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I. M. Maurice Quay, né vers 1779, mort en

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imnionse pièro dans laquelle une loile rie trente pieds de long- était placée diagonalement. Dans le triangle noir derrière la toile étaient de la paille pour dormir et quelques ustensiles de ménage. L'autre triangle formait l'atelier proprement dit, et c'est là où j'ai vu mon ami Agamemnon chargeant sa palette, qui avait quatre pieds de diamèti'e, devant sa toile, où était dessiné seulement le sujet de Patrocle renvoyant Briséis à Agamemnon, le roi des rois.

Cet ouvrage n'a jamais été même ébauché., Toutefois Agamemnon le peintre était fort laborieux, contre l'usage de tous les penseurs et primitifs, ses imitateurs. A l'école de David, il a fait une assez grande quantité d'études, auxquelles il a imprimé un cachet de vérité, de grandeur et de beauté qui frappait tout le monde. Depuis ce temps , où mon jugement s'est formé par la comparaison d'un grand nombre de peintures , j'ai eu l'occasion de revoir les productions de ce jeune homme, et il est certain qu'elles promettaient un peintre.

Ce fut lorsqu'il se déclara chef de secte et qu'il abandonna l'ateher de David , que ses idées , fort exagérées déjà , s'embrouillèrent et le conduisirent peu à peu à un état d'extase et d'enthousiasme permanent , qui tenait, je crois, de la folie. Mais c'est avant cette catastrophe qu'il est venu assez souvent chez moi, où nous nous réunissions avec quelques-uns de ses amis et des miens.

On sait déjà le petit nombre de monuments antiques qu'il admettait parmi ceux qui pouvaient servir de modèles pour appuyer les études et former le goût. Selon lui, afin de couper court aux pernicieuses doctrines et d'empêcher le faux goût de se propager, il aurait fallu ne conserver que trois ou quatre statues du mu-

sée des antiques d'alors et inetlre le feu à la galerie des tableaux, après en avoir ôté une douzaine de productions, tout au plus. Le fond de son système était d'observer l'antique et de ne travailler que d'après nature ; mais il ne regardait l'imitation que comme un moyen très-accessoire , et la plus sublime beauté comme le seul but véritable de l'art.

Parmi les raisons qui ont pu lui rendre ma société agréable, malgré notre dissentiment d'opinion sur la nature et le but réel des arts dans nos sociétés modernes, j'ai pensé que l'étude assez suivie que je faisais alors de la langue grecque en était une assez forte. Ses goûts littéraires étaient tout aussi exclusifs que ses doctrines d'artiste. De même que dans l'art antique grec, il n'estimait que les peintures de vases, les statues et les bas-reliefs du plus ancien style; en fait d'écrits, il ne trouvait de mérite vrai, solide, inattaquable, qu'à la Bible, aux poèmes d'Homère et d'Ossian. Il ramenait tout à ces trois chefs, et n'accordait d'attention à d'autres écrits qu'autant qu'ils participaient plus ou moins de ces trois monuments littéraires. Agamemnon avait réparé les inconvénients d'une éducation négligée par des lectures en général bien choisies et faites avec une rare pénétration d'esprit. H était très-versé dans la connaissance de l'Ancien et du Nouveau Testament; il avait lu, outre la traduction des poèmes d'Homère, celles de tous les écrivains grecs du meilleur temps , et enfin il savait la traduction française d'Ossian presque par cœur. J'eus alors l'occasion d'observer combien un petit nombre de livres , lus avec amour et intelligence , fécondent heureusement l'esprit. Agamemnon m'en donna une preuve frappante par un jugement, fort exagéré sans doute dans sa forme, mais vrai pour le fond. Après

