DÉMÊLÉS DE BUSSY AVEC GRAMONT ET QUÉLUS
Le lundi 6 janvier 1578, jour des Rois, raconte TEstoile, la demoiselle de Pons, de Bretagne, reine de la fève, fut conduite, du château du Louvre, « à la messe en 11 chapelle de Bourbon, » par le roi « désespérément brave, frisé et gauderonné. » Les mignons leur faisaient cortège. Bussy d'Amboise accompagnait son maître. Il était habillé « tout simplement et modestement, » mais suivi de six pages vêtus de drap d'or frisé. Il dit à haute voix « que le temps estoit venu que les belistres seroient les plus braves. » Cette boutade impertinente irrita les seigneurs présents et raviva les haines des mignons contre Louis de Glermont r.
Le jeudi suivant, il y avait grand bal dans les salles du Louvre. Ces fêtes se continuaient depuis le jour des Rois. On dansait ordinairement dans le salon d'honneur.
< L'Estoile, p. 160 et suiv.
« M. de Bussy se mit au-devant de M. de Grantmont, tenant sa dame à la main, et l'autre ayant desjà pris sa place, et marchant en son rang, ce qui n'estoit pas bien faict à M. de Bussy ; mais quoy ? Un homme chatouilleux, faut qu'il se chatouille, si un autre ne le chatouille. »
Le bal fini et le roi couché, Giraud de Mauléon, jeune gentilhomme de valeur, vient trouver Bussy ', au nom de son cousin, Philibert de Gramont, et lui dit que son rival l'attend sur le quai pour causer un instant avec lui. Bussy, qui était haut à la main et l'homme de la cour le plus dédaigneux que l'on y connût, répondit en ces termes à la provocation. « Jeune homme, Bussy ne se bat jamais la nuict, et n'a jamais apris de monstrer sa valleur aux estoilles ny à la lune, qui n'est assez digne pour la contempler ny la comprendre ; si non au soleil, lequel comm' il est clair la faict paroislre et esclairer comme elle est. Ceux qui ont leurs faicts obscurs et ténébreux, qui les exposent aux ténèbres s'ils veulent, car la nuict n'a poinct de honte ; mais demain au matin aussitost que le soleil sera levé , je ne faudray à me trouver au lieu que vous dites , ou ailleurs s'il s'en ravise, et venez avec luy, et amenez deux pionniers hardiment avec vous ; car avant que partir de la place du combat, je veux vous faire enterrer tous deux, pour l'honneur que nous devons aux trespassez2. » Ce petit
* Girard de Mauléon, gouverneur de Calais, mort sans alliance le 14 septembre 1593.
2 Brantôme, t. VI, p. 395. — « A queste sere passate fra Bussy d'Amboise e il figliuolo di M. di Grammont nacque per leggerissima cagione diflerenza non poco importante, a tal che, essendosi divisa la nobiltà
morceau valait la peine d'être reproduit. L'ami Brantôme approuve la décision de Bussy et considère les combats de nuit comme fort suspects et singulièrement dangereux. Nous remarquerons, à notre tour, que Bussy se peint au naturel dans cette harangue fanfaronne, digne des capitans et des matamores du théâtre espagnol. Le trait final a une saveur toute particulière.
Ce grand air de bravoure, où les souvenirs des héros d'Homère alternent avec les rodomontades des bravaches à la mode, n'intimida pas Gramont. Dès le lendemain, Bussy envoya à la porte Saint-Antoine trois cents gentilshommes bien armés et bien montés, et Gramont autant de mignons et partisans du roi, pour y démêler leur querelle à outrance. Un ordre royal empêcha cette formidable tuerie. L'après-diner, Gramont alla relancer Bussy dans son logis de la rue des Prouvaires, où celui-ci s'était solidement barricadé, et tenta d'enlever la maison d'assaut. Le maréchal de Gossé et Strozzi accoururent au milieu de la bagarre. Au nom de Henri III, ils emmènent Bussy et Gramont au Louvre, « et le lendemain furent mis d'accord par l'avis des maréchaux de Montmorency et Gossé1. » Philibert de Gramont, époux
fra l'una e l'altra parte, vi è stata molta difficoltà a rappacificare queste querele, con tutto che Sua Maestà vi abbia interposto l'imperio et l'autorità sua. » (Paris, 20 janvier 1578, Saracini au grand duc. Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, p. 134). 1 L'Estoile, ibid. — « La cagione più occulta di queste difierenze è il favore supremo ne quale si vede Bussy appresso Monsignore, e che egli ne vada più altiero et più invidiato che non sarrebe per l'ordinario. » [Négoc. dipl., p. 135). — Voir Brantôme, tome VI, pp. 393-397, et l'Estoile, année 1578.
