MADAME C H A L GR I N
(Musée du Louvre.)
les personnages nus, David répondit: « Plus tard je tenterai cette innovation ; pour le moment, je ne suis pas assez sûr de moi pour une chose aussi difficile. »
Mais c'est à Paris qu'il faut vaincre. Ses amis, ses élèves, lui-même préparent l'arrivée du chef-d'œuvre. Drouais écrit : « Nulle expression ne peut égaler la beauté des Horaces » ; et David, soucieux d'assurer aux Horaces une place privilégiée, se recommande au puissant marquis de Bièvre, à l'occasion du prochain Salon: « Vous m'avez fait l'amitié de me dire que je vous avertisse de la place qui me serait le plus favorable, la voilà. Ce serait celle où était, il y a quatre ans, le tableau de Clorinde, de M. Durameau. »
La jalousie de certains académiciens déjoue les calculs de David. Vien, qui préside à l'ouverture de la caisse contenant le tableau, a beau le louer publiquement et des amis puissants, intervenir, les Horaces sont placés trop haut pour être complètement en valeur. Mais qu'importe ! la faveur est à David. Ses admirateurs passent sur la présentation défectueuse, voient au delà. Cependant, parmi les gens qui font profession de juger les œuvres d'art, certains formulent des objections. Après avoir loué le sujet, l'idée et la façon dont elle a été rendue, l'auteur très sensé de Y Avis important d'une femme sur le Salon de 1785 critique la disposition des personnages vus de profil et présentant trois groupes sur trois plans peu distincts, la grosseur du bras de l'aîné des Horaces, la manière fausse et gauche dont il tient sa pique, « les épées d'étain et sans effet ».
En même temps que les Horaces, David avait envoyé la répétition du Béiisaire qui est aujourd'hui au Louvre, et le portrait de M. Pécoul, son beau-père. L'auteur de Y Avis critiquait dans le Béiisaire, exécuté au reste par Fabre et Girodet, et seulement retouché par David, «, les fonds trop lumineux » et trouvait que sur les personnages « les lumières scintillent et brillent trop ». Le temps a mis ordre à cela, mais la constatation est intéressante, car elle prouve que David avait tenu compte des critiques provoquées, en 1781, parle premier Béiisaire. De même, il avait modifié l'attitude triviale du soldat, dont maintenant « la correction est heureuse ». Quant au portrait de M. Pécoul, il était déclaré de toute beauté, les mains et l'habit exceptés : « M. David traite toutes ses draperies d'une manière trop lisse, et qui tient lieu de toile cirée, sur laquelle les lumières glissent, ondoient et blanchissent. »
C'est de Rome (1786) que David avait également daté la Mort d Ugolin, aujourd'hui au musée de Valence. Sans aller jusqu'à dire que David, par le choix du sujet, entre dans la catégorie des précurseurs du romantisme, il faut bien convenir que c'est là un ouvrage de transition. L'artiste y a osé peu de mouvement, moins encore de recherches de coloration : l'atmosphère est maussade, les chairs d'Ugolin sont couleur brique et celles de ses enfants verdâtres. Mais on doit tenir compte du groupement pittoresque et louer le bonheur de certaines attitudes. La tête de celui des fils d'Ugolin qui est courbé à terre, a déjà un peu de cette jolie expression qui contri-