‹ Louis DavidChapitre 6 sur 43 · DAVID A ROME — « BÉLISAIRE · texte numérisé non relu

DAVID A ROME — « BÉLISAIRE

Préludes d’une révolution du goût public ; le retour à l’antiquité. — Winckelmann. — Caylus et Diderot. — Conversion de David. — Bélisaire.

E séjour en Italie devait exercer sur la vie de David une influence décisive. Il y arriva soldat d’une armée dans laquelle il n’occupait qu’un rang secondaire ; il en revint chef désigné d’une révolution artistique. Sa personnalité ne commença à se dégager que du jour où il franchit les Alpes, et elle était constituée dans ses lignes essentielles quand il quitta les bords du Tibre.

Pourtant, il ne partit pas sans répugnance pour un voyage qu’il regardait comme un exil; il se roidit à l’avance contre les influences qu’il allait subir et ne se résigna que lorsqu’il apprit que son maître Vien, nommé directeur de l’École française, l’accompagnerait à Rome.

On raconte que la révélation des beautés qu’il

DAVID

avait par avance niées se fit, pour David, d’une façon presque subite. Une métamorphose si rapide n’est pas vraisemblable. S’il ne nous est pas donné de suivre pas à pas les progrès de la pensée de David, les témoignages incomplets qui nous en ont été conservés permettent d’assurer que la transformation s’accomplit par degrés. N’avouait-il pas lui-même la peine qu’il avait eue à oublier « le mauvais style de l’École française^ ».

Une autre erreur bien plus importante serait de croire qu’il accomplit seul et sans guide l’évolution décisive qui allait peser non seulement sur sa carrière, mais sur la marche de l’art français et européen, et de se le représenter à la fois comme un chef et comme un initiateur.

« A lui seul, dit M. Lafenestre^, il a fait une révolution. » C’est là dénaturer singulièrement la vérité historique. La part de David est, cependant, assez grande pour qu’il ne soit pas nécessaire de l’hypertrophier sans mesure. En réalité, comme l’avait déjà fait remarquer E.-J. Delécluze, loin de conduire le mouvement, David a été poussé par des forces auxquelles il a donné, hâtons-nous de l’ajouter, leur épanouissement le plus complet.

Le mouvem.ent qui devait ramener les esprits à l’admiration et bientôt au culte exclusif de l’antiquité

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