurs et de faire droit à celles qui seront reconnues justes » (Moniteur du 3 mars. Procès-verbal de la séance du 1° mars). Du 1° au 20 mars les séances purent principalement occupées par l’organisation de la Commission et par le règlement de certaines demandes particulièrement pressantes,

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sur lesquelles nous reviendrons lorsque nous exposerons les résultats pratiques officiels de la Commission. Disons seulement que dès les débuts, Louis Blanc fut conduit à prendre le rôle, nouveau pour lui, de modérateur. « Les hommes qui sont parmi vous ne sont responsables que de leur propre famille. Nous, nous avons accepté la redoutable responsabilité de régler le bonheur de toutes les familles de France. Voici une grande et difficile tâche et il faut savoir gré aux hommes de courage qui n’ont pas craint de l’assumer sur leur tête. » (Moniteur du 3 mars, séance du 1° mars.)

Dans les séances postérieures, il fil à plusieurs reprises appel au calme des ouvriers.

À cette première séance assistaient 200 ouvriers députés par les diverses corporations de Paris on ne sait comment. Louis Blanc estima qu’il y avait lieu d'organiser la représentation de la classe ouvrière au Luxembourg et proposa que chaque corporation désignât trois délégués, dont l’un prendrait part aux travaux journaliers de la Commission et dont les deux autres assisteraient aux assemblées générales où ils discuteraient les rapports préparés par elle ; il voulait créer en quelqe sorte au Luxembourg un « Parlement du Travail ». Cette proposition fut accueillie avec enthousiasme : ainsi furent élus le 6 mars, 242 délégués ouvriers qui se réunirent le 10 mars en assemblée générale. Mentionnons pour

mémoire l'inégalité de représentation des différents corps de métiers dûe à ce mode d'élection : les ouvriers boulangers eurent trois délégués comme les ouvriers du port de la Villette. Les 242 délégués ouvriers, trop nombreux pour agir, tirèrent au sort 10 d’entre eux qui formèrent un comité permanent ouvrier.

Mais Louis Blanc comprit que son Parlement du Travail composé seulement d'ouvriers était incomplet, et qu'aucun effort sérieux ne pourrait être tenté sans le concours des patrons. Il songea dès lors à former une représentation patronale à l’image de la représentation ouvrière, « considérant, disait-il, que le rapprochement des conditions et un loyal examen des droits, des devoirs de chacun amèneront naturellement par le fraternel accord des volontés, les solutions les plus désirables, parce que tous les intérêts sont solidaires ». (Levasseur. Hist. des Class. ouvr., I, p.362.) Le 11 mars, il invita les patrons à nommer leurs délégués à raison de 3 par industries, et le 17 mars, 231 patrons représentant 97 corps de métiers, se trouvèrent réunis au palais du Luxembourg en assemblée générale. Les 231 délégués tirèrent au sort dix d’entre eux qui formèrent le comité permanent patronal & appeler, ajoutait Louis Blanc, à l’examen des questions relatives à l’organisation du travail les délégués des ouvriers d’une

part, les délégués des patrons de l’autre, c’estardem-

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ment ménager à la situation actuelle l'issue la plus favorable ». (Levasseur, op. cit., 363.)

Entre temps Louis Blanc s’était assuré le concours d'hommes compétents pris parmi les économistes les plus en vue, de manière à permettre à toutes les idées l’accès des conférences du Luxembourg ; les différentes écoles socialistes étaient représentées : le Saint-Simonisme par Charles Duveyrier et Cazeaux ; le Fouriérisme par Considérant; les encyclopédistes du xix° siècle par Jean Reynaud ; le socialisme modéré par Pecqueur, l'Economie politique par Wolowski. C'était, semble-t-il, une preuve d’impartialité.

Le 0 mars la Commission régulièrement constituée en comité permanent délibère pour la première fois. Le président fait un grand discours où il développe un plan d'organisation du travail, soumis à la délibération des membres présents, pour être ensuite déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale qui allait être élue dans quelques jours. Le 3 avril il entreprend un nouvel exposé critique de la concurrence et l’éloge de l'association. Ce sont lesdeux discours les plus importants, ceux dans lesquels il a exposé des idées qui n'étaient, du reste, pas nouvelles ; le plan du 20 mars est identique à celui qu'il avait proposé pour la première fois dix ans auparavant dans son organisation du travail, et dans ce même ouvrage on retrouve également les

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raisons pour lesquelles il repousse la concurrence et prône l'association émises le 3 avril.

Telle est tracée dans ses grandes lignes l’historique de la création et de la constitution de la Commission du gouvernement pour les travailleurs. Louis Blanc était-il vraiment qualifié pour la présider ? Rappelons succinctement le programme de la Commission : procéder à une enquête sur les questions du travailet chercher en tenant compte des intérêts divers, les moyens efficaces d’améliorer le sort des travailleurs. Il semble que la présence de Louis Blanc à la tête de la Commission rendait impossible une étude impartiale ; il était trop l’apôtre du prolétariat pour émettre un avis désintéressé. Nous penserons de même au sujet des solutions pratiques ; ses études et ses travaux antérieurs avaient fait de lui un théoricien ; il apportait des doctrines de toutes pièces et nulle part dans ses écrits nous ne voyons la trace de voies et de moyens praticables. Nous en avons d’ailleurs la preuve dans les asseniblées du Luxembourg. Ses discours sont de véritables sermons sociaux qui brillent surtout par les attaques dirigées contre la société.

Il recommence périodiquement la même exposition d’une théorie au bout de laquelle ne se présente jamais une conclusion tant soit peu pratique. La clarté et la précision font quelquefois défaut. Aussi serons-nous souvent obligé pour l'exposition de ses

théories d’avoir recours à ses ouvrages soit antérieurs soit postérieurs à la Commission du Luxem-

bourg.

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