LA COURSE
Qui rayonne ainsi, dans l'espace?
C'est l'idée aux ailes de feu !
Debout ! Muse, elle glisse et passe Comme une étoile du ciel bleu 1
Au bout des roseaux, en cadence, Elle berce son vol charmant ; Et l'on dirait ce feu qui danse, Le soir, sur le marais dormant !...
Alerte ! en route ! la pensée 0 Muse, est plus prompte que nous!
Dans la lutte ardente, insensée, Presse ta cavale, aux genoux !..
Ton sein bondit, ton coursier fume, A l'horizon monte la nuit Et toujours fuyant dans la brume, L'idée, au loin, s'épanouit !
Vois-tu, là-bas, comme elle brille !
Et se suspend dans les rameaux !
Des monts aux bois elle sautille, Touchant les cieux, rasant les eaux î
Passe, et fends l'air, et sois rapide, Belle chasseresse à l'œil noir.
Si tu l'atteins, mon intrépide, Je baiserai ton front, ce soir !
Cany, Septembre 1847.
VJI LE RICHE
Un jour, l'air était pur, le soleil radieux: Au seuil de son palais, il s'arrêta joyeux
Le riche que l'orgueil enivre !
« A moi ! dit-il, à moi ! ces murs de marbre blanc ! « A moi ! tous ces valets, essaim pâle et tremblant
« Qu'un seul de mes regards fait vivre !
« A moi ! tous ces jardins aux suaves odeurs !
« L'ombre de ces rameaux ! le parfum de ces fleurs !
« Les murmures de la vallée!
« A moi ! dans cette plaine, à moi! sur ce coteau, « La ferme aux bruits joyeux ! le gothique château
« A la tourelle dentelée !
«, A moi ! tout ce qui chante, et tout ce qui sourit ! « Le troupeau qui revient, la rose qui fleurit,
« Le nid d'oiseau dans le feuillage !
« A moi ! le laboureur courbé sous sa moisson, « A moi ! le matelot qui jette sa chanson
« A tous les échos du rivage ! . . .
« Onde et plaine, à moi seul! à moi, tout à la fois !
« Ce qu'on voit ! ce qu'on sent ! l'air, la plage, les bois.
« Et la montagne solitaire !
« J'enferme dans mes murs l'occident, l'orient ! ... » v — La mort vint à passer, et lui dit en riant :
« Vous oubliez six pieds de terre ! »
!>6 Mars 1842.