‹ Louis DavidChapitre 59 sur 170 · STATUE DU PEUPLE FIIANÇAIS · texte numérisé non relu

STATUE DU PEUPLE FIIANÇAIS

sur SOS bras, Force, Courage. Que sur l'une de ses mains les figures de la Liberté et de l'Égalité , serrées l'une contre l'autre et prêtes à parcourir le monde , montrent qu'elles ne reposent que sur le génie et la vertu du peuple! Que cette image du peuple, debout, tienne dans son autre main cette massue terrible dont les anciens armaient leur Hercule.

«« C'est à nous d'élever un tel monument. Les peuples -qui ont aimé la liberté en ont élevé de semblables. Non loin de nous sont les ossements des esclaves des tyrans qui voulurent attaquer la liberté helvétique; ils sont élevés en pyramides et menacent les rois téméraires qui oseraient souiller le territoire des hommes libres.

« Ainsi dans Paris , les effigies des rois et les débris de leurs vils attributs seront entassés confusément et serviront de piédestal à l'emblème du peuple français. »

Après ce discours , pendant lequel David fut souvent interrompu par des applaudissements, il lut et fit adopter un projet de décret pour l'érection de ce monument.

Le modèle en plâtre fut en effet exécuté dans les proportions de vingt ou vingt-cinq pieds de haut, et placé sur un piédestal fort élevé lui-même. Mais cetle éti ange figure occupa le centre de l'esplanade des Invalides. De toutes les mauvaises statues faites à cette époque, celle-ci fut la plus détestable sans doute sous le rapport de l'art , et la plus hideuse à voir. L'exécution en était on ne peut plus faible, et les membres de ce colosse lourd cl trapu décelaient l'impuissance de l'artiste , qui n'avait su faire qu'une ignoble caricature de l'Hercule Farnèsc. Ce qui excitait particulièrement le dégoût généra! étaient des crapauds de deux ou trois pieds de proportions , qui rampaient au pied de la statue cl figu-

raient le Marais, par opposition à la Montagne, dont le peuple était censé occuper le sommet.

Dans le même mois de brumaire (séance du 25, an II), quatre jours après l'exécution à mort du malheureux Bailly, David, membre du comité d'instruction publique, parla ainsi à la Convention sur les arts et la direction qu'il fallait leur imprimer :

« Citoyens, dit- il, votre comité d'instruction publique a considéré les arts sous tous les rapports qui doivent les faire contribuer à étendre les progrès de l'esprit humain , à propager et à transmettre à la postérité les exemples frappants des efforts d'un peuple immense, guidé par la raison et la philosophie, ramenant sur la terre le règne de la liberté, de l'égaUté et des lois. Les arts doivent donc puissamment contribuer à l'instruction publique. Trop longtemps les tyrans, qui redoutent jusqu'aux images des vertus, avaient, enchaînant jusqu'à la pensée, encouragé la licence des mœurs, étouffé le génie. Les arts sont l'imitation de la nature dans ce qu'elle a de plus beau et de plus parfait; un sentiment naturel à l'homme l'attire vers le même objet. Ce n'est pas seulement oxi charmant les yeux que les monuments des arts ont atteint le but, c^est enj3éjn6;ti-ant l'âme, c'est en faisant sur l'esprit une impression profonde, semblable à la réalité. C'est alors que les traits d'héroïsme, de vertus civiques, offerts aux regards du peuple électriseront son âme et feront germer en lui toutes les passions de la gloire , de dévouement pour sa patrie. Il faut donc que l'artiste ait étudié tous les ressorts du cœur humain , il faut qu'il ait une grande connaissance de la nature, il faut, en un mot, qu'il soit pliilosophe. Socrate, habile sculpteur; J.-J. Rousseau, bon nnisicien; l'immortel Poussin, traçant sur la toile

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