de la célèbre Diane cTAnrïouins, dite la belle Corisande, comtesse de Guiche, eut le bras emporté au siège de la Fère, au mois d'août 1580, et mourut de sa blessure, à vingt-huit ans.
Comblé des bienfaits de son maître, Bussy avait été nommé premier chambellan de Monsieur. Cette faveur croissante excitait la jalousie des autres gentilshommes. Marguerite de Valois dit que tous les mignons de Henri III s'étaient ligués contre Louis de Clermont. A la cour, à la ville, Quélus, Gramont, Saint-Luc, Saint- Mégrin, Mauléon, Livarot et les autres ne négligeaient aucune occasion de provoquer leur rival. Bussy était menacé, attaqué ou insulté, à toute heure de jour ou de la nuit. Aussi se tenait-il constamment sur ses gardes. De son côté, le gouverneur d'Anjou, fier de sa renommée, semblait prendre plaisir à attiser les fureurs de ses ennemis. Il manifestait ouvertement le mépris qu'il ressentait contre ses adversaires. Il osait même railler publiquement, les mœurs et les goûts du roi, avec un sans-gêne et une outrecuidance qui surexcitaient la colère du souverain. La cour retentissait du bruit des querelles soulevées chaque jour entre les fidèles de Monsieur et les seigneurs dévoués à Henri III. Exaspérés par les sarcasmes dont Bussy ne cessait de les cribler, les champions du monarque résolurent de l'assassiner, à l'instigation de Jacques de Lévis, comte de Quélus, l'aîné des fils d'Antoine de Quélus, le grand sénéchal de Rouergue, marié d'abord à Baltazarde de Montpezat,
veuve de Jean de Lévis, puis à Suzanne d'Estissac. Quélus avait voué à Bussy une haine mortelle1.
Le samedi 1er février, Bussy, monté sur une jument bragarde de l'écurie du roi,-« revenoit de donner carrière à quelque cheval dans les corridors des Thuilleries, » quand, près de la porte Saint-Honoré, hors de la ville, il fut brusquement assailli par Quélus, accompagné de François d'Espinay, seigneur de Saint-Luc, Anne Joyeuse, duc d'Arqués, et Paul Estuer Caussade de Saint- Mégrin. L'épée haute, Quélus chargea son rival, « et fut la fortune tant propice aux uns et aux autres que de plusieurs coups d'épée tirés, pas un ne porta, fors sur un gentilhomme qui accompagnoit Bussy, lequel fut fort blessé. » Ainsi s'exprime le chroniqueur l'Estoile. Brantôme complète ces renseignements. Le roi, dit-il, avait
1 Le dimanche 27 avril 1578, Quélus était gravement blessé dans un duel célèbre avec Charles de Balzac, d'Entragues, dit Entraguet, favori de la maison de Guise. François d'Aydie, vicomte de Ribérac, et Georges de Schomberg secondaient et « tierçoient Antraguet. • Louis de Maugiron et Jean de Duras, seigneur de Livarot, assistaient et « tierçoient Quélus ». Le combat eut lieu à cinq heures du matin, au marché aux chevaux, anciennement les Bastilles Saint-Antoine. Le beau Maugiron et Schomberg demeurèrent morts sur place. Ribérac succomba le lendemain. Livarot fut malade pendant six semaines. Entraguet. n'eut qu'une égratignure. Il fut protégé par la dague que Quélus n'avait pas conservée. Quélus, qui avait reçu dix-neuf coups, languit trente-trois jours et expira le 29 mai en l'hôtel de Boissy, selon l'Estoile. Henri III lui fit faire de somptueuses funérailles. Le mignon fut enterré dans l'église Saint-Paul, auprès du grand autel, et une superbe statue de marbre fut placée sur son tombeau. Mais le 2 janvier 1589, la populace, excitée par les prédicateurs de la Ligue, démolit le monument ainsi que ceux de Saint-Mégrin de Maugiron. Les Êpitaphes de Philippe Desportes contiennent deux pièces sur Quélus.
