‹ Louis Bouilhet, 1821-1869Chapitre 31 sur 48 · LE PAPILLON · texte numérisé non relu

LE PAPILLON

Oh ! voyez quel éclat, quelle riche couleur

Sur sa robe étalée !

Il est si beau, si frais, qu'on dirait une fleur

De sa tige envolée !

Dans le calice, plein des larmes de la nuit,

Baignant son aile humide, Il passe, il joue, il monte, il revient et s'enfuit,

Au moindre bruit timide !

Un cri part, des enfants c'est le joyeux essaim :

0 bonheur, ô conquête !

Vers le beau papillon, chaque voix, chaque main

A se lever est prête !

On le traque, il s'élance, et fuit pour revenir

Plus léger que la brise !

Et le chasseur trompé, quand il croit le tenir.

Prend une fleur qu'il brise !

Mais à peine effleuré par cette folle main,

Le papillon s'envole !

Et sur les doigts brillant d'azur et de carmin,

Laisse son auréole !

Il est un papillon aux célestes couleurs Dans ce monde, où nous sommes,

Qui, chaque jour aussi, glissant de fleurs en fleurs, Vole parmi les hommes !

Dans ce vaste jardin, plein d'arbres aux fruits d'or,

Où fleurit la pensée, Il s'égare joyeux, et son âme s'endort,

Aux rameaux balancée !

Et le voyant si pur, et voulant le saisir,

Au papillon timide L'ambition, l'amour de l'or et du plaisir

Tendent leur main avide !

Il fuit d'abord, il sait qu'il faut l'éclat des cieux

A son front qu'on admire Puis, parfois, las de fuir, tombe en fermant les yeux

Au piège qui l'attire !

Mais bientôt, il échappe et laisse, en s'élançant

Aux voûtes éternelles, Sur chaque passion qui l'a pris, en passant,

La poudre de ses ailes.

14 Décembre 1841.

A mon ami A. 1),

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