DAVID MEMBRE DE LA CONVENTION
la patrie ; qu'il serait fait don à cette commune d'une bannière aux trois couleurs portant pour exergue : A la ville de Lille la République reconnaissante^ et qu'il serait accordé une indeumité provisoire de deux millions ( en assignats ) pour dédommager les habitants des malheurs du siège et relever les édifices ruinés. »
Le 26 du même mois, David monta à la tribune, et dit à ce sujet : « Quelque glorieuses que soient la bannière et l'inscription que le citoyen Gossuin vous a proposé de décerner aux habitants de la ville de Lille, vous avez pensé sans doute que ce monument est trop périssable pour prouver à la postérité et à l'univers les sentiments de reconnaissance et d'^admiration de la république pour le counige , le désintéressement et le généreux pati iotisme des intrépides citoyens de la ville de Lille. Je vous propose donc d'élever dans cette place, ainsi que dans celle de Thionville , un grand monument, soit une pyramide, soit un obélisque en granit français provenant des carrières de Rhétel, de Cherbourg, ou de celles de la ci-devant province de Bretagne.
« Je demande qu'à l'exemple des Égyptiens et des autres peuples de l'antiquité, ces deux monuments soient élevés en granit, comme la pierre la plus durable et qui portera à la postérité le souvenir de la gloire dont se sont couverts les habitants de Lille , ainsi que ceux de Thionville.
« Je demande aussi que les débris des marbres provenant des piédestaux des statues de rois détruites dans Paris soient eniployés aux ornements de ces deux monuments.
«Je crois, et vous penserez comme moi, qu'il est de l'équité de la Convention nationale, comme de la gloire
de tous les républicains français, que les noms de chacun des habitants des villes de Lille et de Thionville, qui y sont morts en défendant leurs foyers , soient inscrits en bronze sur ces monuments.
«« Je vous propose de décerner une couronne civique ou murale à Félix Wimpfen et aux autres officiers , soldats et habitants , soit de Thionville, ou de Lille, qui se sont distingués pendant ces deux sièges , en attendant qu'après leur mort leurs noms soient inscrits sur ces monuments.
t Je propose aussi qu'à la manière des anciens, la Convention nationale ajoute au nom de ces deux villes une épithète qui caractérisera la gloire que leurs défenseurs se sont acquise. Et atin de donner à tout individu de tout sexe, ^de tout âge, un signe non périssalile de ces deux sièges , je vous propose de faire frapper une médaille en bronze pour chacun des habitants de ces deux villes. Cette médaille sera fabriquée avec le bronze provenant aussi des cinq statues détruites , et il sera expi-essèment défendu de la faire servir à aucun signe extérieur de décoration.
« Je désire que cet usage de faire frapper des médailles soit appliqué aussi à tous les événements glorieux ou heureux déjà passés et qui arriveront à la république; et cela à l'imitation des Grecs et des Romains, qui, par leurs suites métalliques, nous ont transmis non-seulement la mémoire des époques remarquables , mais nous ont encore instruits du progrès de leurs arts.
« Nos artistes français ont été des premiers à se livrer aux élans du patriotisme , et plusieurs d'entre eux ont abandonné leurs occupations, paisibles pour se livrer à ce que la défense de la répubhque pouvait exiger d'eux. Beaucoup ont préféré , en se rendant aux fron-
tièrcs, l;i gloire de la république à leur propre gloire. La Convention ne peut donc , ce me semble, exprimer sa reconnaissance d'une manière plus digne qu'en les employant, au nom de la république, à répandre sa gloire dans l'univers entier, et à faire passer ses travaux à la postérité la plus reculée.
« C'est à un incendie que la ville de Londres doit la largeur, la beauté et la régularité des rues dont elle est percée. Je crois donc qu'il serait à propos de relever les villes de Lille et de Thionville sur un plan général dans lequel on ferait entrer celui de l'emplacement le plus convenable pour élever dans ces deux villes les monuments de granit que j'ai proposés. »
Un mois après, au moment où les troupes victorieuses de la république s'emparaient de Mons, de Tournay, de Gand, de Bruxelles, et qu'à Paris une commission de vingt-quatre députés faisait un rapport préparatoire pour le jugement de Louis XVI, à la séance du 11 novembre 1792, des artistes dessinateurs vinrent demander à la Convention la suppression des académies, pétition qui fut appuyée par David , et que , d'après son avis, on renvoya au comité d'instruction publique.
Depuis 1789, on n'avait pas cessé de récriminer contre les académies, et celles de peinture et de sculpture étaient particulièrement en butte aux attaques hts plus vives. Quelques artistes surtout, intéressés dans cette question, les signalaient sans cesse comme les seules institutions privilégiées qui eussent résisté au nivellement révolutionnaire, et de plus comme le lieu de refuge de toutes les mauvaises doctrines en fait d'art. David pensait ainsi depuis longtemps ; aussi le vit-on accueillir vivement la pétition, bien qu'elle fût adressée
à la Convention par des artistes obscurs et peu recommandables.
Cette requête n'eut cependant pas encore de suites sérieuses , car aucune loi ne fut rendue pour supprimer l'académie ; mais les membres qui la composaient étant partagés d'avis sur la question de suppression , il en résulta entre eux des inimitiés que rien ne put éteindre. D'un côté était David, chaud partisan des idées républicaines , et ayant voué une guerre à mort à tous ceux des académiciens dont le talent lui paraissait vicieux ; de l'autre se rangeaient autour de Suvée, royaliste et attaché aux anciennes institutions, les artistes académiciens qui partageaient plus ou moins vivement ses opinions.
Au milieu de ce conflit de passions, et malgré la fureur démocratique qui se hâtait de détruire tout ce qui se rattachait aux institutions monarchiques, l'académie royale de peinture et de sculpture existait toujours , et la Convention n'avait rien décidé qui lui fut contraire. On est même autorisé à croire que cela n'était point dans ses intentions, puisque, peu de jours après la pétition qui lui avait été présentée , Roland , alors ministre de l'intérieur, écrivit à cette académie qu'elle eût à s'assembler extraordinairement, pour choisir, à la pluralité des voix, un artiste peintre d'histoire, en remplacement du directeur de l'école de Rome, Ménageot, qui venait de donner sa démission. Or, la place de directeur de l'école de Rome était enviée par ceux même des académiciens qui disaient le [)his de mal de celte institution ; aussi se réuniient-ils à leurs confrères pour donner leur vote. Après plusieurs ï^éariccs qui furent oi'ageuses, la majorité fut cependant favoiable à Suvée, et le ministre confirma celte nomination. Ceux