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FRÉRON, LES MUSCADINS, QUINQUET

parents d'Étienne ; mais c'était seulement pour donner des nouvelles de ce qui se passait à Paris et des succès ou des revers alternatifs des jeunes gens et des terroristes. Quant au dessin et à la peinture, il n'en disait plus même un mot.

Après la journée du 13 vendémiaire, et lorsque le calme fut à peu près rétabli, le pauvre Godefroy, pour qui celte campagne malheureuse fut sans doute l'occasion de sa vie où il a montré le plus d'activité et d'énergie, cessa de venir dans la famille d'Étienne. N'ayant qu'un talent médiocre, il peignit, pendant quelque temps, des lampes chez Quinquet, dont le nom consacre le souvenir de son invention. Puis enfin, ne trouvant plus à s'occuper en France , il se décida à passer aux États-Unis, où il est mort quelques années après.

Étienne a sans doute tiré bien peu de profit des leçons qu'il a reçues de Godefroy , et cependant il a toujours conservé un souvenir .tendre de ce bon jeune homme, qui, outre les précieuses qualités de son cœur, avait le goût des ouvrages excellents et a appris à Étienne à connaître et à apprécier les vrais chefs-d'œuvre des arts.

Mais le temps s'écoulait et les progrès d'Étienne étaient insensibles. Pendant les années 1794 et 1795, il alla habiter la campagne avec ses parents. Par un concours de circonstances qui ne peuvent être rapportées ici, le jeune élève en peinture reprit le goût des études classiques et revit la plupart des auteurs latins avec une ardeur et une énergie qui se réveillent rarement quand leur action a été interrompue. Cet acte de sa volonté, couronné par un succès inattendu, lui fit faire de nouveaux efforts. Entre autres, il se mit seul et sans guide à dessiner le paysage d'après nature. Étienne commen-

L'ATELIER DES HORACES

çait à se sentir plus fort ; en rentrant à Paris, vers l'automne de 1796 , il témoigna ouvertement à ses parents le désir d'entrer à l'école de David.

Jusqu'à cette époque, le caractère et les dispositions de l'esprit de ce jeune homme avaient inspiré des inquiétudes à sa famille. D'une vivacité excessive de corps, et souvent agité par les fantaisies d'une imagination plus mobile que productive , on pouvait redouter chez lui le premier effet des passions. Cette crainte, qui était fondée, fit prendre aux parents d'Étienne un terme moyen pour qu'il reçût les conseils de David , sans qu'il fût exposé tout à coup au danger de se trouver au milieu de jeunes élèves dont la conduite fort peu réglée n'était soumise à aucune surveillance. On eut encore recours à l'architecte qui avait introduit Godefroy dans la maison. Plus heureux cette fois, cet ami trouva moyen de faire entrer Étienne chez un élève de David, à qui ce maître avait prêté, pour achever un tableau , l'atelier même où étaient placés ceux des Horaces et de Brutus. De ce concours de circonstances, il résultait qu'Étienne serait pleinement satisfait, puisqu'il allait travailler sous un maître digne de sa confiance, qu'il verrait à son gré les ouvrages de David, et qu'enfin ce célèbre artiste, ayant entendu parler d'Étienne , avait promis à ses parents de surveiller ses études.

Charles Moreau, le maître nouveau à qui Étienne venait d'être confié, était alors dans sa trentième année. C'était un homme bien fait de sa personne, dont la physionomie calme n'annonçait rien moins qu'une imagination ardente. La nature l'avait doué d'une certaine aptitude aux arts , dont il était facile de voir qu'il cherchait plutôt à profiter pour s'assurer une profes^

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