‹ Louis DavidChapitre 121 sur 170 · VIVANT DENON · texte numérisé non relu

VIVANT DENON

titude avec laquelle les dessins ont été fails sous le feu de l'ennemi , et de l'incertitude de la main de l'auteur. Mais la relation écrite qu'il y a jointe est pleine d'inté-* rêt et de vivacité , et souvent remarquable par la vérité avec laquelle l'auteur a peint ce qu'il a vu , et exprimé les émotions que lui ainsi que ses compagnons ont éprouvées.

Parmi les qualités qui honorent le caractère de Bonaparte, la constance de ses amitiés, la durée de sa reconnaissance envers ceux qui l'ont accompagné et suivi dans ses diverses expéditions , ne sont pas les moindres. Comme presque tous ceux qui avaient fait partie de l'expédition d'Égypte et dont les travaux et les écrits avaient concouru à en consacrer la mémoire , Vivant Denon avait des droits à la reconnaissance du général Bonaparte, qui, en 1804, étant devenu empereur, le nomma directeur général des Musées. On peut dire que l'influence exercée par ce ministre des arts, car il l'était J en effet, eut toujours un double caractère : très-libérale, très-impartiale tant qu'il agissait de lui-même, elle devenait absolue et peu favorable aux arts quand il était obligé de suivre les idées de l'empereur, ce qui était le cas le plus fréquent. Le conseil donné à David par Bonaparte, d'abandonner les sujets tirés de l'histoire ancienne pour peindre les événements de la sienne ; la commande que le nouvel empereur fit de quatre grands tableaux pour consacrer le souvenir de son couronnement ; et enfin , le salut tant soit peu théâtral donné par Napoléon à son premier peintre dans son atelier, suffisent pour faire apprécier le genre d'importance que ce souverain prêtait réellement aux arts , et particulièrement à la peinture.

Denon veilla à l'exécution des ordres de son maître ;

LES PRIX DÉCENNAUX

mais celle iiiunense série de lablcaux de cérémonies , de balaillcs et d'entrevues, exécutés pendaïit le cours de dix années par une foule d'artistes médiocres , et offerts à la multitude comme une espèce de Moniteur visible où le fait représenté captivait toute l'attention, sans 'que le travail des artistes en réclamât la moindre part, est une des circonstances qui , à cette époque , a été le plus nuisible au développement de l'art considéré sérieusement. C'est surtout à ce mode de peinture , où l'imitation des accessoires finit par devenir l'objet principal , que l'on doit le développement excessif des peintures anecdotiques et comiques dont on a été inondé bientôt aj)rès. On peut donc avancer sans injustice que tous les hommes de talent tels que David et ses principaux élèves, ainsi que Prudhon et Guérin, étaient formés et avaient produit leurs plus importants ouvrages avant que Napoléon fût empereur; et que la nature, le genre et le nombre des tableaux qui ont été faits sous son règne , on peut même ajouter par ses ordres, n'ont été rien moins que favorables à l'avenir de l'école française.

L'expérience aurait dû apprendre depuis longtemps , à ceux qui gouvernent les États, que les artistes, tout aussi bien que les poêles et les écrivains , ne sont que trop portés à flatter ceux dont ils attendent un salaire ou des faveurs. Pour les gouvernements et les rois , l'important est qu'il se fasse à leur époque de bons ouvrages, abstraction faite du choix des sujets. Le Saint Bruno de Lesueur, la Rebecca et te Déluge du Poussin, jettent plus d'éclat sur le nom et le règne de Louis XIV que les immenses tableaux que Le Brun a faits pour célébrer la gloire et les conquêtes de ce monarque.

Ce fut en se laissant aller à ces idées de fausse grandeur et d'apparat , que Napoléon prit la résolution

PRIX DÉCENNAUX

d'instituer des prix décennaux ; son intention était que tous les ouvrages scientifiques , littéraires et toutes les productions des arts achevés depuis 1800 fussent présentés à des concours, jugés par l'Institut, et que l'auteur du meilleur ouvrage en chaque genre fût couronné et reçut une récompense nationale. Cette idée gigantesque, accueillie d'abord avec enthousiasme par le puhlic, se réduisit bientôt à rien; et dans cette circonstance, Napoléon aurait pu reconnaître que , malgré l'excès de la puissance, les choses du domaine exclusif de l'intelligence ne peuvent se plier aux fantaisies du pouvoir le plus absolu.

Les journaux, qui alors étaient soumis à une censure si rigide, ressaisirent une espèce de liberté en celte occasion. Pour ce qui appartenait aux arts, comme le fond des sujets traités par les peintres ne pouvait prêter à aucune allusion politique , les journalistes ne disputèrent que sur la forme de la composition, sur le mérite relatif de l'exécution , de telle sorte qu'ils purent énoncer leurs goûts différents avec une entière liberté.

Il est déjà curieux aujourd'hui (1854) , et il le sera sans doute bien plus encore dans trente ans, de hre la hste des tableaux présentés en 1810 au concours du prix décennal , avec le nom des auteurs ; la voici :

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