I. Voir Tournier, Vadier^ p
tique de David ; sa cause rentre dans un procès plus général ; il est inutile de la plaider isolément.
Il importe, au contraire, de chercher quelle action cette crise a pu avoir sur l’art français et sur le talent de David même. En sortant de son atelier, en se mêlant aux plus ardents révolutionnaires, David a-t-il servi la cause de l’art, a-t-il eu l’occasion de faire pénétrer l’art dans la Révolution, a-t-il renouvelé son propre génie? Je vais essayer de répondre à ces questions et les faits consultés diront, si je ne me trompe, que l’action politique de David, jugée au point de vue artistique, a été utile et féconde.
L’art était menacé par la Révolution. Les artistes n’avaient guère travaillé que pour les princes et les églises. La plupart des œuvres d’art présentaient des images et des emblèmes capables de provoquer chez des exaltés une fureur iconoclastique. Des hommes plus éclairés pouvaient enrayer le vandalisme, mais il était au moins à craindre que la Révolution ne se désintéressât de la production artistique. Au moment des embarras financiers les plus graves, quand la levée en masse appelait les citoyens aux frontières, les législateurs allaient-ils trouver de l’argent pour commander des tableaux ou des statues, allaient-ils permettre même à l’artiste de rester dans son atelier?
Dans cette occurence, que serait-il arrivé si tous les artistes avaient montré de l’hostilité ou de l’indif-
DAVID
férence à la Révolution? Grégoire aurait pu, peut-être, sauvegarder les souvenirs du passé, mais le présent aurait été annulé et l’avenir compromis.
L’attitude de David prévint ce danger. Membre de la Convention, du Club des Jacobins, du Comité de Sûreté générale, entouré d’élèves dont quelquesuns, comme Gérard et Topino-Lebrun, étaient jurés du tribunal révolutionnaire, dont la plupart affichaient une foi républicaine ardente, David donna à l’art un brevet de civisme. « Exempt de toute espèce d’ambition et seulement passionné pour la gloire que donnent les Beaux-Arts, je n’ai accepté, écrivait-il plus tard dans une apologie de sa conduite^ les fonctions publiques, que dans la vue de les servir et d’assurer leur prospérité. )> Il y avait là quelque part de vérité.
Son action ne fut pas toujours à l’abri de tout reproche. Il exigea la disparition des emblèmes royaux sur la façade de l’hôtel de l’Académie à Rome, disparition qui provoqua une émeute : Basseville périt et les élèves de l’École n’échappèrent à la mort que par miracle. Il n’essaya pas de préserver de la destruction, sinon la statue de Louis XV, qu’il était bien difficile d’arracher à la colère publique, au moins les statues des rois de Notre-Dame, qui provoquaient des haines moins directes.
Ces réserves faites, l’intervention de David fut le plus souvent heureuse et décisive.