I ALLOCUTION DE MAURICE
Étienno, pour ne citer que ceux qui avaienl fait concevoir le plus d'espérauces, aucun d'eux, malgré quelques éclairs de succès , n'est arrivé k se faire un nom dans l'ai't de la peinture. Et cependant, plus d'un a déployé une énergie rare pour acquérir du talent; presque tous cependant avaient l'imagination ardente et productive ; mais il leur manqua d'être dirigés plus sagement dans le cours de leurs études, ayant eu le malheur de se trouver étudiants à une époque où tous les priur cipes sur lesquels repose l'art qu'ils désiraient apprendre furent remis en question par le maître môme qui devait les diriger.
Les fréquentes recommandations que faisait David à ses élèves, de se guider sur les ouvrages de l'art grec, et particulièrement sur ceux du style antérieur à Phidias, avaient porté leurs fruits. Cette idée, reprise en sousœuvre par une jeunesse fougueuse et inexpérimentée , fut poussée jusqu'à ses plus rigoureuses conséquences , et ces principes exagérés, combinés avec les utopies humanitaires que développait Maurice à ses adeptes , ne tardèrent pas à produire une anarchie complète dans l'école de David. Bientôt ce ne fut point assez pour Maurice de répandre sa doctrine au moyen des entretiens qui avaient heu dans l'entresol de l'atelier des Horaces, ou dans l'atelier des élèves après les travaux du jour; il fit entendre à ses cosectaires « qu'il fahait parler haut et marcher courageusement tête levée ; que David avait commencé le grand œuvre de la réforme de l'art, il est vrai , mais que l'incertitude de son caractère et le peu d'étendue de ses idées l'avaient perdu en politique et ne lui donnaient pas l'énergie nécessaire pour compléter la révolution qu'il fallait achever dans l'art. Il ajoutait que, tant que les modèles^de mauvais goût, tels que
LES RAPINS
ceux qui proviennent de l'art italien, romain et même grec, en remontant jusqu'à Phidias exclusivement , seraient soufferts dans les écoles, il n'y avait pas lieu- d'espérer qu'aucune amélioration se fît sentir dans les études; que , quant à lui , il ne commencerait à espérer le retour du goût simple , vrai , primitif enfin , que du moment où il verrait brûler et détruire (ce sont ses paroles) tous ces prétendus chefs-d'œuvre qui font horreur aux gens imbus des pures doctrines. Ce jour viendra , mes amis , n'en doutez pas , s'écriait-il dans son enthousiasme; mais il faut en accélérer la venue en provoquant la conversion de ceux qui sont encore plongés dans l'erreur. Or, pour remphr cette mission, nous devons agir avec audace et courage ; ainsi , j'en avertis d'avance ceux d'entre vous qui ne se sentiraient pas disposés à imiter mon exemple ; qu'ils se retirent! car je dois vous dire que d'ici à peu de jours j'ai résolu de quitter ces vêtements mesquins que je porte ainsi que tous les hommes de notre siècle. Déjà, vous le voyez , j'ai laissé croître mes cheveux et ma barbe; l'on achève en ce moment une vaste tunique blanche que je porterai sous un ample manteau bleu, et je ne chausserai plus mes pieds que de cothurnes. Mais je lis dans vos yeux votre incertitude ; vous pensez qu'en homme pusillanime , j'ai fait préparer ce vêtement pour m'en parer dans l'ombre de notre réduit, et en votre présence seulement ? Détrompez-vous ; décadi prochain , vous me verrez ainsi vêtu dans les Tuileries, me promenant au milieu de ces stupides bourgeois que je ferai rougir de la laideur et de la mesquinerie de leur accoutrement moderne. Dans peu vous suivrez mon exemple, je n'en doute pas, et je dois vous dire que mon brave ami Perrié que voilà, profitant noblement de sa fortune pour favoriser nos géné-