LAVOISIER ET SA FEMME
(appartient à M. de Chazelles).
LOUIS DAYID. 19 moment où ceux-ci dépasseront le but. Ces anatomistes ne feront plus que la caricature du nu.
David n'est pas si isolé, que le grand mouvement néo-antique, dont Rome est le centre, n'agisse sur lui. Peyron, esprit ouvert et érudit, le sculpteur J.-B. Giraud qui possède, avec le talent, la fortune et consacre celle-ci à l'acquisition et au moulage des plus beaux antiques, apportent à l'Académie la bonne nouvelle. Par eux, les pensionnaires sont informés des résultats des fouilles sensationnelles exécutées à Pompéi ou à Herculanum ; ils sont initiés aussi aux théories de Lessing et de Mengs, et mis au courant des publications de Winckelmann, de d'Agincourt et du chevalier d'Hamilton. A l'Académie, fréquente aussi Quatremère de Quincy. Son érudition aimable séduit le méfiant David à tel point qu'il consent à faire en sa compagnie le voyage de Naples : c'est là qu'il ébauche le portrait du prince Potocki. Comme travaux de première année, il envoie à Paris un Triomphe de Paul-Émzle, aujourd'hui perdu, et le Patrocle du musée de Cherbourg. Son évolution est encore timide ; par certains côtés, il reste fidèle aux errements de l'école française du xvm' siècle. Aussi le rapport de la commission chargée de critiquer les envois des pensionnaires de l'Académie de France à Rome lui est-il favorable. « Des encouragements sont dus au sieur David, il montre la plus grande facilité dans le pinceau, sa couleur est animée, quoique peu égale; sa manière de draper est large et vraie. Dans la grande esquisse de bataille, où l'on remarque de la chaleur, on peut
reprocher trop de papillotage dans les lumières et des réminiscences trop prochaines de groupes très connus. »
Ces encouragements ne font qu'activer sa fièvre de travail : en 1778, il envoie un Hector, figure académique aujourd'hui au musée de Montpellier, et une grande composition, Funérailles de Patrocle, comptant de cent cinquante à deux cents figures, et où ses amis de Rome voient « des intentions au goût antique».
De nouveau, la commission chargée du rapport par l'Académie témoigne sa satisfaction : « Le sieur David nous a montré ses progrès ; nous avons remarqué avec plaisir dans sa figure une grande facilité et un heau pinceau. Si l'ensemble laisse encore à désirer, la couleur est vraie et belle dans la lumière. » Mais, déjà les académiciens regrettent, à propos du Patrocle, le manque de transparence des ombres, « aussi obscures que si la scène se passait de nuit ».
Ces diverses compositions ne [sont que des travaux d'élève. David va commencer à donner sa mesure avec Saint Rock intercédant la Vierge pour la guérison des pestiférés. Exécutée par David après une copie fidèle de la Cène, du Valentin, son œuvre se ressent de la manière de ce maître. C'est néanmoins un fort bon tableau qui s'imposera partout où il sera placé. Je l'ai revu récemment dans la petite salle du Conseil du bâtiment de la Santé, à, Marseille, où il est placé depuis plus de cent vingt ans. La composition est simple et habilement présentée, les figures bien dessinées et caractéristiques, — le pestiféré;
Ulictie l'etiton.