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avoir parlé d'Homère, l'un de nos sujets de conversation favoris, le nom de Sophocle fui prononcé et ses tragédies passées en revue avec le respect dû à un disciple d'Homère, à un poëte qui avait eu la force de conserver intactes les hautes traditions de l'antiquité grecque. M.iis lorsque le malheur voulut que le nom d'Euripide échappât de ma houche, à ce mot, mon peintre Aganiemnon se leva et, furieux, il s'écria avec l'accent du mépris : Eurqmle? Vanloo! Pompadonr ! Bococo ! Cest comme M. de Voltaire l

Originairement, ses camarades d'atelier, chez David, l'avaient surnommé don Quichotle. C > sohriquel, comme l'en voit, lui convenait assez bien. Mais ce qui mérite attention , c'est la satisfaction qu'éprouvait Agamemnon d'être comparé à ce personnage, pour lequel il avait une admiration respectueuse et qu'il mettait, quoique à une immense dislance, sur la ligne de ceux qui, comme Jésus-Christ, sont nés pour faire de grandes choses et pour être raillés par les hommes. Aussi l'ironie, qu'il supportait d'ailleurs d'assez bonne grâce , était-elle le défaut qui lui donnait la plus défavorable idée du caractère de ceux qui s'y laissaient aller.

L'éloignement que j'ai toujours eu pour la moquerie m'avait donc mis tout à fait dans les bonnes grâces d'Agamemnon. .le me souviens d'un soir d'été où nous étions tous deux ensemble chez moi ; il avait apporté une traduction séparée de l'Ecclésiaste , livre de la Bible que je n'avais pas encore eu l'occasion de connaître. Il me le lut presque en entier avec une simpHcité à la fois tendre et majestueuse, dont le souvenir s'est vivement empreint dans ma mémoire. En le remerciant, et de m'avoir fait connaître ce bel ouvrage , et de me l'avoir lu d'une manière si touchante, je lui demandai si.

parmi les livres qu'il voyait près de nous, il y en avait dont il voulût connaître quelques beaux passages. — « Oui, me dit-il aussitôt, lis-moi un morceau d'Homère, mais en grec ! — En grec! » Je ne sais si sa barbe et l'étrange habit qu'il portait me firent illusion, ou si ce fut la rapidité et la franchise avec lesquelles il manifesta son désir, qui m'interdirent toute réflexion en ce moment, mais je pris aussitôt un volume d'Homère, et je lui lus en grec l'admirable description de la tempête, dans le cinquième chant de X Odyssée, que j'étudiais alors. Je le lui lus comme si j'eusse été certain qu'il dût comprendre; et, de son côté, il écouta avec toute l'attention et la satisfaction apparente de quelqu'un qui aurait possédé à fond l'intelligence de la langue grecque. Lorsque j'eus fini, il paraissait ému. Il se leva; et, m'imposant gravement la main sur la tète, il me dit d'un ton qui exprimait à la fois un remerciement et le regret de ne pas me voir plus enthousiaste: — '< Pauvre enfant! merci; mais tu ne connais pas ton bonheur! >• Je ne savais pas trop où j'en étais, et je me demandais intérieurement s'il n'était pas préférable d'être éniu [)ar le son des syllabes grecques, plutôt que de comprendre raisonnablement le sens des mots et des phrases de cette langue. Toutefois , ni lui ni moi ne jugeâmes à propos de faire de trop longs commentaires sur cette bizarre lecture, et la conversation tomba bientôt sur les poésies d'Ossian.

Alors personne ne doutait de leur authenticité. Les uns seulement , comme mon ami Agamemnon , les trouvaient subhmes , admirables ; les autres les jugeaient monotones et parfois ennuyeuses : j'étais de ces derniers. Après de nombreuses citations qu'il me fit du poëme de Fingal , citations qui me fournirent l'occasion

