‹ Louis DavidChapitre 163 sur 170 · PAR CH. NODIER · texte numérisé non relu

PAR CH. NODIER

sion sans effort iVxmo habitude infatigable de ronlem- [)lation, d'une vie intérieure toute spirilualisée , imposèrent à l'école entière (je ne crois pas exagérer ce sentiment) une sorte de pitié respectueuse. Aucune dénomination satirique ne vint flétrir leurs illusions d'enfants ou leurs superstitions de poètes, et on sait si l'atelier en est avare. On appela les jeunes hommes les mpclitateurs et les jeunes femmes les dormeuses^ parce que la méditation même a sa pudeur dans les femmes et qu'elles n'assistaient aux leçons parlées que la tête appuyée sur leurs mains. Un jour ils se retirèrent tous pour se distribuer par groupes dans deux ou trois solitudes philosophiques , mais les gazettes n'en ont rien dit.

Au-dessus de cette société, puisqu'en effet c'en était une, au-dessus de cette élite ardente et poétique d'une génération, s'élevait sans élection, sans titre, sans privilèges, sans l'avoir voulu et sans le savoir, l'Agamemnon de M. Delécluze. Nous ne l'appelions pas Agamemnon cependant. La modestie sévère , la modestie des hommes supérieui's, aurait repoussé tous les noms qui pouvaient impliquer une conqjaraison flatteuse ; sa religiosité instinctive s'était soulevée contre les premiers qui lui décernèrent celui de Jésus-Christ, dont il rappe lait l'idéal divin par la gravité de sa vie connue par son costume et par sa beauté. Entre nous il n'était connu que sous le nom de Maurice , et le nom de Maurice , tout étranger qu'il soit au reste des honmies , a encore un culte dans le cœur de tous ceux de ses contemporains qui ont eu le bonheur d'approcher de lui et le bonheur plus précieux d'en être aimés.

Si l'on pouvait retrouver quelque part les innocentes pages , toutes boursouflées de mauvaises phrases et de

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mauvais goût qno je déposais sur soîi tombeau il y a trente ans et dont le pilon a fait justice \ on verrait du moins que je n'ai pas attendu à vieillir au milieu des sectes nouvelles pour reconnaître l'homme que la Divinité avait marqué d'un véritable sceau d'apostolat. Je désignais alors Maurice connue le plus beau type de Vorganimiion humaine, et il me semble que je ne disais rien de trop. L'âge, qui a dessillé mes yeux sur tant de choses et de réputations, me l'a encore agrandi. L'obscurité même dans laquelle il a vécu était une conséquence nécessaire de sa supériorité. Maurice Quay,dont rien ne m'empêche de prononcer le nom tout entier, était placé trop haut pour s'accommoder aux pensées et à la marche du vulgaire, pour prendre intérêt à ses passions et pour avoir foi dans ses perfectionnements. Il l'avait pris en dédain à vingt ans ; il n'en a compté que vingt-quatre et je me suis demandé souvent ce qu'il aurait pu faire au delà , dans l'âge de la maturité, au milieu du train irrésistible des choses. Je suis encore à me répondre. Essai progressif mais impuissant d'une création qui cherche le mieux, il était arrivé avant le jour de sa mission, et il est mort de mort, sans tenter de l'accomplir. Son dernier regard sur le luonde a dû être empreint d'une dérision bien amère.

Pour se faire une idée complète de cette destination machevée d'une àme qui a cependant influé sur nous tous, et qui prolonge un reflet réel, quoique inaperçu, à travers notre htlérature et nos arts, il faudrait me suivre dans des développements dont ces lignes ne sont que la préface imparfaite, et qui ne peuvent trouver place que dans un cadre plus large. Il faudrait avoir vu

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