L'AMOUR ET PSYCHÉ
coiiiiiic le dcniicr de ceux de David qui ont eu de l'influcuce sur l'esprit des jeunes artistes qui en ce moment s'apprêtaient à faire une révolution dans l'art de la peinture. Les admirateurs exclusifs des anciens ouvrages du peintre des Sabines et des Horaces ne purent lui pardonner d'avoir ainsi représenté la nature telle quelle , dans un sujet appartenant à la plus haute poésie; tandis qu'au contraire ceux qui repoussaient les doctrines antiques et demandaient du naturel à tout prix surent gré au vieil artiste exilé de se rajeunir en quelque sorte à la fm de sa carrière, en admettant des principes contraires à ceux qu'il avait professés jusque-là.
Sans aborder encore cette querelle, il faut ajouter cependant que, dans ce tableau de C Amour et Psyché , si David a sacrifié certaines convenances que semble exiger le sujet, il a imprimé à ses figures un accent de vérité dans les formes , au coloris méilie et à l'expression, qui classe ce tableau dans une catégorie toute différente de celle où se rangent ses autres productions. Évidemment il a cherché cette fois à rendre la nature avec cet instinct fort qui a dirigé plusieurs peintres hollandais et flamands. Cet effort tenté à l'âge de soixante-huit ans, et par un artiste qui avait affermi sa réputation en Europe en travaillant jusque-là dans une direction toute contraire, un tel effort mérite d'être consigné dans l'histoire de ce peintre.
Toutes les autres productions, môme les plus faibles, achevées en exil, ont au moins ce grand mérite, qu'elles témoignent que le peintre s'est aventuré chaque fois dans une voie nouveUe, ce qui fut la disposition d'esprit naturelle et constante de l'auteur du Saint Eoch, des Horaces, du Socrate, du Marat, des Sabines et du Couronnement,
La composition du Mars désarmé par Vénus peut être considérée comme le retour et le dernier hommage du peintre à ses idées, à ses rêves de prédilection pendant sa longue carrière. Contre les principes qu'il s'était prescrits et qu'il a toujours observés en France, de poétiser, comme il disait , les sujets tirés des historiens; pendant ses années d'exil, il puisa plus d'une fois ses sujets dans des livres de poésie , comme le prouve le choix des scènes de V Amour et Psijchéy de Télémaque et Eucharis , de la Colère <ï Achille , et enfin de Mars et Vénus. Pour juger ce dernier tableau avec équité , il ne faut pas oublier que David l'a achevé à l'âge de soixante-seize a*ns; et alors on reste confondu de la délicatesse et de l'énergie d'exécution qui brillent en plusieurs parties de cet ouvrage de sa vieillesse. Lorsqu'il parut à Bruxelles , il produisit le plus grand effet, et la rétribution que l'on exigeait de ceux qui venaient le voir fut consacrée au soulagement des vieillards des hospices de Sainte-Gertrude et des Ursulines.
La curiosité des Parisiens ne fut pas moins vivement excitée par ce dernier ouvrage du peintre de l'empereur Napoléon, et si l'exposition que l'on en fit, en 1825, à Paris, avec beaucoup d'autres tableaux du maître, fut pour la nouvelle école, qui allait renverser momentanément celle de David , une occasion de triomphe , elle eut l'avantage de rendre publiques plusieurs productions , le Marat entre autres , qui n'étaient point connues des dernières générations.
Nul doute que le conseil donné à David par Sieyès ne fût le bon; et, quelque distingué qu'eût pu être l'accueil .que le roi de Prusse aurait fait au premier peintre de Napoléon, David n'eût pas vécu au milieu