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de donner encore plus de force et de justesse à mes critiques, Agamemnon , peu sensible aux reproches que je faisais à ses poésies de prédilection , et sans daigner répondre à mes critiques , me dit , avec l'autorité et l'enthousiasme grave d'un prophète : — » Homère est admirable ; mais la Genèse , Joseph , Jol) , l'Ecclésiaste et l'Évangile, sont bien supérieurs aux livres d'Homère, voilà qui est certain. Mais, je te le dis (ajouta-t-il avec plus d'emphase encore), Ossian surpasse tout cela en grandeur ! et en voici la raison : il est beaucoup plus vrai, écoute bien! il est plus primitif! » Comjiie ces phrases avaient plutôt l'air de l'exposition d'un dogme que d'une critique httéraire, je ne répondis rien, et je promenai mon regard incertain et douteux, comme quelqu'un qui n'est disposé ni à approuver une opinion qu'il condamne, ni à combattre une erreur qu'il regarde comme une folie. Ma perplexité accrut encore l'assurance de mon ami Agamemnon , qui , enveloppé dans son manteau à ce moment , caressant sa longue barbe et ayant l'air de concentrer toutes ses réflexions sur un point pour les réduire en une pensée, en une phrase ferme et courte : — « Homère ? Ossian ? se demanda-til , le soleil ? la lune ? Voilà la question. En vérité , je crois que je préfère la lune. C'est plus simple, plus grand ; c'est plus primitif l •>

Tels étaient à peu près les opinions et les discours du grand maître des hommes portant la barbe à Paris , dans la dernière année du xvnr siècle ; d'un homme qui , malgré les travers de son esprit, a captivé l'estime , l'amitié et quelquefois l'admiration passagère de ceux qui l'ont vu et entendu. Quant à la plupart de ses imitateurs, qui n'étaient que des Grecs, des primitifs honteux; qui n'émettaient leurs opinions que devant

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ccMix qui les paiiagaient; qui s'attachaient de fausses barbes et des (uniques le soir en rentrant chez eux , pour se regarder dans une glace; qui s'endormaient auprès des statues antiques, en se donnant l'air de rétléchir sur l'art, et qui, enfin, parlaient à tort et à travers de la lune et du soleil, nous n'en dirons rien. C'était alors le troupeau des imitateurs niais et serviles, comme chaque époque fournit le sien.

Chose bien commune! qu'il est triste mais utile de dire : de tant d'efforts d'imagination , de ces conversations bizarres , originales même , qu'en est-il resté 'i Rien ; pas un ouvrage de peinture , pas même une notice historique, une lettre du temps qui prouve que je ne conte pas ici une histoire faite à plaisir !

Cette secte (ï ariistes penseurs, primitifs, a été la partie la plus aiguë et la plus audacieusement élevée de cette espèce de cône où la société d'alors était contenue. C'était sous le Directoire et pendant le Consulat. Depuis la fm de la terreur, le goût des arts antiques avait remplacé momentanément les sentiments religieux et toutes les distractions sociales et littéraires qui avaient occupé les facultés de l'àme et de l'esprit avant la révolution. C'était comme une représentation du paganisme que la France se donnait. Toutes les classes se confondaient dans les spectacles et au milieu des plaisirs. Dans les jardins pubhcs, les femmes, vêtues à la grecque, allaient faire admirer la grâce et la beauté de leurs formes. Tous les jeunes gens, depuis les plus pauvres jusqu'aux plus riches, exposaient journellement leurs membi*es nus sur les bords de la Seine, et rivalisaient de force et d'adresse en nageant. Au bois de Boulogne il y avait , chaque soir d'été, une partie de barres célèbre. Les jours de fêtes, on faisait au Champ-de-Mars des courses à

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pied , à cheval et en chars, le tout à la grecque. Dans les cérémonies publiques, on apercevait dès grands prêtres en façon de Calchas , des canéphores comme sur les frises du Parthénon , et plus d'une fois j'ai vu brûler, dans les grands carrés des Champs-Elysées, de la poix-résine au lieu d'encens , devant un temple de carton copié d'après ceux ('e Pœstum. Alors toutes les classes de la société, confondues, se promenaient, riaient, dansaient ensemble sous les auspices de la seule aristocratie véritable que l'on reconnût pour le moment en France, la beauté.

