‹ Louis DavidChapitre 17 sur 43 · I. J. David, David, p · texte numérisé non relu

I. J. David, David, p

Marat (1793).

Musée moderne de Bruxelles

DAVID

devait avoir des proportions colossales. Il s’était mis immédiatement à l’œuvre et, après des travaux préparatoires, il avait ébauché sa toile. Il comptait achever l’œuvre en deux ans. « C’était, a-t-il écrit plus tard, le plus grand ouvrage que jamais peintre eût osé entreprendre. Le tableau comportait à peu près mille à douze cents personnages dans les attitudes les plus énergiques. Il fallait être dévoré de l’amour de la liberté pour avoir osé concevoir une pareille entreprise. »

Le calme et le temps manquèrent à David pour poursuivre un dessein qui aurait demandé un travail soutenu et une attention exclusive. Au 9 Thermidor, il n’y avait encore sur la toile que la mise en place des groupes et quelques figures peintes. Sous le Directoire^ David espéra faire renouveler la commande que lui avait faite la Constituante ; un mémoire qu’il soumit au ministère de l’Intérieur n’eut pas de succès. L’œuvre resta abandonnée. La partie centrale de la toile ébauchée est conservée au Louvre.

Le 20 janvier 1793, le conventionnel Lepelletier de Saint-Fargeau, qui avait voté la mort de Louis XVI, était assassiné par un ancien garde du roi. Ce meurtre produisit la plus vive émotion dans l’Assemblée : des funérailles solennelles furent faites à la victime, le 26 janvier, avec le concours de David. Le corps nu du conventionnel fut exposé sur un lit de parade, place Vendôme, puis porté sur une litière au Panthéon. David fut frappé par l’aspect de ce corps

livide, ensanglanté par une plaie béante, et tout d’abord il proposa, le 27 janvier, à la Convention, l’idée d’un monument de marbre qui transmettrait à la postérité l’image de Lepelletier, telle qu’on l’avait vue la veille. Puis il s’empara, comme peintre, de cette idée et, le 29 mars lygS, il venait faire hommage aux conventionnels du portrait de leur collègue assassiné. Le tableau fut placé dans la salle des séances, à côté de la tribune des orateurs.

Le 14 juillet lyqS, au lendemain de la mort de <( l’infortuné et malheureux Marat si indignement assassiné^ », une députation de la section du Contrat social se présente à la Convention et son orateur s’écrie: « Où e’s-tu David? Tu as transmis à la postérité l’image de Lepelletier mourant pour la patrie, il te reste un tableau à faire. — Aussi le ferai-je ! » répond David, fougueux admirateur de Marat. Le 14 octobre, il annonce à la Convention que son tableau est terminé et, le i5 novembre, il lui en fait l’hommage en ces termes : « Citoyens, le peuple redemandait son ami fidèle. David ! saisis tes pinceaux, s’écria-t-il, venge notre ami, venge Marat... J’ai entendu la voix du peuple, j’ai obéi... » La Convention décrète que « les tableaux de Lepelletier et de Marat, peints par David et offerts par lui à la nation, seront placés dans le lieu des séances des représentants du peuple. »

Enfin, le 28 décembre, à la suite du discours de 2. Wille, Mémoires^ t. II, p. 384.

DAVID

Robespierre sur le dévouement de Bara, Barrère invitait David à retracer une figure qui devait être exposée dans toutes les écoles primaires. Pour répondre à ce vœu, David jetait sur la toile l’ébauche exquise du musée d’Avignon.

Ainsi, dans cette période d’exaltation politique et de fièvre patriotique, David n’avait pas oublié qu’il était artiste : il avait dépensé son influence à protéger l’art national, il avait tente de faire penetrer cet art dans la vie révolutionnaire et, en l’appliquant à des objets nouveaux, il avait renouvelé son propre génie.

Page 1