‹ Louis DavidChapitre 26 sur 43 · I. Delécluze, David, p · texte numérisé non relu

I. Delécluze, David, p

DAVID

tion à représenter dignement le corps humain. Ce corps, il faut le faire paraître dans tout son éclat et, systématisant l’essai qu’il avait tenté dans Pâris et Hélène^ David se décide, dans les Sabines^ à représenter nus ses principaux héros. Il s’en explique dans le livret distribué au public, se retranche derrière l’autorité des anciens, se persuade que les artistes lui sauront gré de la tâche difficile qu’il s’est imposée, (( pénétrés de cette vérité que qui fait le plus peut faire le moins ». En réalité, ce n’étaient ni des scrupules archéologiques, ni l’attrait de la difficulté qui déterminaient David : entraîné par une esthétique plastique, il était amené à attribuer au corps humain son maximum d’importance.

Nous connaissons à présent les idées directrices de David ; suivons-le dans son atelier : voyons comment il conçoit et exécute un tableau d’histoire et la façon dont il dirige ses élèves.

Quand David veut chercher un thème, l’antiquité lui en suggère immédiatement par douzaines. Ses élèves, qui n’ont pas l’imagination aussi riche, feuillettent Plutarque, Homère, Tite-Live, ou simplement le Dictionnaire de la Fable, Selon le conseil de David, ils s’arrêtent de préférence à un épisode connu de tous ; mais ils se préoccupent surtout du caractère plastique et des conditions techniques d’exécution : « Je vais chercher, écrit Drouais à David en 1786, un sujet de l’histoire romaine où il y ait

sept à huit figures, tant hommes que femmes Autant dire que l’intérêt du sujet est secondaire et qu’au besoin même il sera insignifiant.

David lui-même a, le plus souvent, choisi des sujets capables d’émouvoir, ainsi les Horaces^ BriitiiSy les Sabiiies, Léonidas, mais il en a aussi traité d’autres moins considérables : Pâris et Hélëney le Départ d' Hector , Vénus blessée se plaignant à Jupiter, et dans la dernière partie de sa vie : V Amour et Psyché^ Mars et Vérins. Remarquons qu’il proscrit, malgré les ressources qu’elles pourraient offrir pour le nu, les allégories « qui conduisent fatalement au bel esprit et à la manière- ».

Quand il arrête la composition de son œuvre, David ne se préoccupe ni de l’intérêt dramatique, ni de la composition lumineuse. Immobiles ou dans un mouvement ralenti qui simule l’immobilité, les personnages s’ordonnent par un rythme géométrique et le tableau prend le caractère d’un bas-relief. Les groupements symétriques aux masses pondérées divisent la composition et lui donnent une régularité solennelle. Cela est aussi sensible dans les Sabines que dans Léonidas. Dans le premier tableau, Romulus et Tatius se répondent, séparés par le groupe central des femmes. Dans le second, Léonidas occupe le centre, escorté de guerriers à droite et à gauche.

Ces groupements compassés ont pourtant paru

Page 1