A vrai dire , l'histoire de la barbe de mon am Agamemnon est le résumé de celle du temps où il a vécu, car il est mort jeune, et sa fm a coïncidé avec celle des saturnales ouvertes par le Directoire.

Agamemnon mort, tous ses ccbc claires se coupèrent la barbe, remirent des bas et endossèrent de nouveau le vil frac. Bonaparte était déjà là avec son chapeau à trois cornes et l'épée au côté.

Je ne parlerais pas d'une vingtaine de mauvais petits écervelés, maladroits imitateurs de la secte d'Agamemnon, s'ils n'eussent pas porté la barbe. Mais comme ils ne se rasaient point et qu'ils fagotaient leurs vêtements à la grecque ou à la Scandinave, ils appartiennent de droit au sujet que je traite. Ceux-là donc , bien que passant la plupart de leur temps en extase devant les vases étrusques, car ils étaient peintres aussi, s'embrouillaient particulièrement l'esprit avec les poèmes et la mythologie ossianiques Tout en habitant Paris , ils parlaient sans cesse du bruit de la mer sur les récifs et des forêts de Morven. Un soir, après avoir bu un peu trop de bière, qu'ils préféraient au vin parce que c'était

plus ossianique, ils résolurent, d'un commun accord, de quitter la cité des vices, Paris, pour aller vivre dans les forets. Ils partent, ayant à leur tète le plus extravagant d'entre eux , chargé d'une guitare , à défaut de la liarpe des bardes. Voilà mes gens qui, à force de marcher , arrivent au bois de Boulogne et se mettent à réciter et même à chanter la prose de M. Le Tourneur. C'était en automne : nos inspirés n'avaient pas réfléchi que la nuit vient vite, et que les soirées sont fraîches à cette époque de l'année. Surpris par l'obscurité et le froid, ils s'avisèrent, dans un accès d'enthousiasme, de se comporter tout à fait comme les héros d'Ossian , et, après avoir battu le briquet, ils voulurent mettre le feu à un arbre. Mais à peine la flamme commençait-elle à briller que la gendarmerie , alarmée de ce commencement d'incendie, vint sur les heux, vous empoigna tous les bardes parisiens et les conduisit à la préfecture de police , d'où on ne les lâcha qu'après les avoir fait raser.

Depuis ce temps, 1802, jusqu'à 1825 et 26, excepté les sapeurs de nos régiments , personne ne s'est promené dans Paris sans avoir fait sa barbe. C'est à la dernière époque que je viens d'indiquer, lorsque la mort de lord Byron en Grèce eut décidément mis à la mode chez nous la délivrance de ce malheureux pays, que l'on vit les jeunes Parisiens qui s'occupaient des lettres et des arts commencer à laisser croître leurs moustaches, à se coiffer avec la petite toque orientale et à fumer avec des pipes turques, en se tenant tout de travers sur leurs sièges et sur les canapés.

La révolution que Heyne, Winkelmann et Hamilton avaient faite par leurs travaux, en 1772, |)our remettre en honneur l'antiquité, l'art antique, et opposer une di-

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gue au goût dépravé qui régnait daus toute l'Europe , lord Byron, par ses ouvrages, l'arrêta court-, en refit une autre, et imposa aux hommes de son temps un goût tout particulier, excentrique ^ comme disent les Anglais, et qui n'est autre chose que les fantaisies énergiques et lashionables tout à la fois de l'auteur de Lara et de don Juan, Depuis 1824, tout ce qui a été fait en prose, en vers et en peinture, sur le théâtre ou dans les romans , l'aspect donné aux apparlemenls, la forme des meubles, tout enfin s'est senti et se sent encore de cette volonté fantasque, cruellement impartiale et moqueuse, qui se plaît à garrotter le bien et le beau avec le mal et le laid ; de cette volonté qui, du même effort, apprécie et rabaisse le mérite de chaque être, de chaque objet, de chaque chose; enfin de cette volonté puissante, il est vrai, mais satanique , qui a imprimé aux ouvrages de lord Byron leurs beautés sublimes et leurs tristes défauts. C'est encore aujourd'hui le souffle capricieux de cet homme qui fait voguer depuis les frêles barques jusqu'aux grands navires sur lesquels nos écrivains et nos artistes se contient à l'océan poétique.

