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COMMISSION DU MUSÉUM

les plus sublimes leçons de philosophie, sont autant de témoins qui prouvent que le f^énie des arts ne doit avoir d'autre guide que le flambeau de la raison. *

En terminant ce discours, David proposa une liste composée de savants, d'artistes en tous les genres, et de magistrats , pour former le jury national des arts. La Convention , tout en adoptant cette liste , décréta qu'elle serait imprimée pour être d'abord soumise au , jugement du public. Quelques jours après, l'artiste, représentant du peuple , demanda à l'Assemblée la suppression d'une foule de commissions des arts , qui avaient détourné , pour achats d'objets inutiles ou peu précieux, des fonds fournis par la république.

Il proposa, en outre, de réorganiser la commission du Muséum, dont les membres étaient des peintres qui n'en avaient que le nom, ou que la faveur des ministres précédents y avait placés. Toutes ces mesures furent adoptées.

A la séance du 5 nivôse (1793; David présenta un projet de fête pour célébrer la reprise de Toulon sur les Anglais, le premier fait d'armes où se soit fait remarquer Napoléon Bonaparte. L'artiste eut l'idée de saisir cette occasion pour célébrer à la fois la valeur de toutes les armées françaises. Quatorze chars à quatre roues, traînés par six chevaux, étaient ornés des drapeaux pris aux différentes nations ennemies par chacun des corps d'armée , et ces trophées étaient entourés de soldats blessés et invalides de ces quatorze armées. La plupart des fêtes répubhcaines jusqu'à celle-ci se rapportaient à des événements sinistres, que l'éclat théâtral des réjouissances ne dissimulait que faiblement. Cette fois, chacun des chars répondait à une armée, et l'on y voyait des drapeaux réellement pris sur l'ennemi, et quel(iues-uns des braves qui s'étaient exposés pour les

enlever. Ce spectacle lit une vive impression , el ceux même qui étaient le plus opposés aux violences du gouvernement républicain ne purent voir sans émotion ces quatorze chars de triomphe. Etienne fut témoin du départ de ces chars, en station dans la grande allée de, l'Orangerie aux Tuileries , en face du pavillon Marsan, car c'est de là que partit le cortège pour se rendre au Champ-de-Mars , où s'acheva la cérémonie.

Vers cette époque, où la France était victorieuse, excepté contre ses propres enfants , on annonça à la Convention un trait d'héroïsme d'un jeune tambour de l'armée de la Vendée. Barra , âgé de treize ans , après avoir fait des prodiges de valeur pendant toute la campagne , avait été entouré , disait-on , au milieu d'un combat, par un parti considérable de chouans qui le sommèrent de crier Vive le roi. Le jeune enfant, ayant répondu par le cri de Vive la république, mourut sous les baïonnettes des Vendéens.

L'Assemblée décréta d'une voix unanime (8 nivôse an II ) que les honneurs du Panthéon seraient décernés à cet enfant , et elle chargea David de préparer le plan et les détails de cette fête. « Ce sont, dit l'artiste en cette occasion , de telles actions que j'aime à retracer. Je remercie l'Être suprême de m'avoir donné quelques talents pour célébrer la gloire des héros de la répul)lique. C'est en les consacrant à cet usage que j'en sens surtout le prix, w Le projet de la fête fut en effet présenté le lendemain, et c'est quelque temps après que David exécuta celte charmante ébauche qui représente le jeune Barra laissé nu sur la tei're et serrant contre son ccrur la cocarde ti'icolorc. Cet ouvrage , que le peintre Ji'a jamais achevé, est, sans contredit, un des plus délicats qu'il ail faits, el le plus gracieux.

DAVID PRÉSIDE LA CONVENTION. iQl

David était déjà membre du comité d'instruction publique et du comité de sûreté générale. Le 16 nivôse (5 janvier 1794), il fut encore élu président de la Convention nationale, dont il occupa le fauteuil du 17 au 30 de ce mois. L'événement politique le plus important qui eut lieu pendant sa présidence est la mise en arrestation de Fabre d'Eglantine , l'auteur comique , membi'e de la Convention , qui , trois mois plus tard , porta sa tête sur l'échafaud avec Danton et Camille Desmoulins.

A cette même séance du 24 , David eut l'occasion de parler des arts, mais dans des termes qui se sentent des. agitations révolutionnaires. <^ C'est à la Convention , disait-il , fondatrice d'une république qui a pour base l'égalité et la liberté , c'est aux représentants d'un peuple qui ne reconnaît d'autre distinction que celle des talents et de la vertu, à encourager les artistes qui consacrent leurs travaux à perpétuer le souvenir des assassinats commis par les royalistes. Les citoyens Ricard et Deveaux ont dessiné les tableaux de Lepelleiier et de Marat, d'après les originaux que j'ai peints. Je demande qu'il soit fait mention honorable , dans votre procèsverbal, de l'ouvrage de ces artistes. Je demande aussi ([ue la Convention approuve le choix fait par notre collègue Battelier du citoyen Ricard pour directeur des ateliers de la manufacture des porcelaines de Sèvres. »

