I. J. David, David, p
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devant des règles indiscutées et collaboraient à la gloire de Vécole française. L’originalité avait cessé d’être une vertu pour devenir une fantaisie dangereuse, une hérésie. Le règne persistant de cette doctrine scientifique et morale tenait à la valeur de celui qui l’avait propagée et aux œuvres remarquables sur lesquelles il avait su l’appuyer. La pléiade de ses discipl es directs avait assuré sa domination, et l’influence qu’il exerçait sur ceux-là mêmes qui étaient ses émules ou qui étaient sortis d’autres ateliers que le sien consacrait son hégémonie. Bien d’autres raisons artistiques ou étrangères à l’art, après avoir déterminé son triomphe, semblaient en attester la durée.
N’était-ce pas pour l’école un excellent titre à la popularité que d’être née d’une rupture brusque avec le passé, d’avoir éclaté comme un scandale dans le calme académique des dynasties des Van Loo et des Coypel, d’être, en un mot, révolutionnaire? Cette origine, on ne l’avait pas oubliée. On se souvenait encore du rococo, du dévergondage, du tintamarre étourdissant dont elle avait débarrassé l’art. On lui savait gré d’avoir rejeté les brocards, les panaches, les mièvreries et les richesses trompeuses, et, en chassant du temple de l’art les vendeurs de peinture sans idéal, les Boucher, les Lancret, les Fragonard, d’avoir restauré la simplicité et la sincérité.
Le public, qui applaudissait les pâles alexandrins des disciples attardés de Racine, aimait à retrouver, dans un geste de Talma, l’attitude de quelque héros
DAVID
de David. L’art et la littérature sérieuse, étrangers l’un à l’autre depuis le xvii® siècle, semblaient s’être rapprochés. On était bien aise de retrouver au Salon les émotions que l’on avait éprouvées à la comédie.
Cette peinture enfin, si lucide, si claire, qui ne laissait rien à deviner, qui se développait avec solennité, cette peinture qui n’admettait pas le vague, qui évitait d’éblouir et n’appelait pas la rêverie, convenait admirablement au génie raisonneur de la France, épris à outrance de logique, peu sensible à l’émotion picturale pure, prompt à relever les mérites littéraires d’un tableau.
Les peintres avaient accepté facilement le joug. La simplicité de la doctrine leur avait rendu l’assimilation aisée ; le caractère en était trop systématique et trop abstrait pour leur déplaire.
Le public s’était applaudi de voir succéder à la diversité des anciens maîtres une manière unique ; il avait vu avec plaisir les artistes se donner un chef, et le principe d’autorité, si puissant chez nous, avait été satisfait le jour où l’art avait été pourvu d’un code de lois.
C’est ainsi que David régnait depuis vingt-cinq années. Tous les arts avaient subi son action. Partout dominait un goût pseudo-antique, et le mobilier dessiné par Percier et Fontaine, comme les temples, comme la statuaire, dépendait de ses formules. S’il n’avait pu imposer ce costume que ses élèves avaient un instant porté par forfanterie, il avait du moins transformé le cadre de la vie contemporaine.