‹ Louis DavidChapitre 25 sur 43 · Jouin, David d’ Angers, X. I, p · texte numérisé non relu

Jouin, David d’ Angers, X. I, p

Les Sabines (1799).

Musée du Louvre

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pourtant, eux aussi, d’antiquité. On l’accusa de s’être directement inspiré pour la composition des Babines d’une intaille publiée par Montfaucon, et il est certain qu’il emprunta à un antique l’attitude de Léonidas.

Parfois, il imitait sans discernement ; il avait vu, sur des bas-reliefs antiques, des chevaux sans brides; il ne s’aperçut pas que les brides, autrefois figurées en bronze, avaient simplement disparu, s’imagina qu’on les avait éliminées de parti pris et les supprima, à son tour, pour les chevaux du tableau des Babines,

David, enfin, n’évita pas une erreur plus générale et plus grave : l’antiquité a surtout survécu par sa sculpture. A supposer que l’on adoptât, sans modification, l’idéal antique, il fallait du moins distinguer ce qui appartient à la peinture de ce qui est le propre de la statuaire et ne pas imposer à un art des règles qui n’ont pas été créées pour lui. Cette distinction nécessaire, David ne la fit pas, et, sur le modèle de la sculpture, il restreignit considérablement le champ de son art.

L’inspiration chrétienne, interdite à la poésie par les arrêts de Boileau, n’avait pas été jusqu’à lui bannie des arts. Philippe de Champagne, Poussin ou Le Sueur, avaient été de grands peintres chrétiens. Les maîtres du xviii® siècle, les plus pompeux comme

les plus frivoles, avaient tenté d’illustrer l’Evangile ; mais les marbres grecs ne disaient pas qu’on pût traduire par des formes la foi, l’amour divin ou la

charité ; le moment était, d’ailleurs, hostile à la religion, et, d’autre part, l’imagination positive de David se prêtait mal à l’expression de passions exaltées; il écarta l'inspiration chrétienne.

Au moins, les passions humaines, les combats, les actions dramatiques pouvaient-ils se tracer sur la toile. Les Grecs s'interposèrent de nouveau; sans fuir l'expression des mouvements violents du corps et de l'àme dont ils eussent été, le Laocoon en faisait foi, capables de rendre toute l'énergie, ils avaient préféré se borner à l'étude de la beauté en repos. Cette prédilection devint pour David une règle absolue. Il reprochait amèrement à Girodet d'y avoir dérogé et ne lui pardonnait pas <( le choix bizarre» du sujet de la Scène du déluge.

Quant à lui, s’il peint les Sabines., il a le soin de choisir l’instant où le combat est suspendu. Pour Léonidas^ il se garde bien de peindre la lutte avec les Perses ; il représente la veillée d’armes. « Je veux essayer, disait-il, de mettre de côté ces mouvements, ces expressions de théâtre, auxquels les modernes ont donné le titre de peinture d’expression. A l’imitation des artistes de l’antiquité, qui ne manquaient jamais de choisir l’instant avant ou après la grande crise d’un sujet, je ferai Léonidas et ses soldats calmes et se promettant l’immortalité avant le combat h »

David se propose donc, avant tout, de créer des formes plastiques harmonieuses et restreint son ambi-

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