L'ANCIENNE ACADÉMIE ATTAQUÉE
des acadcinicicns à qui ce choix déplaisait, voyant leur attente de réforme trompée , sentirent alors qu'il fallait agir révolutionnairement pour arriver à leur but. Tout pleins encore du grand événement qui avait ouvert le drame de la révolution, le 14 juillet 1789, une foule d'artistes sans nom coururent s'emparer de tout le local occupé par l'académie, en criant : La voilà donc enfin renversée^ cette Bastille académique \ et tout aussi - ,tôt ils prirent là le titre de Société révolutionnaire des arts. C'est ainsi que fut détruite, en 1791 , cette académie "qui avait été fondée par Louis XIV en 1648, et à compter de ce jour, David eut la dictature des arts en France.
L'académie royale de peinture, menacée dans son existence par le mouvement révolutionnaire , et voulant essayer de ramener à elle le peintre David, qui s'en était séparé dès 1789, l'avait nommé, le 7 juillet 1792, professeur adjoint. David, devenu membre de la Convention , n'en appuya pas moins , dans la séance du 11 novembre suivant, une pétition des artistes libres demandant la suppression des académies. Cependant le corps académique ne se tint pas pour battu, et, quelques mois après, il invitait David à venir professer à son tour ; mais la lettre en réponse à cette imprudente pro])osition est courte et menaçante. La voici : « Je fus autrefois de l'académie. David, député à la Convention nationale. » Quelques mois après, il faisait d'abord supprimer officiellement le directeur de l'école de Rome , puis enfin l'académie elle-même.
Les élèves français à l'école de Rome étaient, ainsi que leurs maîtres les académiciens de Paris, divisés d'opinions. Le plus grand nomlire cependant avait adopté les idées ré[)ublicaines. l^e peu de discrétion
DAVJD DE 1789 A 1795.
qu'ils mettaient à les manifester donna de l'inquiétudeau gouvernement papal, qui prit quelques précautions pour éviter des malheurs qui arrivèrent cependant quelques jours plus tard. Au nombre des artistes français qui étudiaient alors en Italie se trouvait Topino Le Brun, élève de David. A la suite des mesures prises par le pape contre les artistes français à Rome, Topino avait" quitté cette ville et s'était réfugié à Florence, d'où il écrivit à son maître , membre de la Convention nationale, la lettre qui suit :
« Florence, 31 octobre 1792.
« Citoyen,
« Je viens offrir à votre zèle l'occasion d'être encore utile à la patrie, en la faisant respecter au dehors et en sauvant des flammes inquisitoriales deux patriotes français.
« Les citoyens Rater et Chinard (Lyonnais, l'un architecte , l'autre sculpteur) , rentrant chez eux dans la nuit du 22 au 25 septembre, furent assaiUis par des sbires , qui les garrottèrent et les conduisirent dans les prisons.du gouvernement papal. Peu de jours après, on lit enlever plusieurs modèles de Chinard , ainsi qu'un chapeau orné d'une cocarde nationale, mais qu'il ne portait que chez lui. Les groupes de sculpture saisis sont : la Liberté couronnant le génie de la France, Jupiter foudroijant l'aristocratie , et la Religion assise soutenant le génie de la France, dont les pieds posent sur les nuages, et dont la tête, ornée de rayons, indique qu'il est la lumière du monde. Eh bien ! les ahbati du gouvernement ont répandu dans toute la villç que Chinard avait outragé la religion, qu'elle était foulée aux pieds, etc. On a transféré les deux prisonniers au château Saint-