LA JEUNESSE DE DAVID
Éludes de David. • — L’art du xviii® siècle : ses caractères. — Décadence de l’enseignement artistique. — David obtient le Prix de Rome ; ses premiers travaux.
ACQUES-Louis David naquit à Paris, le 3o août 1748. Son enfance et sa jeunesse nous sont peu connues. Il était d’une famille de marchands merciers établis, depuis le xvii^ siècle, quai delà Mégisserie. Son père, Louis David, abandonna les affaires et acheta une charge de commis aux aides.
Louis David mourut des suites d’un duel en 1 767. Son fils resta sous la tutelle de sa mxère et de ses deux oncles. Or, ces deux oncles étaient, l’un, Jacques Buron, maître maçon, l’autre. Desmaisons, membre de l’Académie d’architecture. La vocation du jeune artiste ne fut donc pas contrariée. Une légende, dont JaU a montré la vanité, mais qui flatte trop l’imagi- I soTi Dictionnaire critique, diVXiclQ David.
nation pour qu’on l’ait abandonnée, veut même que l’illustre peintre, François Boucher, ait été apparenté à David et lui ait donné les premiers encouragements.
David montra, dès l’enfance, ces dispositions précoces que l’on attribue à tous les grands artistes. Il passait son temps à dessiner, couvrait ses cahiers de croquis. Un de ses professeurs lui prit, un jour, un dessin qu’il faisait pendant la classe, et le jugea assez remarquable pour le conserver. Quelques années plus tard, il le montra à son élève devenu célèbre.
David poursuivit le cours régulier des études classiques. On aimerait à savoir s’il fut un bon écolier; mais les témoignages sont, à ce sujet, pleins de contradictions. Il est au moins certain qu’il ne songea pas, par la suite, à compléter son instruction. Il ne paraît pas qu’il ait beaucoup pratiqué la lecture^; ses discours et sa correspondance ne marquent pas une culture littéraire bien approfondie.
Il avait, pendant sa rhétorique, suivi le cours public de dessin de l’Académie de Saint-Luc, et il voulait être peintre. Ses parents, qui l’aimaient beaucoup et dont l’affection ne se démentit jamais, n’essayèrent pas de contrarier sa vocation.
Ils pensèrent d’abord à le confier à Boucher, dont la réputation et la fortune les fascinaient; mais Boucher était malade, assez aigri ; il n’avait pas le loisir de prendre des élèves, et sentait peut-être aussi confusément que son règne touchait à sa fin. Il se I. Miette de Villars, Mémoir'es de David, p. 3~.
DAVID
refusa donc à recevoir le jeune David et le renvoya auprès de Vieil, professeur à l’Académie de peinture, qui passait pour un esprit judicieux et un guide excellent, bien qu’un peu froid.
David étudia d’abord dans l’atelier de son maître. Il fut bientôt admis aux cours de l’Académie de peinture et figure dès 1766 sur les registres des élèves. Il avait dix-scpt ans. Nous savons aussi qu’il fit partie de l’Ecole royale des élèves protégés b
Pendant plusieurs années, il travailla avec acharnement, et, s’il remporta toutes les couronnes proposées aux futurs artistes, ce fut au prix d’efforts persévérants. En 1769, il obtenait une troisième médaille de quartier. En 1773, il était lauréat du prix Caylus pour la tête d’expression. Dès 1770, il s’était mis sur les rangs pour le concours de Rome, et, après une série d’échecs qu’il attribuait à la malveillance de ses juges, il n’emportait le Grand Prix qu’en 1774. En 1771, à l’en croire, l’Académie voulait lui donner la couronne que Vien fit attribuer à Suvée. Il eut le second prix. En 1772, malgré le partage du prix, il n’est pas nommé : persuadé qu’il est l’objet d’une persécution, profondément humilié, il fonme le projet de se laisser mourir de faim, s’enferme pendant trois jours dans sa chambre sans prendre de nourriture et ne renonce au suicide que devant les supplications pressantes de Sedaine, chez lequel il logeait, et du peintre Doyen. En 1778, I. Louis Gourajod, VÉcole royale des élèves frotégés.
la Mort de Sénèque lui vaut un nouvel échec, et il triomphe enfin avec Aniiochus et Siraionice.
Entre temps, il avait fait quelques travaux et avait exécuté pour la Guimard des peintures décoratives aujourd’hui détruites.
Au moment où il partit pour Rome, David, malgré ses vingt-six ans, n’était qu’un grand écolier. Par sa docilité, par sa persévérance, par ses premiers ouvrages, il paraissait destiné à continuer la tradition de ses maîtres et à devenir l’émule des artistes qui avaient donné son caractère propre à l’art français du xviih siècle.
Bientôt, nous le verrons, David allait changer d’allure, et quelques années s’étaient à peine écoulées qu’il portait les coups les plus rudes et les plus décisifs à l’école dont il semblait devoir être le champion. Aussi, avant de le suivre dans l’évolution qu’il va à présent commencer, il nous paraît nécessaîre de rappeler en quelques traits la physionomie de l’art dont il était alors imbu et qu’il se préparait à détruire.
Cet art frivole et charmant devait tomber dans le discrédit le plus profond et le plus injuste, pour être iéhabilité de nos jours et provoquer de nouveau des enthousiasmes irréfléchis. On l’a considéré, tour à tour, comme une aberration monstrueuse ou comme une délicieuse fantaisie. Mais, qu’on l’ait honni ou qu’on l’ait exalté, on l’a mal compris toutes les fois qu’on l’a regardé comme le fruit d’un caprice.
DAVID
car jamais art n’a émané d’une façon plus nécessaire du milieu social qui l’a porté.
En des pages délicates, M. André Michel a montré qu’on ne pouvait goûter véritablement et apprécier Boucher qu’à l’hôtel de Soubise ou au palais de Fontainebleau, dans les salles où ses oeuvres sont demeurées baignées par l’atmosphère qui les caressa tout d’abord et pour laquelle elles avaient été conçues h Cette observation pourrait s’appliquer à tous les artistes de la même époque.
Les peintres du xviii® siècle travaillaient pour la cour, pour les grands seigneurs et aussi pour les financiers. Talons rouges et Turcarets, leurs clients se souciaient- également peu de l’art pur et de la contemplation idéale du Beau. Ils ne demandaient aux artistes que de rendre leurs demeures plus pompeuses ou leurs Folies plus aimables. Déjà les peintres, au xvii^ siècle, pour plaire à Louis XIV et sous la direction étroite de Le Brun, s’étaient habitués à subordonner leurs conceptions à des exigences décoratives. L’art du xviii® siècle fut essentiellement décoratif.
Comme au grand siècle, on demandait à quelques maîtres de grandes pages, destinées aux salles d’apparat. Mais on ne goûtait plus la grandeur sévère, on préférait l’emphase, le panache, les dehors de la grandeur : à la tragédie se substitua l’opéra. Sous le pinceau des Coypel et des Van Loo furent brossées,