MEUBLES DE JACOB
les a copiés dans ses ouvrages. C'est ce dont on pourra s'assurer en confrontant la description qui précède avec les meubles qui se trouvent dans les tableaux de Socrate , des Horaces , de Brutus , à' Hélène et Paris , et dans le portrait ébauché de M"'*^ Récamier.
Il est à propos de ne pas oublier que tout ce meuble était exécuté déjà depuis six ou sept ans , lorsque , en 1796, Étienne le vit pour la première fois. Alors, dans le public, ce goût ne faisait que commencer à se répandre. On citait comme une nouveauté les meubles de Jacob d'après l'antique ; Quinquet était peut-être moins fier de l'invention de ses lampes que des ornements étrusques que les élèves de David peignaient sur leurs montures, et l'on surprenait souvent les coiffeurs dans le fond de leur boutique, réfléchissant sérieusement devant une tète à perruque , pour imiter la coiffure des sœurs des Horaces ou de la femme et des filles de Brutus, des tableaux de David.
Mais revenons à la décoration de l'atelier. La face opposée à celle où s'ouvrait la grande et unique fenêtre était divisée en trois portions. Celle du centre , la plus large, se terminait, en haut, par une archivolte au milieu de laquelle on avait pratiqué un grand œil-de-bœuf vitré , qui laissait distinguer un autre mauvais escalier en bois faisant suite au premier, et conduisant à un étage supérieur dont on aura plus d'une fois l'occasion de parler. Des petites portes formaient les deux divisions latérales de cette face , et elles étaient remarquables par leur décoration, qui consistait en toiles vertes retroussées par des clous d'or, absolument de la môme manière que le sont celles de la grande tenture qui garnit le fond sur lequel se détachent la femme et les fdles de Brutus, dans le tableau de ce nom.
L'ATELIER DES HORACES
Quant au reste des objets rassemblés avec ordre et une symétrie élégante dans ce lieu , il consistait en figures , en fragments de figures ou d'ornements antiques moulés en plâtre. Ces pièces étaient suspendues aux murs ou posées sur un immense appui logé dans le renfoncement cintré où se groupaient des statues entières ombragées par des branches, des couronnes de chêne, au-dessus desquelles s'élevait une grande palme très-belle encore , quoiqu'elle fût jaunie par le temps.
Le poêle , car il ne faut rien omettre, était étabh isolément, mais d'équerre avec l'angle formé par le côté de la fenêtre et celui où était suspendu le tableau des Boraces,
On se figurera facilement la surprise que durent inspirer tant de choses qui eussent même été nouvelles pour beaucoup de gens, mais qui le parurent bien davantage au jeune Étienne, qui ne connaissait que la maison paternelle et celles de quelques particuliers, aisés il est vrai, mais dans lesquelles le goût nouvellement introduit dans les arts n'avait pas encore pénétré.
Étienne avait bien eu l'occasion de voir jouer Talma au Théâtre-Français. Il savait même qu'entre les qualités que l'on attribuait à cet acteur, on lui faisait un mérite particulier de l'exactitude rigoureuse avec laquelle il observait le costume des divers personnages qu'il représentait. A tort ou à raison , on répétait dans le public que Talma ne se décidait jamais à remplir un rôle sans avoir été consulter les monuments antiques à la bibUothèque ; on ajoutait que quand il avait fait sur le costume ses études et son choix, il allait les faire approuver par David. Était-il question d'un vêtement, d'un meuble, d'un bronze ou d'une décoration nouvelle, ils