Ces propositions ayant été décrétées, David revint, à la séance du 27, sur la suppression de la commission du Musée, qu'il avait fait adopter quelques jours avant, et à cette occasion ajouta ces paroles : « Je vous ai indiqué, citoyens, le vice des choix qui avaient été faits, et l)0ur en préparer de meilleurs je vous ai présenté des artistes, la plupart victimes de l'orgued académique , qui les accablait de ses dédains et les repoussait loin de

ses fauteuils. La liste en a été imprimée et le public a été à même de les juger. S'il est un artiste , s'il est un homme à talent qui pense avoir à se plaindre de ne pas voir son. nom inscrit sur cette liste , nous lui dirons : « Mon ami, tu es un artiste, nous n'avons pas eu pensée « de te fermer la carrière , si tu n'es pas admis à l'em- « ploi honorable de garder les plus belles productions « des arts , tu n'es point exclu de l'honneur d'en aug- « menter le nombre. » S'il est parmi les membres de rancienne commission du Muséum un homme qui voie ,une injustice dans son exclusion , nous lui dirons : « Mon ami, tu as du talent, venge-toi par tes travaux ; « embellis le Muséum , rentres-y partes ouvrages. » Oui, citoyens, ne vous y trompez pas, le Muséum n'est pas un vain rassemblement d'objets de luxe et de frivolités; il faut qu'il devienne une école importante , et à la vue des productions du génie, le jeune Français sentira naître en lui la disposition pour le genre d'art ou de science auquel l'appelle la nature \

« Une néghgence coupable a porté des coups funestes aux monuments de l'art ; des mains ignorantes , auxquelles ils étaient confiés , ont laissé s'abîmer dans la poudre les beaux ouvrages de Raphaël, du Dominiqiiin, du Corrége , du peintre philosophe Poussin , et d'une infinité d'autres. Des pinceaux grossiers ont gâté les chefsd'œuvre d'harmonie de Claude Lori ain, qui éblouissaient les regards , et les œuvres admirables de ce Vernet, qu'ils ont crues assez anciennes pour vouloir les restaurer ; en sorte qu'aujourd'hui les amateurs cherchent en vain

1. Après le 10 août 1792, et lorsque la monarchie fut renversée, tous les tableaux, statues, bronzes et objets précieux qui ornaient Versailles et les Tuileries, furent transportés dans la grande galerie du Louvre. Telle est l'origine du Musée qui existe aujourd'hui.

à y voir les premières compositions de l'auteur. Cette énumération ne finirait pas, citoyens, si je voulais vous parler ici de tous les objets d'art que la négligence a laissé détruire.

« Dans les mouvements expansifs et les civiques affections qui vous pénètrent, vous sentez tous que de grands événements doivent laisser d'immortels souvenirs. Eh bien î c'est toujours de cette hauteur qu'il faut considérer le domaine des arts. C'est dans ce sublime mouvement que vous avez voulu décerner, en un même jour, à nos quatoj'ze armées, un triomphe dont le peuple était à la fois l'ornement et l'objet. » David lut ensuite et lit adopter un projet de décret qui contenait l'oi-ganisation définitive du Conservatoire du Masée national, et déterminait les appointements des membres

Il est inutile de s'arrêter à toutes les occasions qu'a eues David de porter la parole à la Convention. Peutêtre eùt-il été nécessaire cependant de donner ici le programme qu'il avait composé pour la fête de l'Être suprême et qu'il lut à la Convention le 19 prairial an II; mais outre qu'il est très-étendu , on pourra le trouver en entier dans le Moniteur, sous la date précitée.

Cependant le régime , dit avec tant de raison de la Terreur, devenait de jour en jour plus terrible. Du 29 prairial au 9 thermidor an II , c'est-à-dire dans l'espace de quarante jours, quatre cent quarante-huit têtes tombèrent à Paris. Celte année, les chaleurs furent très-fortes, et comme pendant les derniers mois de la vie de Robes-

1. D'après ce décret, le Conservatoire du Musée national fut composé, pour peinture, de quatre membres : Fragonard , Bonvoisin , Lesueur et Picault; pour la scu^pîufp, de Dardet et Pasquier; pour Varchileclure , de David Leroy et Launoy ; pour les antiquités, de Wicar et Varon, à chacun desquels il fut alloué un traitement de Ti{)0 livres et le logement.

iU DAVID DE 1780 A 1795.

pierre les exécutions ne se faisaient plus à la place de la Révolution, on se portait en foule aux Champs-Élysées pour prendre l'air le soir. Spectacle vraiment étrange.' On voyait cette population hébétée de Paris , répandue dans cette promenade, où l'on prenait soin de l'entretenir des idées de mort et de carnage qui se réalisaient à l'autre extrémité de la ville , à la barrière du Trône. Sous ces arbres des Champs-Élysées , les oreilles et les yeux étaient poursuivis par des chants , des propos atroces, et par des tableaux sanglants. Dans son infernale soUicitude pour animer la plus vile populace , le gouvernement entretenait des chanteurs débitant, ou des hymnes ampoulés en l'honneur des héros de la république, ou d'infâmes épigrammes sur les malheureux qui avaient été mis à mort quelques jours avant, sur la place voisine. Un peu plus loin étaient exposées en vente de petites guillotines ; et, comme si on eût voulu que les enfants s'accoutumassent à voir périr leurs parents, on avait substitué, dans la parade de Polichinelle , à la scène de la potence celle de la guillotine. . L'enfance est sans pitié, et tout ce qui est nouveau a du charme pour elle; aussi n'était-ce pas sans peine qu'un père, qu'une mère, qui craignaient, non sans raison , d'être obligés de se trouver bientôt en face de cette horrible machine , arrachaient leurs enfants de devant ces jouets sanguinaires.

Tant qu'il faisait jour, les affaires journalières et le mouvement aidaient à tromper l'inquiétude affreuse dont chacun était oppressé. Mais quand le jour décroissait et que l'on commençait à entendre les crieurs faire retentir dans les rues qui se vidaient ces paroles funestes : Le Journal du soir ! Jugement du tribunal révolutionnaire qui condamne à la peine de mort cinquante-

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