L'impulsion donnée aux lettres et aux arts par Byron, quoique excessivement puissante, n'ayant cependant frappé que de biais, si je puis m'exprimer ainsi, ne peut se faire sentir bien longtemps. En effet, l'expérience a déjà prouvé la vérité de ce que j'avance; car, de l'imitation des ouvrages de ce poëte, où il s'est plu à dépeindre les rêveries de personnages fantastiques dont on ne connaît ni le pays, ni le nom, ni précisément les malheurs, on n'a pas tardé, en imitant Walter Scott (car nous autres Français nous avons toujours besoin de quelqu'un qui nous pousse pour faire du nouveau ) ; on n'a pas tardé, dis-jc donc , à se jeter dans les pastiches des (Ai-

vrages du mo^en âge. On a fait des chroniques des xu% xui« et XIV siècles; on a contrefait le langage de Rabelais, en regrettant beaucoup de ne pouvoir faire revivre celui de Joinville et de Villebardouin ; et, non content de remettre en lumière ces curiosités du style ancien, on a compulsé les manuscrits, étudié les miniatures qu'ils renferment , pour donner au surcot , à l'aumônière et aux souliers à la poulaine, tout le degré de réalité possible dans les représentations que l'on en devait faire.

Dans le moyen âge, on portait de la barbe. L'engouement que Ton avait eu à Paris pour les Grecs modernes avait déjà introduit l'usage de la moustacbe. On laissa pousser la royale , et au bout de quelque temps on se décida à être complètement barbu.

Or, c'est en étudiant avec un amour désordonné les peintures des vases étrusques et la statuaire antique, que mon ami Agamemnon et ses imitateurs en sont arrivés à s'habiller à la grecque et à laisser croître leur barbe; de même, dans les quatre ou cinq années qui viennent de s'écouler , tous ceux qui ont recherché curieusement les points de centre des ogives, qui se sont passionnés pour les costumes du temps de Chai-les VI, qui ont étudié les diablotins symboliques et énigmatiques sculptés sur les cathédrales , qui se nourrissent l'esprit de Y Enfer du Dante et de l'espèce de mytbologie infernale introduite en Europe par le catholicisme et la chevalerie, tous ceux-là donc, apprenant parles manuscrits et les peintures qui les ornent que les hommes qui vivaient dans les temps où l'on a inventé , chanté , peint et aimé toutes ces choses, portaient la barbe, ont laissé pousser la leur , et , autant que la mode et les bienséances l'ont permis, ils ont même porté et portent on-

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corc des habits taillés et ornés coiiiine ceux que l'on portait au moyen âge.

Cependant, il faut le dire, les gothiques de 1832 ne sont pas aussi sincèrement enthousiastes du moyen âge que les antiques de 1799 l'étaient de la Grèce du temps d'Homère. Ce n'est pas le costume de l'époque d'Alexandre ou même de Péjiclès qu'avait été prendre mon peintre primitifs mais celui d'Agamemnon, de Calchas.

Quelle honte pour les écrivains, les peintres, et même pour un certain nombre de fashionables d'aujourd'hui, épris des charmes du moyen âge, lorsque, au lieu de les trouver couverts des vêtements des m' et xm* siècles , temps héroïques de la chevalerie , on les voit adopter l'habit (imparfaitement copié encore) de Henri IH, et se donner l'air et la tournure de crispins sombres et préoccupés !