formellement ordonné à Quélus et à Bussy, « sur la vie, de ne se demander rien. » Or, au bout de quelques jours, Bussy, escorté d'un capitaine originaire du Limousin, nommé Rochebrune, se trouva sur le quai, près la Porte-Neuve, au retour des Tuileries, en face de Quélus, accompagné d'Antoine de Brichanteau , marquis de Beauvais-Xangis, amiral de France, « maistre de camp de la garde royale, » et de deux autres gentilshommes. Se voyant en beau jeu, Quélus perd patience, oublie les injonctions royales et fond impétueusement sur son ennemi qui, s'apercevant que la partie est « toute faicte sur luy,» pique des deux, sans plus attendre, se sauve au galop et court à bride abattue jusqu'au pont de Saint- Cloud, « où de là escrit une très-belle lettre au roy. » Les partisans de Bussy avaient quitté la ville, Quélus en fit autant de son côté, et la cour se divisa entre les deux champions1.
Dès le lendemain de cet esclandre (2 février), Henri III, qui avait hâte d'évoquer l'affaire, avait adressé le billet suivant à Bussy :
« A Monsieur de Bussy.
« Monsieur de Bussy, j'envoye le sieur de la Fontaine- « Milon devers vous, affin que vous m'envoyez par luy « le discoure par escrit et signé de vostre main de ce « qui se passa hier entre vous et le sieur de Quaylus, « luy ayans mandé faire le semblable de son costé, affin
* Brantôme, ibid., t. VI, p. 190. — Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, ibid., pp. 131-132.
« que par la vérité je advise à pourveoir à ce qui est « nécessaire et de justice. N'estans la présente à autre « fin, je priray Dieu, Monsieur de Bussy, vous avoir en c sa garde.
« De Paris, ce n",e jour de février 1578.
« Henry'. »
Le même jour, le contrôleur général des postes recevait ces lignes :
c Passeports du Roy et de Monseigneur.
« Gontrolleur général des postes, faictes bailler des « chevaulx de poste au sieur de Fontaine-Milon, pour « aller en chaque lieu pour le service du Roy.
« Fait à Paris, le nmc jour de février 1578.
« Henry 2. »
La lettre de Bussy à Henri III est très digne :
« Sire,
« Je croy que Votre Majesté sera fidellement advertie « de la façon que je fus l'autre jour assailly, qui me « gardera vous en importuner comme de chose dont la « redicte ne peult contenter l'aureille d'une âme géné- « reuse. Seulement me metz-je à vos pieds, Sire, pour
1 Archives de la famille Mabille du Chêne, au château de la Crochardière.
- Archives de la famille Mabille du Chêne, au château de la Crochardière.
ce vous supplier très humblement, comme vostre humble « et très fidel subject et serviteur, il vous plaise me « fère justice. Vous me la devez comme chose que le « Tout-Puissant a mis entre vos mains avecq le sceptre, « pour la départir à ceux qui vous la demandent, « comme présentement je fais, et en toute humilité, « n'alléguant ny vos deffenses viollées , ny la forme « dont je fuz attaqué, pour me satisfaire; mais qu'il « vous plaise, Sire, pardonnant au sieur de Gayluz l'in- « térestde son offence, permettre soubz l'assurance d'un « cavallier d'honneur tel que Monseigneur votre frère « nommera, s'il luy plaist, comme je l'en ay très hum- « blement requis , je me puisse contenter avec ledict « Cayluz par la voye que les hommes d'honneur tiennent « en leur vengeance, encor que l'acte dont je me plains « ne m'oblige à telle raison. Mais je vous le demande à « genoux, à mains joinctes, et plus que très humblement, « Sire, protestant devant vos Majestez où je m'incline « en toute humilité que, trois jours après l'assignation « seurement recognuz, je m'y trouveray en la mesme « façon que Monseigneur vostre frère ordonnera, et « sans toutes les cérémonies que recherchent ceux qui « ne veulent en venir aux mains.
