‹ Louis DavidChapitre 24 sur 170 · LES PENSEURS · texte numérisé non relu

LES PENSEURS

sans être étrangers aux arts, no les pratiquaient cependant pas. Charles Nodier était de ce nombre , et plus d'une fois alors Étienne l'a vu monter et descendre le petit escalier de bois qui conduisait à l'entresol au-dessus de l'atelier des Horaces, où , selon toute apparence, il allait présider les séances des penseurs ou primitifs. S'il faut s'en fier aux récits un peu tardifs (1833) de cet écrivain sur la secte dont Maurice a été le chef ostensible de 1797 à 1803, il ne s'agissait de rien moins que d'uné réforme de la société sur un plan , non pas précisément semblable à celui des saint-simoniens, mais du même genre , et qui devait commencer par un changement de costume. Que des idées vagues de réforme aient bouillonné dans la tête de quelques jeunes gens lancés au milieu d'une société à peine remise des grandes commotions révolutionnaires, cela peut être admis; mais quant à l'établissement d'une doctrine sérieuse à ce sujet, il ne pouvait résulter des efforts de quelques pauvres élèves en peinture rassemblés dans l'entresol , en admettant même toute la supériorité d'esprit et de caractère que l'on pourrait attribuer à Maurice Quai et à Charles Nodier. Le secret de cette petite comédie, s'il y en a un , n'aurait pu être dévoilé que par le président des primitifs, devenu le spirituel académicien que tout le monde connaît; mais à défaut de renseignements à ce sujet, longtemps mais vainement promis à Étienne par Charles Nodier, voici l'extrait d'une brochure curieuse que cet écrivain pubha en l'an xii de la république (1804), sous le titre d'Essais (Tun jeune barde. On y trouve une espèce d'éloge ou plutôt de glorification de Maurice et de la jeune femme d'un des sectaires, qui , en effet, par la pureté de son âme et la beauté de sa personne, était devenue la Béatrice, l'ange gardien

des penseurs. Voici le chapitre où il est question de ces deux personnages :

Deux beaux types de la plus parfaite organisation humaine.

« Dans les espérances d'une présomptueuse jeunesse, j'avais résolu de leur consacrer un jour un monument, et d'attacher leurs noms aux plus belles conceptions de ma vie. Mais , si incertain moi-même de ce que le sort me réserve et du temps qui m'est mesuré, je veux, du moins , laisser ici quelque témoignage qui révèle que je les ai connus, et qui fasse foi de ma gloire.

« Saady fait dire à l'ambre : « Je ne suis qu'une terre « vile, mais j'ai habité avec la rose. »

« Artiste, jette un voile sur ton Apollon et sur ta Vénus. Ne consume pas ton admiration stérile sur les efforts de l'art impuissant. Ici la Divinité a marqué sa plus noble empreinte, et c'est ici que tu apprendi^as. ton génie , si le ciel t'en a donné.

« Lui, c'était Maurice Quai , cet homme qui, sous les formes d'ANTiNOÛs et d'HERCULE combinées, recélait l'âme de Moïse, d'HoMÈRE et de Pythagore, et qui unissait le courage des forts à la simplicité des enfants, et la raison des sages à l'enthousiasme des poètes. A cette beauté , qui avait je ne sais quoi d'immuable et d'éternel comme celle des dieux, à ce grand caractère qui le faisait participer du Tout-Puissant , de Raphaël et du Jupiter de Myron , il semblait qu'on allait voir briller autour de sa tête les éclairs de I'Olympe et du Sinaï.

« Il était facile à reconnaître , celui dont le Seigneur avait dit, par l'organe d'un de ses disciples : J'ai écrit sur son front le nom de ma cité. C'étaient bien là ces sourcils dont un seul mouvement pouvait ébranler le

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