Mais cette différence peut s'expliquer par un mot : nos maniaques de moyen âge ne sont pas si fous qu'ils voudraient l'être, et, par nécessité comme par goût, ils portent des gants blancs , fréquentent le monde et les salons. Mon pauvre ami Agamemnon avait la société en horreur, parce qu'il y rencontrait des fracs et des bonnets à dentelles, et il s'habillait à la grecque pour régénérer les habitudes, les goûts, les mœurs mêmes de ses contemporains.

A part le degré de bonne foi ou de folie des uns et des autres, et en considérant cette manie qui s'est manifestée en Europe depuis la réformation de Luther , de restaurer les mœurs, les croyances, les gouvernements , les goûts , les arts , et jusqu'aux habillements d'après de vieux types usés par le temps et les améliorations progressives , on s'étonne que ces tentatives , qui en général ont eu un si mince succès et si peu de bons

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résultais, sédiiiscnl encore périodiquement toutes les jeunes tèles, à chaque génération. Le comique de la chose est de voir les fous enthousiastes venus en dernier se moquer très-jusiement et très-raisonnahlement de ceux qui les ont précédés. Ainsi je me souviens d'avoir vu mon ami Agamemnon rire à se tenir les côtés en enlendant le récit du repas oi^i M. Dacier, le traducteur d'Homère sous Louis XIV, faillit empoisonner ses amis avec un brouet noir préparé à la lacédémonienne. Ceux de nos lecteurs qui portent la barbe pointue et des gilets pincés, comme on en vit, en 1581, aux noces du duc de Joyeuse, ne vont pas manquer de se récrier sur l'inconcevable foli(^ de mon pauvre Agamemnon et de ses coseclaires. — « Mais c'est un conte que nous brode là Tauteur, diront-ils; comment est-il possible que des hommes qui n'étaient pas fous à her aient eu l'idée de faire revivre les idées, les usagés et le costume du paganisme grec, dans un pays chrétien? Ces idées étaient toutes contraires à nos croyances religieuses ; les pratiques des statuaires grecs et tout le système artistique de l'antiquité, basé sur une mythologie et des idées morales pétrifiées aujourd'hui comme les statues qui en consacrent le souvenir, ne sont plus en harmonie avec nos habitudes religieuses et nationales ! — Cela est hors de doute, dira un autre qui à grand'peine s'est donné Tair pâle et échevelé du chevaUer Bertram dans Robert le Diable, ces gens-là étaient fous avec leur Grèce antique et leur costume d'Opéra. Mais tout ce qui se faisait alors dans les arts était théâtral. Rien n'était naturel, parce qu'on allait chercher le principe de tout ce que l'on avait à faire ou à dire, hors de notre religion, hors de notre pays, hors de nos mœurs. Nous sommes chrétiens ; disons mieux, nous sommes cathoUques. La véri-

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table civilisation iiioderiie date du moyen âge; elle est née avec les nionuinents à ogives, avec les poèmes religieux et chevaleresques de la Table ronde et du Dante. Notre imagination sympathise avec les géants, les nains, les anges, les fées, les diables, les goules et Satan. C'est là qu'iUaut retourner pour reprendre la véritable route que les écrivains et les artistes de la prétendue renaissance sous François I*% et du classicisme sous Louis XIV, nous ont fait abandonner. Alors nous serons véritablement originaux et naturels dans nos productions, et, si nous nous y prenons avec tant soit peu d'adresse, nous arriverons à être naïfs, soyez-en sûrs. »

Ce qu'il y a de curieux et de très-amusant, quand on compare les faits et les discours des barbus de 1799 avec ceux des barbus de 1832, c'est de reconnaître l'analogie qui se trouve dans les plus petits détails des opinions de ces deux sectes. Ainsi à l'Homère des uns s'oppose le Dante des autres; les premiers voulaient redevenir primitifs, les seconds prétendent modestement à la naïveté; mon ami Agamemnon n'admettait en architecture que les temples de Sicile et de Pœstum, que les vases grecs comme modèles de peinture; les naïfs de nos jours étudient religieusement la cathédrale de Cologne, les peintures de la première école allemande et les vignettes des plus anciens manuscrits. Entîn il n'est pas jusqu'aux poésies septentrionales et vaporeuses de ce pauvre Ossian, si complètement oubUé de nos jours, dont les naïfs de ce temps n'aient retrouvé l'analogue dans les ballades anglaises et écossaises du moyen âge , pubhées par Percy et mises en œuvre par Walter Scott.

