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DAVID RÉVOLUTIONNAIRE

Affinités entre la Révolution et la réforme davidienne. — David conventionnel. — Son rôle politique. — Il met son influence au service de l’art et des artistes. — Organisation des fêtes révolutionnaires. — Tableaux révolutionnaires.

'V moment où s’ouvre le Salon de 1789, les États Généraux ont été réunis, la Bas- Gst prise, et de jeunes artistes, vêtus, avec l’autorisation de La Fayette, en gardes nationaux, font la police de l’exposition.

La préoccupation politique emporte tout, et le grand succès est pour Bmitiis.

Ce qu’on y admire, c’est moins le talent déployé par l’artiste que le sujet qu’il a traité. En méditant la leçon patriotique de ce tableau, on se souvient du Serment des Horaces^ et, dès ce moment, se constitue cette croyance que David est un précurseur de la Révolution, croyance répétée par les journaux et, portée, le 28 octobre 1790, par Dubois-Crancé, à la tribune des Jacobins. David, sans doute, n’avait pas

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songé à jeter un défi à la royauté dans un tableau que la Cour lui avait commandé. Mais il est vrai que l’évolution qu’il avait accomplie participait au mouvement général qui provoquait la Révolution, dont il se trouvait être un facteur inconscient et à laquelle il était, par une sorte de fatalité, appelé désormais à concourir.

Il avait été, sans s’en apercevoir, entraîné par un courant qui préparait la Révolution, quand il avait rompu avec un art lié étroitement à une société aristocratique et immorale. Ce qu’il avait fait au nom des principes esthétiques allait être interprété comme une réforme républicaine.

Sous l’influence de Winckelmann, il avait choisi ses sujets dans l’antiquité grecque et surtout romaine. Son esprit positif l’avait écarté de la mythologie et c’est l’histoire qu’il avait interrogée. Cette histoire, il l’avait conçue comme on le faisait autour de lui, à travers les récits de Plutarque et les vertueuses tirades de Rollin. Sans y mettre de parti pris — et le choix de sujets tels que Andromaque ou Pâris et Hélène^ témoigne de son indifférence — il avait été amené à exercer sa verve sur des thèmes auxquels on pouvait attribuer une signification patriotique ou morale : Horace, Socrate, Brutus^ sans parler des esquisses auxquelles il avait travaillé sans les pousser jusqu’à l’exécution : Régulus ou Corîolan.

Il était naturel et nécessaire qu’il en fût ainsi, et Drouais, quand il peignait Marins à Minturnes^

Régnault, quand il représentait VÉducation d'Achille et le brave Brenet quand il illustrait la Continence de Scipion^ n’avaient pas procédé autrement. Rien d’étonnant à ce que l’on tirât des thèmes édifiants d’une histoire qui avait alors le caractère d’une morale en action.

Que David, dans ce commerce, se fût exalté, qu’à son insu et d’une façon inconsciente, il se fût pénétré d’idées révolutionnaires, cela n’a rien encore qui puisse suprendre. Au surplus, Volney, Lameth et Barnave, qu’il avait rencontrés chez le duc d’Orléans, n’avaient pas manqué de l’initier aux idées de réforme qu’ils avaient empruntées aux philosophes et à l’exemple de l’Angleterre. Enfin, par les dispositions de son esprit de logicien enthousiaste et impressionnable, David était marqué à l’avance pour la Révolution.

Le 7 septembre 1789, David figurait parmi les femmes qui vinrent à Versailles faire l’hommage patriotique de leurs bijoux à la nation. David prenait ainsi position, mais ce furent des causes indirectes qui l’arrachèrent à son atelier et l’amenèrent à jouer un rôle politique actif.

L’Académie de peinture, fondée en 1748, était un corps jaloux de ses prérogatives. Les académiciens avaient seuls le droit d’exposer aux Salons annuels. Parmi eux régnaient de graves inégalités. Les agréés n’avaient aucune part aux délibérations ' de l’Académie. Les académiciens en titre élisaient

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les officiers et c’étaient ces officiers, à la tête desquels se trouvait un directeur, qui réglaient à leur gré les intérêts des artistes, entretenaient des rapports avec le surintendant, choisissaient les programmes et dirigeaient l’enseignement officiel donné à la jeunesse.

Toutes ces différences n’avaient pas choqué sous l’ancien régime. Elles parurent révoltantes le jour où la Révolution eut agi sur les esprits, et l’Académie se vit attaquée dès 1789.

David aimait peu les académiciens ses confrères ; il rencontrait chez eux une hostilité qui ne se dissimulait pas toujours, et détestait l'enseignement donné par l’Académie. D’ailleurs, dès le début de sa querelle, il se trouva personnellement intéressé. Les élèves de l’Académie avaient demandé l’exposition posthume au Salon des œuvres de Drouais et l’organisation de séances mensuelles de dessin d’après l’antique. Les deux requêtes furent repoussées.

David, blessé dans ses doctrines, blessé surtout dans la vénération qu’il avait gardée pour la mémoire de Drouais, se joignit alors à quelques-uns de ses confrères pour demander une révision des statuts de l’Académie. Les officiers opposèrent à cette réclamation une fin de non recevoir. Les partisans d’une réforme ne désarmèrent pas : ils tinrent des réunions dans lesquelles ils proclamèrent David leur président et précisèrent leur programme ; ils demandaient d’abord l’égalité entre tous les académiciens, puis

l’accès libre des Salons pour tous les artistes. L’obstination des officiers rendit toute conciliation impossible et, dès ce moment, l’existence même de l’Académie de peinture fut menacée.

