DAVID PRISONNIER AU LUXEMBOURG
(Jilïèrent entièrement de ce que cet artiste avait l'ail avant et de ce qu'il fit après. On pourrait presque comparer ces productions à celles d'un sonmambule qui a travaillé sans s'en douter. Aussi ces quatre tableaux caractérisent-ils une phase importante, mais toute particulière du talent de David.
Au Luxembourg, lorsqu'il combinait la scèno des Sabines, il faisait abstraction de ses quatre tableaux révolutionnaires, et ses souvenirs de peinture le ramenaient aux Horaces. « Peut-être, disait-il, ai-je trop laissé voir dans cet ouvrage mes connaissances en anatomie. Dans celui des Sabines , je traiterai cette partie de l'art avec plus d'adresse et de goût. Ce tableau sera plus grec. >» Ce tut sous l'influence de cette idée qu'il connnença ce nouvel ouvrage lorsqu'il sortit de prison, au moment où le gouvernement du Directoire venait d'être constitué.
VH.
L'ATELIER ET LE TABLEAU DES SABlxNES.
Ceux-là seulement qui ont assisté à de grandes révolutions peuvent savoir à quel point les flux et reflux sont rapides et violents sur l'océan politique au temps des tempêtes.
La réaction des idées en France depuis l'installation du Directoire (le 4 brumaire an iv) jusqu'au traité de Campo-Formio , que Bonaparte fit ratifier à ce gouvernement en frimaire an iv , est un des phénomènes moraux les plus curieux que l'on puisse recommander à l'observation des hommes. Malgré les nombreux écrits où l'on a cherché à le faire connaître, les générations nouvelles n'en ont qu'une idée incomplète; et ce qui va suivre ne remplira tout au plus que quelques lacunes dans ce vaste tableau qui reste encore à faire.
Depuis la chute de Robespierre, l'action de son gouvernement terrible était sans doute tempérée ; mais son impulsion primitive avait été si forle, qu'elle se fit sentir longtemps encore après le 9 thermidor. Les citoyens n'étaient plus journellement effrayés par les pioscriptions et les supplices, mais dans les passions des hommes et dans les formes de la jurisprudence criminelle , il régnait encore quelque chose de violent
DAVID AMXTSTIi:.
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De lontos les mesures prises par le nouveau ^oiivcrnemeril [)our calmer les partis, celle qui produisit le meilleur effet fut l'auuiistie accordée pour tous les délits commis pendant la révolution, amnistie dont profita David. Toutefois la clause qui excluait du bénéfice de cette loi les personnes ayant pris part à la dernière conspiration , dont le dénoùment avait été la journée du 13 vendémiaire, entretenait de vives inquiétudes dans la nafion. Beaucoup de citoyens, après cette affaire, prirent la fuite et furent condamnés à mort; et quoique peu de mois après les tribunaux institués pour les juger missent beaucoup de douceur dans les formes et offrissent aux condamnés toute facilité pour se disculper et purger leur contumace , cependant la base de cette jurisprudence ressemblait trop à celle sur laquelle avaient reposé les opérations du tribunal révolutiom aire , pour que l'on ne fût pas effrayé de l'abus que la méchanceté ou les passions en pouvaient faire. Ces craintes étaient d'ailleurs d'autant plus fondées que les intrigues des partisans de Robespierre d'un côté, et les tentatives sourdes des royalistes de l'autre, mettaient alors le gouvernement dans la nécessité de tenir à sa disposition des moyens prompts et sûrs de répression contre ces deux factions menaçantes.
De cet état de choses il résultait que chacun , assez tranquille sur le présent , conservait des inquiétudes continuelles sur l'avenir, et que dans l'incertitude de ce qui pourrait arriver, on se livrait avec une passion aveugle à tout ce qui pouvait procurer pour le moment des distractions à l'intelligence, à l'esprit, et (juelque plaisir aux sens.
Celte disposition des esprits dura en France jusqu'au 18 brumaire an viii, lorsque Bonaparte, ' après s'être emparé des renés de l'Etat, s'empara également de l'activité de toutes les imaginations, pour la fixer sur la gloire militaire et la faire profiter à ses vues.
Mais revenons à l'époque qui nous occupe, de l'an iv à l'an vin, de 1795 à 1800. Cette existence précaire de la nation, cette inquiétude constante des esprits, causées par les efforts incessants du Directoire pour combattre alternativement les jacobins et les royalistes , entretenaient une activité extraordinaire dans toutes les intelligences. Pendant le cours de ces cinq années, l'esprit humain a été plus excité peut-être que dans aucun temps, sans en excepter même celui de la renaissance. On avait oublié les jours sanglants de 93, et, dans l'espèce d'enivrement causé par la certitude de ne plus être exposé à mourir le lendemain sur l'échafaud , on se livrait aux illusions les plus flatteuses. Les premiers jours et les premières espérances de la révolution de 1789 se reproduisaient aux imaginations dans toute leur pureté , dans toute leur force , et les générat;ions nouvelles accueillaient encore une fois l'espoir d'une régénération complète dans tout ce qui constitue la société.
Les progrès extraordinaires des sciences semblaient ouvrir une carrière nouvelle à l'homme. En mourant, l'infortuné Lavoisier avait légué au monde la science de la chimie; victime également de la révolution, Bailly avait rendu presque populaire l'astronomie, dont Laplace devait bientôt faire connaître le mécanisme et les lois. Desault , mais surtout Bichat , donnaient aux études anatomiques une portée qu'elles n'avaient point encore eue, et enfin Cuvier, le savant du siècle, révélait à la France et à l'Europe une science nouvelle, puisqu'elle