‹ Louis Bouilhet, 1821-1869Chapitre 40 sur 48 · EMPÉDOCLE · texte numérisé non relu

EMPÉDOCLE

Empédocle ! Empédocle ! Audacieux génie,

Les siècles à ta cendre ont jeté l'ironie,

Et, comme un double spectre, au bord de ton cercueil.

L'homme a sculpté debout la Folie et l'Orgueil !

Qu'importe à toi ? Ce fut une haute pensée, Qui fermenta longtemps dans ton âme oppressée, Maître, quand pour donner à l'art un jour plus beau Tu voulus, au cratère, allumer son flambeau ! . . .

Gomme un Dieu voyageur qui s'en retourne aux cieux,

Tu gravis le volcan, calme et silencieux,

Et pendant de longs jours, tu pouvais vivre encore !

En ces temps reculés, plus fraîche était l'aurore,

Et la belle nature, à l'ombre des grands bois

Avait plus de parfums, de rayons et de voix !

Regarde sous tes pieds, regarde dans la plaine,

Où le myrte embaumé souffle une douce haleine,

Où l'on entend le soir quelque antique refrain

Des pâtres d'Agrigente, aux sonnettes d'airain !

Dans ces asiles verts, retraites fortunées,

Peut-être il est pour toi de tranquilles années.

Là, sous l'olivier pâle, et l'oranger fleuri,

Vieillard, ne vois-tu pas? le bonheur a souri.

Mais toi, sourd à ces bruits qui venaient de la terre, Tu montais, tu montais, et le rouge cratère, Secouant dans les cieux, sa torche à tous les vents, Frappait ton large front de ses reflets mouvants !

Empédocle ! ô grand homme ! ô sage de Sicile ! Les Dieux ont fait pour nous cette mort inutile, Car tu ne revins pas et, nul, depuis, n'a su Ce qu'au fond de l'Etna tes yeux ont aperçu, Et quelle scène étrange aux mortels inconnue Quand tu fus sur le bord, vint éblouir ta vue !

La montagne jalouse a gardé son secret.

Mais tu pouvais mourir, sans honte et sans regret Car tu savais d'où sort l'aigrette flamboyante, Qui, dans l'ombre des nuits, illumine Agrigente Et par quels noirs canaux l'Etna mystérieux Vomit ses flots de lave, et ses gerbes de feux !

Cany, Septembre 184(3.

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