TABLEAU DES SABINES COMMENCÉ
Lorsque Élienne fut admis an nombre dos élèves de David, ce laljlean était non-se lienient entièrement ébauché , mais les personnages de ïatius et de la temnie à genoux et exposant ses enfants, avaient déjà été re[)eints. C'était parmi les élèves un grand sujet de curiosité que de savoir à quel point en était l'ouvrage du inaître, et chacun briguait la faveur d'être admis à le voir. Comme tous ses conciisciples, Étienne attendait impatiemment celle faveur ; elle lui fut accordée beaucoup plus tôt qu'à la plupart d'entre eux. D'abord les vers composés en l'honneur de David l'avaient mis en rapport innnédiat avec celui-ci; puis il élait assez lié avec Alexandre, qui devait à sa càlinerie sournoise le rôle de complaisant auprès du maître. Enfin, Étienne, plus âgé d'un an que le fils de David , avait formé avec ce jeune homme une amitié qui avait pour lien la communauté de leur amour et de leur étude de la langue grecque. Il fut donc assez facile à Efienne d'obtenir la permission de pénétrer dans l'atelier des Sabines.
Cet aleher se trouvait pratiqué dans les combles de la parfie du Louvre qui fait face au pont des Arts, et l'on y montait par l'escaher du guichet de ce même côté. Il était cinq heures du soir, en été , lorsque Étienne y pénétra pour la première fois. David achevait de tracer au crayon la jeune femme qui monte sur une pierre pour montrer son enfant, et Pierre Fj'anque, l'un de ces deux frères qui avaient été confiés à David par l'Assemblée constituante, ébauchait la draperie du soldat mort, gisant à la droite de la composifion.
La lumière venait de très haut, et l'heure déjà avancée du jour donnait au tableau une teinte mystérieuse très-favorable à son effet. La faveur d'être admis dans
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col atelier, le respect qu'inspirait le maître et l'émotion profonde qu'éprouva Etienne à la vue de cette figure de Tatius, dont l'imitation lui parut parfaite, firent battre si fortement son cœur qu'il demeura muet. David s'en aperçut et adressa quelques mots obligeants au jeune élève, de manière à lui faire sentir que son silence était favorablement interprété. xVprès que le maître eut indiqué à Pierre quelques précautions à prendre pour terminer l'ébauche commencée, il se retira en laissant Alexandre, Pierre et Étienne libres d'observer son tableau tout à l'aise.
Là étaient les deux esquisses préparatoires ; celle où les personnages sont vêtus et l'autre où ils sont nus. Pierre, on doit s'en souvenir, était l'un des plus chauds partisans des opinions de Maurice ; aussi fit-il ressortir la supériorité delà seconde composition sur la première, et d donna même à entendre que les conseils de Maurice à son maître, pour adopter le système de nudité des Grecs , n'avaient pas été sans influence sur la décision de David à ce sujet.
Le lendemain, à l'atelier des élèves, c'était à qui interrogerait le petit d'en haut sur le tableau des Sabines, et lorsque Étienne parla dans sa famille et aux amis de ses parents du nouveau tableau que faisait David , on l'écouta comme on eût écouté un voyageur de retour de l'Inde ou de la Chine,
A cette époque où l'émigration retenait encore beaucoup de grandes familles hors de France, et où les personnes titrées qui s'étaient fait rayer de la liste des émigrés affectaient d'être plus simples dans leui's manières que celles qui n'avaient pas quitté la France, l'aristocratie se composait des hommes de talent et des femmes rernarqual^les par leur beauté. On se vantait