‹ Louis Bouilhet, 1821-1869Chapitre 32 sur 48 · LA RUCHE · texte numérisé non relu

LA RUCHE

Fervet optts ! (Virgile).

Vois-tu, sous le vieux chêne, Frémir la ruche, pleine De blonds essaims?

Ami, c'est le poète, Quand il rêve, la tète Dans ses deux mains !

Sous son front pâle et sombre, Un bruit tremble, dans l'ombre, Confus encor :

Là, vives et pressées, Bourdonnent les pensées Aux ailes d'or !

Là, quand le jour ramène Des oiseaux, dans la plaine, Les joyeux chants,

Tout penser qui s'éveille Gomme une jeune abeille S'envole aux champs !

La troupe vagabonde Va, glanant, par le monde Son doux butin ;

Partout où le lys penche Sa robe chaste et blanche Dès le matin,

Elle vole, elle vole A la fraîche corolle, Chère aux amants,

A la source lascive, Qui jette sur la rive Des diamants !

L'essaim joyeux bourdonne Sur tout ce qui rayonne Au front des bois,

Sur tout ce qu'aux abeilles L'été, de ses corbeilles, Verse à la fois !

Puis, quand le soir rappelle A la ruche fidèle L'essaim béni,

Alors chaque pensée Sous son fardeau pressée Rentre à son nid !

L'une vient des montagnes Ou des blondes campagnes, L'autre du ciel.

Et là, chacune jette A l'œuvre du poète Sa part de miel !

Afin que, sur la route, Le voyageur qui doute Et dit : « Malheur ! »,

Puise, dans sa parole,

Le baume qui console

Toute douleur !

Afin que l'âme sombre Qui s'étiole à l'ombre De la cité,

Et n'a plus, pour sourire, Les parfums du Zéphyre, Les soirs d'été,

Au chant du barde, encore Retrouve de l'aurore Les douces voix,

Un rayon, quelque chose Des flots et de la rose.

Et des grands bois !

Rouen, 15 Décembre 1843.

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