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MARQUISE D'ORVILLIERS

(appartient à M. le comte de Turenne).

Drouais, prix de Rome en 1784, Fabre et Girodet obtenaient également la récompense désirée, le premier en 1787, le second en 1789. Cette même année, un second prix était accordé a Gérard, et Gros, Isabey, Debret, Harriet remportaient des médailles dans les divers concours.

Ces succès ne diminuèrent pas la haine que David vouait à l'Académie. Aussi, profitant de la fièvre qui agitait les esprits depuis l'ouverture des Etats généraux et poussait les tempéraments à la révolte, entra-t-il en lutte ouverte avec la puissante compagnie. Il eut, avec lui, quelques académiciens qui avaient à se plaindre de la coterie d' « officiers» qui dirigeaient l'Académie. Mais sa force lui venait des associés peu favorisés parles règlements et de la foule des artistes non agréés à qui l'accès des Salons était interdit. La bataille, engagée peu après le 14 juillet 1789, ne prendra lin qu'en août 1793, le jour où David toutpuissant fera chasser l'Académie des locaux qu'elle occupait depuis deux siècles. Les artistes non agréés n'obtinrent satisfaction qu'au Salon de 1791, celui de 1789, où David figurait avec le Brutus et les Amours de Paris et d'Hélène, ayant, comme par le passé, été réservé à la seule Académie et à ses protégés.

David comprit vite que le triomphe était au prix d'une lutte de tous les instants. Aussi le voit-on, lui et ses amis, s'associer à toutes les manifestations populaires. Le 20 juin 1790, l'Assemblée constituante ayant décidé la destruction du monument élevé à Louis XIV, place

des Victoires, les artistes dissidents adressent à l'assemblée une lettre ou, à certaines phrases que I on retrouvera plus tard dans les décrets de la Convention, se reconnaît la participation de David. « Ce n'est pas assez pour vous, était-il dit, d'avoir rapproché l'homme de l'homme et proscrit toutes les distinctions qui ne tiennent ni aux talents ni aux vertus personnelles: vous avez voulu faire cesser l'injure faite aux nations. Quelques artistes delà capitale... prennent aujourd'hui la liberté de vous proposer, messieurs, un moyen de conserver les quatre figures dépendantes du monument de la place des Victoires et de rendre éternelle et publique la réparation que vous faites aux peuples que représentent ces statues. Ce serait de faire construire, dans un endroit remarquable de la ville, un socle carré, autour duquel on placera les figures, mais sans chaînes, ni aucun des accessoires flétrissants qui les accompagnent. Le socle portera deux tables d'airain. Sur l'une serait gravé votre décret mémorable, et sur l'autre, l'historique et les motifs de son exécution. » L'adresse portait la signature de David et celle des sculpteurs Beauvallet, Julien, Monot, Pasquier, qui offraient leur talent « pour diriger gratuitement l'ouvrage ».

Hors de l'Académie la puissance de David est extrême. A l'occasion de la refonte des monnaies, il fait agréer son candidat, un graveur non académicien, Augustin Dupré. Quelques mois plus tard David est l'ordonnateur de la fête organisée en l'honneur des soldats de Châteauvicux. Il signe l'invitation adressée à la muni-

cipalité, règle les détails de la cérémonie et lixc le modèle et le décor du char que doivent entourer les soldais de Ghâteauvieux vetus de leurs costumes de galériens.

Durant la période 1789-1792, les pinceaux et le crayon de David ne restent pas inactifs: il exécute quelques-uns de ses plus beaux portraits, entre autres, ceux du marquis et de la marquise de Sorcy-Thelusson et de la sœur de celle-ci, Mme d'Orvilliers. Enfin, il est sollicité par les municipalités, les sociétés populaires et l'Assemblée constituante pour conserver les traits des patriotes et retracer les événements marquants de la Révolution. A la lin de 1789, c'est la municipalité de Nantes qui l'invite à venir exécuter le portrait du maire M. de Kervegan. Et David se rend, en effet, en mars 1790, dans la cité bretonne où il ébauche les portaits de M. de Kervegan et celui du futur conventionnel Charles Mellinet. Si celui-ci est resté à Nantes, le portrait de M. de Kervegan, lui, a eu la malechance d'être rapporté par David à Paris, d'y être oublié et de figurer à la vente de l'atelier de l'artiste, en 1826, sous le nom du conventionnel Kervelegan.

Mais ces travaux sont peu de chose, à côté de la commande qui va lui être faite par les Jacobins, d'abord, et qui lui sera confirmée par l'Assemblée constituante. A la séance des Jacobins du 28 octobre 1790, Dubois- Grancé demande que la salle du Jeu de Paume soit mise sous la sauvegarde de la nation et que le souvenir de la séance fameuse soit perpétué par la gravure. Il ajoute :

« Que le plus énergique pinceau, que le burin le plus savant, transmette à nos arrière-neveux ce qu'après dix siècles d'oppression, la France a fait pour eux... Nous avons choisi, pour animer notre pensée sur la toile, l'auteur de Brutus et des Horaces, ce Français patriote dont le génie a devancé la Révolution. » Peu après, c'est l'Assemblée constituante elle-même qui prend à sa charge la commande.

Le tableau ne fut jamais achevé, mais le dessin a été complètement exécuté ; il figura au Salon de 1791.

Une victoire pour David, que ce Salon de 1791. Le libre accès en a été, en effet, accordé à tous les artistes, qu'ils appartiennent ou non à l'Académie, et David y figure avec quelques chefs-d'œuvre. On revoyait les Horaces, le Brutus, le Socrate. A ces œuvres célèbres s'ajoutaient le portrait de Mme de Sorcy-Thelusson et celui d'une femme peinte jusqu'aux genoux — Mme d'Orvilliers, je crois bien; — enlin, le grand dessin à la sépia du Serment du Jeu de Paume, à propos duquel le catalogue ajoutait: « L'auteur n'a pas eu l'intention de donner la ressemblance aux membres de l'Assemblée. »

Si la foule et les politiciens réservèrent leur admiration pour les tableaux politiques et le dessin du Serment du Jeu de Paume, les connaisseurs ne manquèrent pas de louer comme ils le méritaient le portrait de Mme de Sorcy-Thelusson et celui de sa sœur, Mme d'Orvilliers. Un critique écrit: « Il a résolu de tout éclipser dans tous les genres qu'il traitera », et Sue, à l'époque la plus fiévreuse

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