« Sire, je supplie le Créateur vous donner très heu- « reuze, très longue et bonne vie.
« De Suresne, ce 3e febvrier 1578.
« D'A.MBOYSE K » 1 Collection Dupuy, volume CX, f° 98.
Après avoir hésité, le prince refusa à Bussy l'autorisation demandée. Mais cette querelle avait ravivé les dissentiments entre Henri III et son frère. La situation du favori, sans cesse attaqué par les mignons du roi, devenait intolérable. Pour y mettre un terme, le duc d'Anjou donna à Bussy mission d'aller inspecter, dans ses domaines, les préparatifs et les armements destinés à l'expédition de Flandre. On espérait que le départ de Louis de Glermont ramènerait le calme dans les esprits si longtemps troublés.
Les dépêches des agents de la Toscane complètent les renseignements fournis par les historiens sur ces divers épisodes. Le 2 février, Saracini écrit au grand duc : « Va,desi nondimeno la corte stessa ripiena di odii e di « inimicizie di qualche considerazione, essendo pure « iersera assaltato Bussy d'Amboise da quatro gentiluo- « mini principali e favoriti di Sua Majesté, a tal che « egli fu forzato a salvarsi con la fuga, ma in maniera « che ancora mostrava valore, avendo primo fatto impeto « quasi solo e con la spada in mano contro i quattro ; « i quali erano seguitati da gran numéro di persone, « ne in questa fazione vi restô ferito altri che un genti- « luomo che era con detto Bussy ; il quale per tal gar- « buglio si è ritirato due leghe lontano di qui, e fermatosi « al ponte di Gharenton. E oggi, che pure era giorno « dedicato a feste, non solamente si sono tralasciate per « tal caso, ma ancora se n'è uscita alla campagna quasi « tutta la corte, armata parte in favore, parte contro « à Bussy; per inquietudine del quale pare che sieno
« rinnovate e nate di nuovo tutte queste discordie ; le « quali hanno principalmente divisa e fatta odiosa la « corte di Monsignore a quella del Re, suo fratello. c E si terne che questo non partorisca un giorno incon- « veniente di maggiore importanza1. »
On lit plus loin, à la date du 6 février : « Le differenze « di Bussy sono scorse innanzi che hanno avuto a portare « quasi una nuova divisione fra il Rc e Monsignore, suo « fratello ; il quale non solamente era resbluto d'appar- « tarsi dalla corte, ma pure questa mattina n'era in pro- « cinto insieme con tutti i suoi , essendo già stivalati , e « sellati il cavalli per andarsene alla volta di Tours. Gon « tutto questo ha possuto tanta l'osservanza o puittosto « pietà ch' egli dodeva alla madré, afflitissima e scon- « solatissima per tal accidente, che pure si è contentato « di restare, e delF intenzione che Sua Maestà ha data « quasi certissima di permettere che Bussy e Gaylus, « suo principale avversario, determino le differenze loro « con la spada, si corne dair una e dall' altra parte n'è « statta fatta istanza. E pare che in questo si sia quietato « assai l'animo sdegnato di Monsignore , parendogli « che con taie dimostrazione doveranno gli altri essere « meno arditi a pigliare brighe con Bussy, ancorchè si « persuadessero per odio particolare di Suà Maestà verso « di lui , potere acquistare molto di grazia e di favore, « col provocarJo nemico e col cercare per ogni via di « farlo mal capitare ; a tal che si spera, mediante la pru-
1 Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, p. 137.
