‹ Louis DavidChapitre 58 sur 170 · PORTRAIT DE MARAT · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MARAT

être l'excuse de ceux qui de nos jours sont encore îitteints d'une si triste folie?

Le lendemain de la mort de Marat, anniversaire du 14 juillet, une députation vint exprimer à la Convention les prétendus regrets du peuple. Un certain Guirault porta la parole et dit : «« 0 crime ! une main parricide nous a ravi le plus intrépide défenseur du peuple. Il s'était sacrifié pour la liberté. Nos yeux le cherchent encore parmi vous , représentants. 0 spectacle affreux ! il est sur un lit de mort. Où es-tu, David? Tu as transmis à la postérité l'image de Lepelletier mourant pour la patrie, il te reste encore un tableau à faire....

— Oui , je le ferai, >» s'écria David d'une voix émue.

Le 20 vendémiaire an II (11 octobre 1793), l'artiste annonça à la Convention que son tableau représentant Marat expirant était terminé, mais qu'il demandait la permission de retirer de la salle des séances celui de Lepelletier , afin d'exposer ces deux ouvrages chez lui aux regards du public, ce qui lui fut accordé. Enfin, le 24 brumaire de la même année, il monta de nouveau à la tribune où, après avoir fait encore l'éloge de Marat et déploré sa perte , il finit par voter pour ce monstre les honneurs du Panthéon, ce qui fut adopté et confirmé par un décret de la Convenfion.

Il est assez difficile, au milieu de tant de scènes orageuses, de suivre, ce qui était témoins important alors et ce qui fait l'objet de ces mémoires, la recherche des opinions de David sur les arts. En deux occasions différentes, cependant, il a prononcé des discours qui pourront jeter quelque lumière sur cette question.

A la même séance du 17 brumaire an II, où Gobel, évêque de Paris, et ses grands vicaires vinrent avec les autorités constituées dans la salle de la Convention ,

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pour déclaiTr qu'ils alKliquaiont leurs fonctions sacerdotales et ne voulaient plus exercer d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité , David monta à la tribune et débita le discours suivant :

« Les rois, ne pouvant usurper dans les temples la place de la Divinité , s'étaient emparés de leurs portiques. Ils y avaient placé leurs effigies, afin sans doute que les adorations des peuples s'arrêtassent à eux avant d'arriver jusqu'au sanctuaire. C'est ainsi qu'accoutumés à tout envahir, ils osaient disputer à Dieu même Fencens que lui offraient les hommes. Vous avez renversé ces insolents usurpateurs : objets de la risée des peuples , ils gisent sur la terre qu'ils ont souillée de leurs crimes.

« Qu'un monument élevé dans l'enceinte de la commune de Paris , non loin de cette église dont ils avaient fait leur Panthéon ^ transmette à nos descendants le premier trophée élevé par le peuple souverain de sa victoire sur les tyrans. Que les débris tronqués de leurs statues forment un monument durable de la gloire du peuple et de leur avilissement. Que le voyageur qui parcourt cette terre nouvelle , reportant dans sa patrie des leçons utiles aux peuples, dise : « J'ai vu des rois dans «« Paris, j'y ai repassé : ils n'y étaient plus. »

Après des applaudissements prolongés , l'orateur continua : « Je propose donc de placer ce monument sur la place du Pont-Neuf. Il représentera l'image du peuple géant, du peuple français.

« Que cette image, imposante par son caractère de force et de simplicité, porte en gros caractères sur son front : Lumière; sur sa poitrine : Nature, Vérité;

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