BARCELONE
Salut, Espartero ! L'ordre est à Barcelone ! Sur ces remparts fumants, où ton drapeau frissonne, Tout un jour, ta colère a passé, vent fatal ! Et tes mille boulets, comme la faux dans l'herbe, Duc, ont fait des débris de la ville superbe, Une litière à ton cheval 1
Salut, Espartero ! Sous ta foudre qui tombe, Les frères s'étreignaient pour descendre à la tombe ! Le tocsin, dans les tours, haletait effaré 1 Mais toi, tu n'écoutas ni larmes, ni prière. Gloire ! un long cri de deuil sort de la ville entière ! Gloire ! les mères ont pleuré !. . .
Monseigneur ! Monseigneur ! Sous les yeux de la terre C'eût été beau pourtant d'éteindre sa colère ! De donner sa clémence en spectacle aux humains ! Et de faire planer, sur cette cité folle, Au lieu de vos boulets quelque noble parole, Avec la foudre dans les mains !
C'eût été grand ! Mais non ! pour assouvir ta haine 11 te fallait, à toi, quelque hécatombe humaine ! Quelque tête à suspendre au seuil de ton palais ! 0 Néron, avais-tu ta lyre d'Ionie ?
Dis-nous donc, face à face avec cet incendie, Dis-nous quel hymne tu chantais !
Dis-nous, quand à travers la rumeur et les flammes On entendait l'adieu des morts, le cri des femmes, Général, avais-tu des fleurs dans tes cheveux ? Te penchais-tu du haut de Montjouich qui flamboie Pour voir la ville, au loin, comme une immense proie, Se tordre en ses filets de feux !
Toi, vainqueur ! toi, dis-tu, Napoléon d'Espagne ! Ah ! tu n'es qu'un bandit caché dans la montagne. Nain, qui voudrais calquer le Géant souverain, Entasse encor le meurtre et la vengeance blême, Va! sur ton piédestal tu n'atteindrais pas même Au niveau de ses pieds d'airain ! . . .
Tremble ! Au front du vainqueur le sang laisse une tache C'est en vain, aujourd'hui, que ton crime se cache Sacrilège et fatal, sous le manteau des lois ! Monseigneur, tu n'auras ni pitié, ni refuge, A cette heure suprême où, comme un sombre juge, Le peuple compte avec les rois !
Oh ! tremble ! Nous vivons sur le bord de l'abîme, Dans un siècle où parfois, sous le vainqueur sublime, Comme un cheval fumant, la fortune s'abat ! Dans un siècle où l'émeute est bientôt accourue. Où les rois ont besoin d'un ami dans la rue, Monseigneur ! au jour du combat !
19 Décembre 1842,