‹ Louis DavidChapitre 98 sur 170 · F. GÉRARD · texte numérisé non relu

F. GÉRARD

rcuse importance politique que David avait acquise et le succès de son dessin du Serment du Jeu de Paume entj'aîiièrent inomentanémenl dans cette voie le jeune Gérard , que la nature de son esprit et l'aménité de son caractère devaient préserver bientôt de pareils écarts.

Son ami, son rival Girodet avait déjà envoyé de Rome deux ouvrages qui le plaçaient au nombre des hommes appelés à soutenir et à augmenter la gloire de leur école. VEndymion, cette composition gracieuse, avait paru au Salon pendant la sanglante année de 1793 , et VHippocrate avait captivé l'attention des connaisseurs à l'exposition suivante.

Quoique bien pauvre , Gérard écoutait sa jeune âme , qui lui disait qu'à tout prix il fallait lutter contre son condisciple déjà célèbre et L qui l'état de sa fortune permettait de tenter facilement de nouveaux efforts. Plusieurs portraits en pied, faits d'après ses amis, furent les premiers ouvrages sur lesquels l'attention du public se fixa. Dans l'attitude, l'expression et le coloris de ces divers personnages , on remarqua une vérité et une délicatesse, et en même temps une convenance gracieuse, qui n'échappèrent à personne. Le portrait de son camarade Isabey fut le premier ouvrage qui fit retentir le nom de Géi ard à Paris K

Déjà célèbre comme peintre en miniature, et très-répandu dans le monde par l'exercice de son art, M. Isabey proposa à son ami de lui servir de modèle, pour lui fournir l'occasion de peindre quelqu'un dont la figure était bien connue. Ce petit artifice préparé par l'amitié

I. Ce portrait a été donné au Musée du Louvre par M. Isabey père. Il fait partie des ouvrages d'élite placés dans la salle des Sept Cheminées.

eut un tel succès, que Gérard inspira bientôt confiance à des amateurs.

Cependant il était toujours extrêmement pauvre. A force de travail, et aidé encore par M. Isabey, qui acbeta et paya l'ouvrage d'avance , il entreprit un tableau d'bistoire, et au Salon de n95 parurent son Bélisaire rapportant son guide piqué par vn serpent , et le cbarmant portrait de M^'" Brongniart. Le succès de ces ouvrages fut complet. Dès ce moment les deux noms de Girodet et de Gérard jouirent d'une célébrité égale, et on vit naître entre ces deux artistes , d'abord de l'émulation, puis de la rivalité, et enfin une jalousie qui dura autant qu'eux.

Il n'en était pas dans ce temps comme dans le nôtre ; malgré la grandeur et la solidité du succès qu'obtint alors l'auteur du Bélisaire^ malgré les louanges qui lui furent prodiguées et l'accueil distingué qu'il reçut de tout ce qu'il y avait de personnes considérables à Paris, Gérard , encore un peu plus pauvre d'argent depuis qu'il était devenu riche de gloire, fut obligé de se commander à lui-même un autre tableau pour justifier et soutenir ses succès précédents.

La société se sentait encore des ébranlements causés par la révolution ; les fortunes privées étaient compromises, et ceux qui possédaient des biens n'osaient acquérir des objets de luxe, lorsque tant de gens autour d'eux manquaient encore du nécessaire. Le jeune artiste n'aurait peut-être pas même exécuté son tableau de Bélisnire, si son camarade, M. Isabey, déjà favorisé de la fortune par la nature de son talent, n'eût pas acheté et payé d'avance cet ouvrage à son ami. Mais le noble cœur d'Isabey ne s'en tint pas là, car, ayant revendu le Bélisaire plus clier qu'il ne l'avait acheté, l'habile peintre

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