LE MARCUS SKXTUS DE GUÉRIN
allendii par les artistes et le public, et Ton ne s'en préoccupa de nouveau que quand il fut offert au jugement du public.
Un événement artistique, se rattachant à la politique, suspendit pour quelque temps la curiosité que l'ouvrage de David faisait naître. La réaction du parti royaliste contre la révolution agissait sourdement, mais avec force. Le nombre des émigrés rentrés était déjà considérable , et la plupart de ces amnistiés avaient assez d'influence personnelle pour agir sur l'opinion publique. Dans le monde, les émigrés étaient devenus l'objet d'un vif intérêt, qui, ainsi qu'il arrive ordinairement à Paris, dégénéra bientôt en mode. Un tableau qui figura à l'exposition ouverte le 18 août 1799 détermina cet engouement.
Trois ans auparavant, P. Guérin , élève de Regnault, chef de l'une des écoles rivales de celle de David, avait remporté le grand prix de peinture, et le mérite de l'ouvrage couronné avait fait concevoir de hautes espérances du lauréat. En effet, en 1799, P. Guérin exposa la scène de Marcus Sextus revenant d'exil, trouvant sa femme morte et sa fille plongée dans la douleur. La pantomime de ce tableau est dramatique; et, bien que son exécution manque de soudaineté et d'énergie, cet ouvrage fut accueilli par le public avec des applaudissements dont aucun succès obtenu depuis ne peut donner l'idée. Dans les -malheurs de l'exilé Marcus Sextus on vit ceux des émigrés, et toutes les classes de la société sans exception suivirent l'impulsion donnée , et admirèrent également l'ouvrage et l'intention présumée du jeune artiste.
Non-seulement le tableau fut constamment environnée d'une foule innnense pendant les trois mois d'ex-
position, mais le peintre fut l'objet d'une snite d'ovations et de triomphes qni faillirent ruiner le peu de santé qu'il avait. Outre les invitations qui lui fureut faites par l'ancienne aristocratie, par les banquiers, par les personnes à la mode, et même par les fonctionnaires de l'État, tous les théâtres lui offrirent ses entrées gratuites, et Guérin ne paraissait jamais dans un de ces lieux publics sans être couvert d'applaudissements à son entrée et pendant les entr' actes. Pour être juste, il faut ajouter à la louange de cet homme plein de sens, de modestie et de talent, qu'il ne se méprit point sur la cause de ce succès extraordinaire, et qu'il ne le considéra que comme un engagement sacré qu'il avait pris avec le public de redoubler d'efforts pour justifier la bonne opinion que l'on avait de hii^
Naturellement les artistes qui n'aimaient point David et son école ne virent pas sans plaisir surgir un peintre dont la gloire semblait devoir contre-balancer, éclipser même celle du maître universellement admiré jusque-là; mais le succès de Guérin ne porta aucune atteinte à la réputation de David, et quelques mois étaient à peine écoulés depuis l'apparition éclatante du Marciis Sextus , que le tableau des Sabines , exposé dans une des salles du Louvre (nivôse an vui), tit renaître plus vif que jamais l'intérêt qu'il avait précédemment excité.
Le mode d'exposition adopté par David parut une innovation bien plus extraordinaire que l'idée de pré-
I. Pierre-Narcisse Guérin, né à Paris en !774 , morl dans la même ville en juillet 1833. Ses principaux ouvrages sont : Marcus Sextus, Plièdrc, Orphée, les Révoltés du Caire, Andromaque , Didon , etc. Ses })rincipaux élèves sont Géricault , MM. P. Delaroche , Delacroix, S chef fer.