MADAME VIGÉE- LEBRUN
(Musée de Rouen.)
étendu au premier plan ne s'oublie pas. On peut reprocher un manque de proportion dans le rapport des figures entre elles, mais leur groupement est suffisant, et la couleur, vigoureuse et sobre. Cette peinture est assurément une des meilleures qui aient été produites à l'époque où débutait David.
Ayant bénéficié d'une prolongation de séjour d'une année, pour terminer le Saint Roch, David ne quitta Rome que le 17 juillet 1780. Il rapportait les études préparatoires du grand Bélisaire et le portrait du comte Potocki. Ces deux œuvres lui firent obtenir le titre d'agréé et par suite le droit d'exposer au Salon de 1781 où il envoya le Bélisaire, le portrait du comte Potocki, son Saint Roch, les Funérailles de Pair oc le et une Femme allaitant son enfant. L'ensemble dénotait une volonté et déjà de la personnalité. Certes, les visiteurs dont la vision est habituée aux claires tonalités de Boucher ont peine à se faire aux tons durs, sans éclat ni transparence dont abuse David. Mais les esthètes plaident la noblesse des attitudes, le caractère des figures. Le geste de la femme qui se penche vers Bélisaire séduit par sa simplicité; on sait aussi gré à David d'avoir supprimé de ce tableau les accessoires dont abusent ses confrères. Il y a bien le casque tendu par l'enfant. Mais ce casque prend aux yeux des théoriciens une importance extrême. Le critique du Mercure de France désirerait que, dans le Bélisaire, le soldat qui assiste à la scène eût « une expression d'étonnement moins triviale ». Diderot loue David avee
quelques légères réserves : « Je désirerais qu'il eût moins de raideur dans ses chairs, ses muscles n'ont pas assez de flexibilité en quelques endroits. » Le portrait du prince Potocki fut surtout admiré, David s'affirmait déjà portraitiste de premier ordre. Néanmoins, on trouvait les linges lourds et les étoffes trop brillantes.
Pour ses débuts, David a une bonne presse. Des admirateurs lui viennent, et aussi des disciples. Fabre, Wicar, Debret, Germain Drouais furent ses élèves de la première heure. Ces succès et cette notoriété rapide attirent l'attention de M. Pécoul, entrepreneur des Bâtiments du Roi, qui se tient pour honoré du mariage de sa fille avec le jeune peintre.
La cérémonie eut lieu le 16 mai 1782. En Charlotte Pécoul, David n'a pas seulement une femme aimable, des beaux-parents charmants comme en témoignent les visages de belle humeur qui se trouvent aujourd'hui au Louvre, mais encore, par suite de cette union, la facile disposition de la bourse bien garnie de M. Pécoul. Bourse généreusement ouverte qui permettra à David d'exécuter avec quiétude, sans soucis d'aucune sorte, le Serment des Horaces, œuvre qui va lui assurer le titre de chef d'école.
David envoie au Salon de 1783 une Douleur cTAndromaque devant le corps d'Hector, dramatique, mais d'un coloris obscur. Pour compenser l'impression pénible causée à certains par cette toile, David a peint deux beaux portraits : ceux de son oncle Desmaisons et du médecin Alphonse Leroy, aujourd'hui au musée de Montpellier.
Cliché Neuidein.
LES AMOURS DE PARIS ET D ' H É L É N E . (Musée du Louvre.)
Les Regrets d' Andromaque lui valent, le 23 août, avant l'ouverture du Salon, le titre d'académicien. Grâce à ce titre, David devient l'égal des artistes les plus renommés, de ceux dont il avait dû accepter, le cœur meurtri, les jugements alors qu'il postulait la bourse de séjour à Rome.
Il peut maintenant s'atteler à la grande œuvre rêvée. Le marquis de Marigny, en agréant comme sujet de commande royale les Horaces, donne un but à son effort.
La tragédie de Corneille avait toujours profondément remué David. Il avait d'abord choisi une des scènes les plus émouvantes de la tragédie : celle où le vieil Horace défend son fils qui vient, dans un accès d'orgueilleuse colère, de tuer sa sœur Virginie. On en connaît un dessin reproduit en fac-similé par Debret à l'occasion d'un de ces dîners où, après l'exil du maître, ses élèves reprenaient contact et se transmettaient l'un à l'autre les paroles de l'absent. La composition avait du caractère et une vie que l'on ne retrouve pas dans le tableau des Horaces. Les masques étaient triviaux mais pleins d'énergie, et le geste du vieil Horace haranguant la foule avait une expressive vérité.
Mais, bien vite ses amis, M. de Trudaine, le poète Lebrun, Ducis, l'avaient dissuadé de calquer une des scènes de la tragédie. Son dessin, ses pinceaux seraient toujours moins éloquents que l'héroïque et sonore langue de Corneille. C'est alors que David s'arrêta au sujet que l'on connaît.
Pour appliquer dans toute leur rigoureuse logique ses
idées, Rome lui semble préférable à Paris. Là-bas il retrouvera La société érudite à laquelle il doit sa conversion, l'admiration du vieux Pompeo Battoni, le plus célèbre des peintres romains d'alors, et aussi la coterie un peu gourmée des peintres philosophes allemands, dont il goûte les idées et méprise les œuvres. Son beau-père, Pécoul, fournit l'argent du voyage et du séjour.
Pour frapper plus vivement l'esprit de ses amis de Rome, apparaître ainsi qu'un tribun entouré de ses clients, il emmène, trophée glorieux, trois de ses élèves : Wicar, Debret etDrouais, disciple chéri, qui vient de remporter le grand prix de peinture. Aidé par celui-ci, les Boraces esquissés à Paris avancent vite. En onze mois le tableau est terminé. Le succès, à Rome même, est immense. Les princes, les cardinaux, les esthètes emplissent son atelier. Les chevaliers d'Hamilton et d'Azara, Angelica Kauffmann, Visconti, Quatremère de Quincy, l'enthousiaste sculpteur J.-B., Giraud applaudissent. Pompeo Battoni déclare: « Nous deux, seuls, sommes peintres, le reste est bon à jeter dans le Tibre. » Comble de fortune, les Boraces sont discutés par les érudits en tant que restitution archéologique. M. d'Agincourt soutenant que les arcs appuyés sur des colonnes, qui décorent le fond du tableau, n'ont été en usage qu'à l'époque du bas-empire, d'autres savants prennent la défense de David. Cependant, tels qu'ils apparaissent, les Boraces ne représentent pas les convictions de David dans toute leur intransigeance. Il a ménagé les idées du temps. Comme Drouais le pressait de présenter
Cliché Neurdein.-»