‹ Louis DavidChapitre 11 sur 43 · I. J. David, Davidj p · texte numérisé non relu

I. J. David, Davidj p

Par ses soins, et on peut le dire, sans que les faits soient trop altérés, l’histoire de la réforme artistique à laquelle il avait présidé devint un épisode — le premier en date — de la Révolution. Au nom de la liberté, il put flétrir le temps où « les arts ne servaient plus qu’à satisfaire l’orgueil et le caprice de quelques sybarites gorgés d’or S). «Les enluminures lubriques qui, selon le peintre Bouquier, paraient les appartements luxueux des satrapes et des grands, les boudoirs voluptueuxdes courtisanes... ex-voto déposés par l’immoralité dans le temple de la Luxure. » furent flétries. Les tableaux « érotiquement maniérés )> de Boucher furent couverts de l’opprobre révolutionnaire.

Par contre, la Révolution adopta comme sien le style de David, « ce style mâle et nerveux, seul digne des peintres républicains».

Pour intéresser les conventionnels à l’art, on leur montra les princes occupés à « voiler le génie, à dessécher le germe des vrais talents, à écarter l’artiste philosophe dont les crayons hardis auraient osé présenter au peuple l’image éblouissante de la liberté à côté de la figure hideuse de l’esclavage ».

Ne rions pas de ces phrases ; c’est grâce à de semblables arguments qu’on intéressait la Montagne à la conservation de la Vie de saint Bruno de Le Sueur, des chefs-d’œuvre de Titien et de Raphaël, qu’on la déterminait à voter des récompenses et des encou- I. J. David, David, p. 149.

DAVID

ragements pour les artistes. Combien il eût été facile de retourner les passions du jour contre les intérêts sacrés que l’on couvrait de leur sauvegarde !

Fort heureusement, d’ailleurs, la défense de l’art rencontrait un appui plus solide dans une doctrine générale dont la Révolution favorisa l’épanouissement : la doctrine de la portée sociale de l’art.

Cette théorie couvait, pour ainsi dire, depuis la réforme de Winckelmann. Elle prit, dès le début de la Révolution, une extension extraordinaire, et si David n’en fut pas le propagateur, il l’autorisait par son exemple et mit à la défendre toute son énergie.

Jamais la croyance à l’utilité sociale de l’art ne fut exposée en termes plus éloquents qu’à cette époque, et ceux mêmes qui la contestent reconnaîtront qu’elle était alors opportune, et qu’elle fut la sauvegarde des artistes.

(( Chacun de nous, s’écriait David, le 29 mars 1793 à la tribune de la Convention % est comptable à la patrie des talents qu’il a reçus de la nature : si la forme est différente, le but doit être le même pour tous. Le vrai patriote doit saisir avec empressement tous les moyens d’éclairer ses concitoyens et de présenter sans cesse à leurs yeux les traits sublimes d’héroïsme et de vertu. »

Obligation stricte pour l’artiste; mais, d’autre part, importance de son rôle dans la cité. « Les sciences et les arts, dit David, concourent à l’édu-

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