On voit que, sans compter celle de la barbe, toutes ces analogies sont frappantes.

Mais revenons à la barbe et examinons scrupuleuse-

ment rinfliionce qu'elle a pu avoir sur le mérite, les lalents et les productions des primitifs qui l'ont portée en 1799, afin de préjuger des avantages qu'en retireront les naïfs barbus de 1832. A la première époque, nous voyons que mou ami Agamemnon et ses cosectaires n'ont rien produit, n'ont transmis aucun ouvrage qui témoigne de leur passage en ce monde, tandis que les deux Chénier, les Ducis, les Delille, les Parny, les David, les Girodel, M. de Cbateaubriand, M. L. Lemercier, M. Gérard, M. Gros, M. Ingres, M. Hersent, et quelques autres qui se sont toujours rasés, ne laissent pas cependant d'avoir leur mérite et nous ont donné des ouvrages qui, bien que pour ne pas être à la mode, ont fait et font encore quelque bruit dans le monde.

La barbe, en 1799, a donc été un indice du mérite que l'on voulait avoir, du génie dont on se croyait doué, mais point du tout d'un talent acquis et réel que l'on possédât.

Or, j'observe que, de nos jours, outre les vivants déjà nommés ci-dessus, MM. de La Mennais, de Lamartine, Casimir Delavigne, Victor Hugo, P. Mérimée, Sainte- Beuve, Alfred de Vigny, Robert, Scbnetz, P. Delarocbe, H. Vernet, Cbampmartin, E. Delacroix, les frères Jobannot, et quelques autres, se rasent.

Porter la barbe longue quand tout le monde se rase n'est donc pas, comme quelques personnes le croient aujourd'hui , un moyen infaillible de devenir naïf, original ; d'avoir un talent vrai , fort ou poétique , et de donner une direction nouvelle et heureuse aux lettres et aux arts : cela indique tout simplement que l'on désire avoir ces qualités, ce mérite, et assez souvent que l'on croit les posséder.

Dans tous les pays et chez tous les peuples, la barbe.

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portée par des hommes isolés au milieu d'une population imberbe a toujours été la preuve non équivoque d'une prétention de leur part à restaurer, à régénérer quelques vieux usages ou des goûts anciens que le teuips avait usés. Depuis qu'Octavien- Auguste avait pris pour lui et donué à la haute société de Rome l'habitude de se raser chaque jour, tous les marchands de philosophie, tous les gens qui colportaient de la rhétorique et des vers dans cette ville, ainsi que ces petits républicains entêtés et hargneux qui, sous les empereurs, parodièrent Caton l'ancien et Régulus , se teignaient la ligure de cumin , afin d'être bien jaunes , et portaient le bâton , la barbe et des poignards, pour avoir l'air d'être plus vertueux et meilleurs citoyens que les autres.

Les folies des hommes changent de forme; au fond ce sont toujours les mêmes.

E. J. Delécluze.

par Ch. Nodier.

Je ne veux pas en vérité vous reparler aujourd'hui du Livre des Cent-un, dont nous vous parlons souvent, parce que les gens qui le font sont presque tous de nos amis. J'attendrai un autre volume. Je ne veux pas même vous parler en particulier du chapitre de M. Delécluze, parce que nous avons déjà dit qu'il était extrêmement joli. Je veux vous parler des Barbus d'autrefois, dont il est question dans le chapitre de M. Delécluze, et j'ai un certain intérêt à la chose, pour avoir

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