‹ Louis DavidChapitre 13 sur 170 · MAURICE QUAI' ET CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

MAURICE QUAI' ET CHARLES NODIER

derrière l'œil-de-Jjœuf. Après un assez long silence, pendant lequel le questionné nettoyait tranquillement sa palette, il dit enfin : « Est-ce que vous ne le savez pas? — Non. « Une pause beaucoup plus longue succéda à la première, et Alexandre, après avoir essuyé tous ses pinceaux un à un, et fermé soigneusement sa boîte à couleurs, dit, en prenant son chapeau et ouvrant la porte pour s'en aller : « C'est Pierre , Joseph , Maurice et Charles Nodier. » Puis il laissa Étienne seul.

Au milieu de ce silence de trappistes, tout ce qui pouvait en rompre la monotonie devenait un événement heureux pour Étienne; et si ennuyeux que fussent la plupart des curieux venant visiter l'ateher des Horaces avec la permission de David, c'était une espèce de fête pour Étienne, par cela seul qu'il entendait des gens parler.

Une circonstance fort simple en elle-même devint un événement de la plus haute importance pour lui. Ce fut la visite annoncée d'avance que David devait faire à Moreau. Le chef de l'école avait effectivement promis à son disciple de venir voir où en était son tableau de Virginius, et le jeune écolier attendait ce jour avec une impatience inexprimable, curieux de revoir David qu'il n'avait pas môme aperçu depuis la fameuse séance de la Convention. Enfin le maître entra en soulevant son chapeau, et tout aussitôt Étienne se leva, mais sans quitter sa place, tandis que Moreau s'avançait rapidement vers son maître en lui tendant la main.

Les deux artistes parlèrent assez longtemps au sujet du perfectionnement des lignes de la composition , sans qu'Éfienne, si novice encore dans l'art, pût apprécier l'intention et la portée de ce qui fut dit. Mais les dernières paroles que laissa échapper David en résumant

L'ATELIER DES HORACES

ses observations sur l'ouvrage excitèrent l'attention du jeune écolier. « Il faut te mettre en garde contre la roideur, mon cher Charles, dit le maître, tu as commencé (car ils se tutoyaient) par étudier l'architecture, et on se ressent toujours de sa première éducation. Vois cette jamhe-là, elle paraît avoir été faite autour comme un halustre. Les têtes de tes personnages se ressemblent entre elles, et les vêtements compassés trahissent le soin trop minutieux que tu as pris en drapant tes mannequins.... Prends garde !... prends garde à ces défauts!... la nature est plus capricieuse que cela.... D'ailleurs l'ensemble de ton tableau est bon.... un peu froid; fais-y attention, et n'oublie pas de réchauffer tout cela en finissant.... Allons, bon courage.... adieu et défie-toi de la roideur. »

Étienne était naturellement porté à respecter ceux qui l'enseignaient, et d'ailleurs son inexpérience ne lui permettait guère de former un jugement quelconque sur le Virginius de Moreau. Toutefois, les remarques si justes de David, en cette occasion, répandirent de la lumière dans son esprit, et il s'aperçut que le maître avait au fond témoigné plus d'indulgence pour son élève que pour l'ouvrage.

Comme David se disposait à sortir, il s'approcha d'Étienne, jeta les yeux sur ce qu'il dessinait et lui donna des encouragements avec bienveillance. Cette visite , ces paroles reçues du peintre le plus renommé de France mirent la joie au cœur d'Étienne et lui rendirent le séjour dans l'ateher des Horaces un peu moins lourd. Loj'squ'il fat revenu de son premier enivrement , il repassa dans son esprit toutes les circonstances qui l'avaient frappé pendant cette entrevue, et plus d'une fois il revint sur l'étonnement que lui avait causé la vue de

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