‹ Louis Bourdages et son temps [microforme]Chapitre 3 sur 6 · CG 2S · texte numérisé non relu

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Craig et de lord Dalhousie. Ami des Papineau, des Viger et de3 autres combattants de cette phalange héroïque qui revendiquaient avec tant d’éloquence nos droits les plus chers et les plus sacrés, il fut l'adversaire le plus redoutable et le plus terrible de ces gouverneurs despotiques dont le programme politique, suivant en cela les ordres du bureau co. lontal, était l’anglification de la race française,

Louis Bourdages, notaire de profession, descendait d'une ancienne famille française d'Acadie qui avait dû quitter la patrie à cause des troubles provoqués par la nature du ‘ serment d'allégéance ” qu'on exigea des Acadiens lorsqu'ils passèrent sous la domination britannique, Cette époque est la plus épouvantable dans l'histoire de cette ma‘heureuse Acadie, Jamais, dans aucune de ses nombreuses colonies, l’Angleterre n'avait implanté son pavillon avec autant d’arrogance, % Et si la mémoire de l’intendant Bigot peut être ‘* chargée ‘es fautes qui ameuèrent ces tristes résuitats, cela “ne justifie poiut Îles Bretons des horreurs qu’ils commirent “alors et la dispersion totaie de cette colonie.”

Né en 1765, Bourdages se fit remarquer de bonne heure comme un jeune homme de grand mérite par la fermeté de ses convictions religieuses et politiques, “Il déploya dans sa jeunesse, dit un de ses biographes, une grande énergie de caractère qui doit être prise pour exemple par la jeunesse future et qui fonda son premier titre à la considération de ses concitoyens.”

Aprés avoir termil.é ses études au Séminaire de Quéhec, 3ourdages porta ses vues vers le commerce maritime, et fit plusieurs voyages aux Antilles, en Europe et ailleurs,

Il éponsa, à Québec, la fille de M. Soupirant “ avec laquelle il goûta un bonheur sans nuages.” Peu aprés son mariage, 1l s'établit dans la belle paroisse de St Denis, :: ière Chambly, alors dans le district de Montréal, Il s’oucupa à défricher et à cultiver ses terres de ses propres mains. Après avoir aiusi assuré son avenir et celui de sa famille, il fit un stage de quelques aunées chez un notaire. Ses nouvelles études eurent le succès qu'on devait attendre d’un esprit instruit et élevé. |

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A l’époque où Bourdages parait sur la scène politique, les Canadiens-français sont ralliés sous in même drapeau, sous le drapeau de la nationalité et du patriotisme, : pour résister, par cette uuion solide et compacte, aux atteintes de u03 libertés politiques ; c’est contre cette union patriotique que sont venus se briser tous les projets d'anglification, tout le génie politique, toute l'astuce et la persévérance des hoinmes politiques de l’Augleterre, toutes les combinaisons machtavéliques des ennemis de notre race, des Haldimand, des Craiy, et des Dalhousie, Ah ! disons le avec Frécheite :

Que c:; jours étaient beaux ! l'halanges héroïques Ces soldats nés d'hier, ces oratears stoïqucs, Comme 1ls le portaient haut l’étendard canadien !

lis ne se vendaieut pas ceux-là ! Leur âme sainte, Fidèle à tout devoir, insensible à la crainte, N'écoutait que la voix de uos droits outragés ; Flagellant sans pitié les tyrans et les traitres, 15 ne baisaient pas, eux, les souliers de nos maîtres .., Mon Dieu, que les temps sont chang s !

Non, du temus des Bourdaves et des Viger, où ne s'age- . . x 3 EEE à D ’ . , , nouillait pas devant les satrapes., L'égoïsime d'aujourd'hui n'avalt pas encore supplauté la senthiuentalité ; l'honneur national était la statue devant laquelle nos homines publies s'inchinaient avec respect ; c'étaient les beaux jours du désintéresseluent et du patriotisme ; on repoussait les Américains d'une main et où sauvail Le drapeau uational de l'autre.

Mou Dieu, que Les temps sont changés !

Bourdages truuva bientôt son rête suus la vconscitution de 1791 que quelques-uns de nos historiens ont regardé comme la grande charte de nos libertés constitutionnelles et que l'Angleterre venait de uvus accorder, Divisant le Canada eu deux provinces, là imère-patrie nous accordait par cette constitution, le système représentatif basé sur un suffrage presqu'universel eu sur l'égalité de tous les citoyens devant la coustitution, Les idées qui boule versaient alors l'Europe eureut un effet salutaire pour nous,

L'Augleterie voyant le soufile de la révolution française renverset une puissaute monirchie et disperser aux quatre vents du ciel les fragments du tiône le plus solide de l’uui. vers, chercha à se guguer l'affection de ses colouies en leur

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accordant le gouvernement populaire, Eu présentant à la chambre des communes le nouveau projet de loi, le célèbre Pitt qui était alors premier ministre, disait que le but de ce changement constitetionnel était de faire cesser “ une grande compétition où rivalité, entre les Français, anciens habitants du pays et les émigrés de la grande-Bretague et des anciennes colonies anglaises,” Ce biil pouivoyait à la formation d’un conseil léyisla if et d'une chaiubre d'assemblée dans chacune des deux provinces.

