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si Lie que divers types nouveaux d’association remplissent un jour ce rôle dans l’avenir.
Mais, dans cette hypothèse même, ccs types n’auront évidemment rien de commun avec l’association systématique imaginée par M. Louis Blanc. Les intérêts pourront s’y précipiter sans croire faire acte social. Les intérêts ne font pas, comme les jeunes hommes d’imagination, de la politique une religion. Tout au [dus, à l’instar du sincère Montaigne, en font-ils la recherche du bonheur. Et c’est an surplus sans raisonnement préconçu et uniquement par cette force de choses qui inspire et entraîne les volontés que ces transformations, préparées, je le veux bien, par les penseurs, s’accomplissent.
Mais ce qu’il faut aussi constater, c'est qu’elles ne s’accomplissent pas d’après le texte; c’est qu’un type nouveau qui est un progrès relatif n’est pas un progrès absolu et ne donne pas, comme M. Louis Blanc, le bonheur à tout le monde. Sous le régime de l’association, il y aura des inégalités de fortune et de facultés, il y aura des misères et
des crimes. Mais ce qu’on peut espérer, si ce type parvient à se constituer, c’est que la rémunération du travail sera plus complète, sa condition moins aléatoire, c’est que les misérables qui infestent surtout les grandes villes auront moins de prétextes et seront plus aisément et plus légitimement atteints par la loi.
Oui, nous pouvons le constater, la société française tend vers un type auquel on peut donner le nom d’association; mais elle ne s’y prend pas du tout à l’instar de M. Louis Blanc. Les compagnies d’assurance de toute nature et l’impôt lui-même sont des formes de l’association.
Bans les compagnies industrielles, ce mouvement acquiert des proportions colossales et affecte des formes d’une précision remarquable. Cette propulsion presque irrésistible des petits capitaux vers l’association est un fait frappant. Les avantages qui en résultent sont trop saisissabîespour que l’agriculture et le travail n’en suivent pas un jour l’exemple et n’en partagent pas les bons effets.
l.Ot lS BLANC
N’est-il pas vraiment curieux à observer que, dans ce mouvement vers l’association, ce soit précisément le capital qui ouvre la marche , le capital honni et conspué par M. Louis Blanc, le capital antisocial, l’infàmc capital?
A Dieu ne plaise que je tombe dans cette lâcheté de faire l’éloge du capital parce qu’il s’appelle lion ! Je laisse aux courtisans de toutes les puissances et aux adorateurs de la richesse ce méprisable office. Mais je ne puis m’empêcher de relever la maladresse insigne de M. Louis Blanc, commençant par réduire dans son organisation du travail le capital à la portion congrue qui est l’intérêt légal, l'excluant du partage des bénéfices de l’association et l’admettant plutôt en intrus qu’en égal. Or, s'il est vrai que le capital livré à luimême ne produit rien, il n’est pas moins vrai (pie le travail serait stérile sans la matière ouvrable et impossible sans outils. Ces instruments, c’est le capital qui les donne, ou plutôt ils sont le capital lui-même.
A une époque où les capitaux disponibles,
surtout sous forme pécuniaire, trouvent si aisément un emploi avantageux, il n’était pas raisonnable de leur offrir, dans une entreprise nouvelle et entourée des incertitudes qui pla nent sur toute expérimentation d’un principe inappliqué, une part tout à fait inférieure.
Un proverbe populaire dit : On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. La mouche capitaliste s’envola bien vile devant la coupe acide que lui servait M. Louis Blanc. Le principe de l’association se ressentira longtemps de ces maladresses.
C’est que le capital, en France particulièrement, est d’une nature très-impressionnable. Rien n’égale son instinct d’initiative, si ce n’est peut-être sa timidité.
M. Louis Blanc, je le crains bien, a cédé à la pensée d’effrayer le capital, et il y a réussi. Mais le capital ne s’est pas rendu pour cela, et il s'est éloigné, comme de la peste, de son atelier social.
La politique avait trop de part à ce projet industriel pour qu’il eût chance de succès. Dans le système de l’organisation du travail
de l’ancien rédacteur du Bon Sens et de la Revue du Progrès, l’économiste se souvenait trop du journaliste. L’esprit d’opposition au gouvernement de Louis-Philippe donnait plutôt à son organisation du travail les apparences d’une machine de guerre dirigée contre le système que celles d’un projet pratique et consciencieux.
Cette idée, qui devait se produire armée surtout de chiffres et entourée de simples formules administratives, s’avançait dans le petit livre de M. Louis Blanc enveloppée de nuages livides et toute chargée d’électricité révolutionnaire.
Il a étonné et effrayé sans convaincre.
Je ne me fais pas illusion sur les maux qu’engendre la concurrence; mais je la crois inévitablement liée à l’ère industrielle dans laquelle nous entrons. C’est un principe d’action, il vaut mieux se l’assimiler (pie de chercher à le vaincre.
La concurrence vivra, elle et les maux qui émanent de son principe. Mais ces maux sont
Si
apparemment moins intolérables à la société française que ceux qui dérivent du principe contraire, puisqu’elle a conquis le régime actuel au prix de si grands sacrifices.
En dehors de toute théorie philosophique, pratiquement parlant, la France actuelle paraît avoir besoin, en meme temps que d’une autorité politique assez ferme, d’une grande liberté économique. Pousser l’amour de sa thèse, comme l’a fait M. Louis Blanc, jusqu'à vouloir prouver à une classe bourgeoise enrichie par la concurrence que cette concurrence la ruine, c’est dresser un paradoxe contre un fait et se rendre impossible.
Les hommes à grandes vues, qui ont réellement à cœur d’introduire dans la société l’élément d'une politique nouvelle, ne s’y prennent pas de la sorte. Ils commencent par étudier cette société, ils recherchent ses principes, et leur nombre est généralement assez restreint pour qu’on puisse les constater sans méprise. Le moteur découvert, au lieu de s’embarrasser dans des questions philosophiques et morales sur sa nature, ils s’en empa-