‹ Louis DavidChapitre 9 sur 170 · ETIENNE A L'ATELIER DES IIORACES · texte numérisé non relu

ETIENNE A L'ATELIER DES IIORACES

l'atelier des élèves de M. David , et il faut que j'aille tirer ma place au sort. » Il n'eut pas plutôt achevé ces paroles, qu'il ouvrit la porte et descendit le petit escalier de bois qu'Etienne venait de monter.

Fait à la vie de collège , Étienne avait l'habitude de vivre avec des camarades; aussi, loin de se formaUser de la tache qui venait de lui être imposée, la remplit-il le plus promptement qu'il put, afin d'avoir le temps et le loisir de reconnaître le lieu étrange où il se trouvait. Mais le feu était à peine allumé , qu'un vacarme sourd se fit entendre au-dessous de l'ateher des Horaces. Étienne prêtait une oreille attentive pour découvrir la cause de ce bruit , lorsqu' Alexandre , remontant avec précipitation, prit une toile à peindre, et, s'étant aperçu de l'étonnement d'Étienne, lui dit : « On a eu une peine de chien à s'accorder sur la pose à donner au modèle ; c'est ce qui les fait crier comme vous entendez ; mais je redescends pour prendre ma place ; je n'ai pas été heureux, j'ai le numéro 34. »

Resté seul de nouveau , cette fois Éfienne profita de l'occasion pour observer dans tous ses détails le fameux ateher des Horaces. Ce vaisseau avait environ quarantecinq pieds de long sur trente de large. Ses murs crépis en plâtre étaient recouverts d'une teinte en détrempe de couleur gris-olive, et la lumière n'était introduite en ce lieu que par une seule ouverture élevée de neuf pieds au-dessus du plancher, et donnant sur l'esplanade du Louvre , sous la grande colonnade. Le long des deux parois latérales étaient placés , à gauche en entrant , le tableau des Horaces , et à droite celui de Brutus. Outre ces deux ouvrages de David, principal ornement de col

numéros qu'il y avait d'élèves présents, et chacun d'eux choisissait une place au toUr que le sort lui avait assigné.

L'ATELIER DES HORACES

atelier , on voyait une charmante ébauche d'un enfant nu, mourant en pressant la cocarde tricolore sur son cœur; c'était le jeune Viala.

Mais si ces tableaux attiraient vivement l'attention par leur mérite, l'ameublement de l'atelier était, en son genre , un objet de curiosité non moins piquant. Jusqu'à cette époque , les meubles des maisons môme les plus opulentes de Paris étaient encore fabriqués sur le modèle de ceux du temps de Louis XV ou de Marie-Antoinette, tandis que ceux de l'atelier des Horaces portaient un tout autre caractère. Les chaises courantes en bois d'acajou sombre, et couvertes de coussins en laine rouge avec des palmettes noires près des coutures , avaient été copiées sur celles dont la représentation est si fréquente sur les vases dits étrusques. Au lieu des deux bergères d'usage , on voyait d'un côté une chaise ciirule en bronze, dont les extrémités des deux X se terminaient en haut et en bas par des tètes et des pieds d'animaux, et de l'autre un grand siège à dossier, en acajou massif, orné de bronzes dorés et garni du coussin et de draperies rouges et noires ; le tout avait été fidèlement imité de l'antique et exécuté par le plus habile ébéniste de ce temps, Jacob , d'après les dessins de David et de Moreau, son élève, près duquel devait travailler le jeune Étienne.

Enfin le complément de ce meuble était un lit également à l'antique, mais qu'habituellement on reléguait, pour gagner de la place, dans ce grand espace obscur peuplé de mannequins et plein de poussière, vers lequel Étienne avait jeté les yeux en arrivant.

Au surplus, tous ces objets, exécutés d'après le goût et sur les ordres de Davi d , étaient , à proprement parler, des meubles d'atelier, puisqu'en effet ce peintre

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