Fox, le chef de l'opposition, suyuyéra inutilement que le conseil législatif fût électif et la nouveile constitution fuc entièrement fondée sur les vues de M. Pitt, Le jour de la promulgatiou de la constitution, le 18 novembre 1791, fut céiébré par un dîner publie à Québec et par nue grande iluminatiou dans Ja soirée, On aurait tort de eroire que ce nouveau régiine décréta la mort de l'oligarchie et qu’il eut pour effet de faire disparaître les rivalités nationales et religieuses qui divisaient la population anglaise et française depuis la conquête, Non, linégalité partiale dans la représentation d'1 cunseil 1égislatif dont les wsiubres nommés par la Couronne étaient en graude partie d’origine anglaise, lirresponsabilié du gouvernement et la majorité d’un autre côté de la députation f'ançaise dans la “hambie d’assemblée eurent pour conséquence regrettable l'antagonisme entre les deux branches de la léyislature, Bientôt deux partis bien distincts se trouvèrent face à face, se défiant l'un de l'autre, scoume deux giadiateurs qui étudient les côtés faibles de leurs armures avaut de descendre daus l’arêne,

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Avant dé pareourir la carrière politique de Louis Bourdages il est done très important de bien conuaître et apprécier les opinions et les tendonces de ces deux partis. Je le ferai, je l'espère, sans aucun sentimeut hostile, sans patriotisme exagéré, avec modération, et j'en suis certain, avec franchise et sincérité Je ne connais pas de politique plus habile et je ven sais pas de plus honuête,

D'un côté le pouvoir, appuyé sur une infime minorité, comptant sur la métropole 1éclamait l'autorité, la direction, parce qu'elle était descenidaute de ceux qui avait fait la con-

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quête du pays, Toutes les vieilles doctrines de l’absolutisme étaient dans son programme, La couronne était tout ; le peuple bon, tout au plus, à payer les subsides, Il fallait, dans un pays, soumis au régime constitutionnel, n'avoir aucun des droits, aucune des libertés de sujet anglais.

De l’autre côté, on réclamait la constitution, avec les immunités et les franchises qui en découlent, Le peuple canadien-françgais demandait pour sa chambre d’assemblée, les privilèges dont jouissaient les Communes en Angleterre, Il voulait le contrôle snr :es subsides, sur le gouvernement, sur l'administration, D’après l'esprit de la constitution loyalement appliquée, il était tonte l’autorité et dans le fait il était cependant sans pouvoir, Tout ceque voulait le parti canudien de la chambre d’assemblée à l'encontre äe larrogance et des injustices révoltantes de l'exécutif, c'était la pondération ‘des pouvoirs dans la justice envers tons. La chambre prétendait avec un droit indéniable qu'elle avait le pouvoir de voter les subsides, article par article, et ce fut sur son refus de voter les subsides en bloc qu’elle fat dissoute plusieurs fois. [Il n’y avait certainement rien dans cette dernande aui ressemblâwà la rébellion et à des idées subversives de l’ordre,

L'appellation des partis était donc une jusie qualification de leurs tendances : Patriotes et Bureaucrates, Ceux-ci, forts de l'appui de Pexécutif voulaient exercer la tyrannie d'un conquérant : vae victis ! Ceux-là s'appuyant sur la constitution, réclamant ses imimunités dans les bornes de la légalité et d’après les moyens constitutionnels à leur dispositiou, invoquant ses droits et ses libertés, voulaient créer un régime d'égalité qui permit à la nation de se gouverner pour elle ei par elle. Les patriotes demandèrent la réformie des abus, la concession des tendances libérales qui sont la base de la constitution anglaise ; ils étaient la majorité, c'était le peuple qui devait avoir la régie et ladaininistiation de la chose publique, dans les limites de la constitution. Le parti canadien demande dong lapplication pleine et entière des principes du gouvernement constitutionnel à l’encontre de celui qui demande la domination étrangère,

Bourdages se dévoua à la défense du premier parti.

Nos pères, dit M. Lareau, en parlant de cette époque,

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mémorable, ne demandaient qu’une chose : que les droits sacrés qui leur avaient 6té accordés par les articles de la capitulation et les clauses du traité définitif de paix fussent sauvegardés ; que la part de libertés et de franchises civiles et politiques qui leur avaient été conférée, en leur qualité de nouveaux sujets de ia couronne britannique fat respectée, Mais d'un côté la haine, la jalousie et l'ambition ;

de l’autre, un sentiment natnrel aux vainqueurs, la morue et la suffisance rendaient injuste le parti anglais. Ce parti froissé par cett: constitution qui Consacrait le principe de la volonté de la majorité, éplait toutes les occasions pour écarter les immunités constitutionnelles consacrées par l’usage et les précédents du parlement anglais. Il luttait avec acharnement contre cette volonté populaire, représentée par l’assembiée législative, en s'appuyant sur le couseil législatif et lPadministration composée d'hommes de leur choix, Les gouverneurs eux-mêmes se prêtaient à ces exigences lorsqu'ils n'étaient pas les premiers à en imprimer la direction.”

Frappé d'ostracisme, comme Aristide, uuiquement parce qu'il était juste, déçu dans ses espérances, trompé davus la confiance qu'il avait placé duns le bon fonctionnement du gouvernement, aigri par des injustices et des abus criants, par la lutie ardente et l'opposition constante du conseil législarif, ov peut reprocher des fautes au parti caradien de cette époque, mais quel que soit la part du blâme, celle de l'éloge restera toujours supérieure, Après avoir énuméré ses services et compté ses torts, on sera forcé d’avouer qu'il fut provoqué sans Gesse et attaqué systématiquement dans ce qu'il avait de plus cher, par un gouvernement souvent déloyal, toujours partial. Si le parti canadien eut des torts, le parti anglais en ent bien d'avantage, et l'histoire impartiale, après avoir examiné les faits, après avoir apprécié les intentions et soudé les cousciences, ne peut s'empêcher de le reconnaître, Toutes les tentatives d'ailleurs de réhabilitation des bureaucrates et des torys fanatiques de cette époque, n'ont apporté ui un raisonnement, niuu documant qui puissent en quoi que ce soit modifier ce jugement,

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