Au cours de la dispute, les dissidents furent amenés à chercher appui dans les forces politiques : ils s’adressèrent à la Commune de Paris, à l’Assemblée nationale et aussi au Club des Jacobins, et se présentèrent comme les champions de la liberté dans le domaine de l’art.

Le nom de David, célèbre parmi les artistes et les amateurs, fut ainsi porté dans le peuple comme celui d’un homme généreux qui poursuivait la suppression de privilèges dont il jouissait lui-même. Aussi, quand Dubois-Crancé proposa aux Jacobins de rendre impérissable le souvenir de la séance du Jeu de Paume, en confiant au « plus énergique pinceau » le soin d’en retracer l’image, c’est David qu’il désigna à leurs suffrages. Les Jacobins commandèrent à David une toile dont la gravure devait être répandue à travers l’univers.

Le Salon de 1791, ouvert à tous les artistes et organisé par une commission dont David avait fait partie, consacra la gloire civique du peintre. L’exposition avait un caractère rétrospectif. David y replaça sous les yeux du public Horace, Socrate^ Brutus, sur lesquels reposait sa réputation politique, et leur joignit le dessin du Serment du Jeu de Paume.

Le 27 septembre 1791, l’Assemblée nationale,

sur la proposition de Barrère, décréta que le tableau du Jeu de Paume serait achevé aux frais du trésor public et « placé dans la salle du Conseil législatif, où il représenterait sans cesse aux représentants de la nation le zèle et l’énergie qu’ils doivent avoir ».

David, mis en relation avec les députés, lié avec Marie-Joseph Chénier, qu’il aidait pour la mise en scène du Cdius Gracchus^ fréquentait d’une façon chaque jour plus assidue le Club des Jacobins. Il fut un des promoteurs et des organisateurs de la fête en l’honneur des Suisses de Châteauvieux. Cette initiative, qui lui aliéna André Chénier, mit le sceau à sa popularité. Porté sur la liste des électeurs en août 1792, il fut, le 17 septembre, élu député de Paris à la Convention nationale.

David alla siéger parmi les montagnards. Peu doué pour l’éloquence, paralysé d’ailleurs par l’infirmité qui le défigurait et le contraignait au bégaiement, il s’excusait d’être plus habile avec le pinceau que par la langue et n’intervint guère, dans les questions de politique générale, que par des exclamations et des interruptions dont la violence traduisait sa passion.

Il était au dernier degré de l’exaltation politique. Il vota la mort de Louis XVI. Le i3 février 1793, lorsque les Girondins firent décréter Marat d’accusation, il se leva pour le défendre et se jeta au milieu de l’Assemblée en criant : « Je vous demande que

VOUS m’assassiniez... je suis un homme vertueux... la liberté triomphera ! — Que prouve l’action de David, répliqua froidement Pétion? Rien; le dévouement d’un honnête homme en délire et trompé... Tu t’en apercevras, David! — Jamais! repartit le peintre. »

Cette ardeur lui valait l’amour de la Montagne. D’ailleurs, Robespierre, qui sentait en lui une force et qui avait besoin de son concours, le soutenait et le flattait : « Il me faisait bien plus la cour, dira plus tard David après le 9 Thermidor, qu’on ne peut dire que je la lui ai faite ».

Le 2 octobre, il est nommé membre du comité d’instruction publique ; le 18, de la commission des Arts ; du 1 7 juin au 14 juillet i ygS, il préside le Club des Jacobins ; le 26, il est élu secrétaire de la Convention ; le i3 septembre, il est membre du Comité de Sûreté générale; enfin, du 16 nivôse au pluviôse an III (5 au 20 janvier 1794), il préside la Convention nationale.

Quel fut son rôle au Comité de Sûreté générale ? Il est probable que, dépourvu de toute préparation aux affaires, il ne dut pas y avoir grande action. Il n’en partage pas moins les responsabilités des hommes auxquels il associa son nom. Il a affirmé que jamais il n’avait pris l’initiative d’une persécution, et cette affirmation n’a pas été démentie.

A l’Assemblée, il était intervenu, le 26 octobre 1792, pour demander des récompenses nationales en

Dessin. — Musée du Louvre.

faveur de Lille et de Thionville. C’est la seule mesure politique qu’il ait proposée.

Il est pourtant un point sur lequel on aimerait que la lumière fût faite. David a été accusé de s’être mêlé aux Robespierristes, qui exercèrent une pression directe sur le Tribunal révolutionnaire et provoquèrent l’assassinat juridique de Danton et de ses amis. S’il a vraiment commis ce crime, sa passion et la sincérité de ses convictions ne le peuvent excuser. Mais le doute plane, et nous ne devons ni l’absoudre ni le condamner ^

Il fut jusqu’au bout l’admirateur et le collaborateur fidèle de Robespierre. Le 8 thermidor, à la veille de l’orage décisif, quand Robespierre vint relire son discours aux Jacobins et se déclara prêt à boire la ciguë : « Nous la boirons tous avec toi ! » s’écria David. Si, le lendemain, une indisposition ne l’avait retenu loin de l’Assemblée, il est probable que le peintre de Brutus et des Horaces eût été décrété d’arrestation et guillotiné. Le 9 Thermidor finit brusquement sa carrière politique.

J’ai essayé de résumer ces faits avec exactitude. La plupart des historiens de David, ennemis de la Révolution ou hostiles aux hommes de lyqS, ont éprouvé le besoin de déplorer l’égarement du peintre. Je ne partage pas leurs sentiments, mais il me semble hors de propos de faire ici l’apologie de l’action poli-

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