« denza délia Regina Madré, che non solamente questi « due fratelli resleranno uniti, ma che sienno tuttavia « per augumentare nella grazia e benevolenza che con- « viene frà di loro1. » Quoi qu'il en soit, Bussy etQuélus ne se battirent pas.
L'absence de Bussy ne fut pas de longue durée. Le 12 du même mois, le duc d'Anjou, revenant de Saint- Maur, dans l'après-dîner, introduisit secrètement son favori au Louvre, avec la troupe, pour l'entretenir des affaires de Flandre, rapporte Marguerite de Valois 2. Or, un jeune homme de la suite de Bussy, arrêté par la garde au moment de l'ouverture du château, fut reconnu, et, comme on lui demandait ce qu'il cherchait, il répondit naïvement qu'il allait trouver son maître. Le soir, Nicolas de Grémonville, seigneur de FArchant, capitaine des gardes du corps et ami du mignon , qui l'appelait familièrement son père, fut chargé, par ordre du roi, de mettre la main sur Bussy, Simier et la Châtre 3. Il entre dans la chambre de Simier 'qui se laisse prendre sans résistance, mais il ne trouve pas Bussy. Celui-ci était sur le lit, il sort la tète par l'embrasure du rideau, et, craignant d'être confié à la surveillance d'un gardien moins aimable que l'Archant, il lui crie : « Hé quoy , mon père , comment ! vous vous en voulez aller ainsy sans moy? N'estimez-vous pas ma conduite plus honno-
1 Négoc. dipl. de la France avec la Toscane, t. IV, pp. 140-142.
2 Mémoires et lettres de Marguerite de Vralois, p. 141 et suiv.
3 Jean de Seymer ou de Simier était maître de la garde-robe du duc d'Anjou.
4 Edme, marquis de la Châtre.
rable que celle de ce pendart de Simier ? » L'autre riposte en se tournant vers lui : « Ah , mon fils , pleust à Dieu qu'il m'eust cousté un bras et que vous ne fussiez pas icy. » Bussy réplique : « Mon père, c'est signe que mes affaires se portent bien, » en se moquant de Simier, transi de peur. Les deux gentilshommes sont enfermés dans une chambre et gardés à vue. La Châtre, moins heureux, est conduit à la Bastille.
Le duc d'Anjou et Marguerite de Valois étaient également surveillés. Le chancelier, les princes, les seigneurs et les maréchaux de France, convoqués par la reine mère, surviennent et conseillent une réconciliation générale. Le roi s'apaise et on lève les sentinelles. Les esprits étaient si échauffés que le vieux Jacques de Clermont, toujours bouillant, voulait absolument seconder son fils dans un combat acharné où le père de Quélus aurait assisté le sien1. Henri III exigeait que les adversaires fissent la paix. Le duc le promit à la reine mère. Simier et la Châtre sont alors rendus à la liberté. Arrive Bussy, auquel Henri III commande d'embrasser Quélus. « Sire, dit-il, s'il vous plaist que je le baise, j'y suis tout disposé, » et il lui fait « une embrassade à la Pantalonne2. » Toute la cour éclate de rire.
Ces événements sont relatés par Saracini le 12 février : « La sera del lunedi passato, ritrovandosi Sua « Maestà e Monsignore , suo fratello, insieme a dan-
i Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, p. 145. 2 Ibid., pp. 146-147. — C'est-à-dire une embrassade de théâtre. Pantalon est un des masques de la comédie italienne.
« zare, corne è il costume délia corte, e per le differenze « délie quali scrissi stando il detto Monsignore mollo « sospeso, e in ultimo partendosi d'improvviso corne « sdegnato che quei principali del Re non gli rendessero « tutta quella débita reverenza che se gli conveniva ; fu « cagione che Sua Maestà entrasse in maggiore sospetto, « intendendo massime che Bussy d'Amboise s'era riti- « rato segretamente in palazzo nelle stanze di Monsi- « gnore, del quale intendeva similmente che egli aveva « fatto intendere a tutti i suoi gentiluomini che la « mattina seguente si trovassero a cavallo per partisene « seco. Essendo adunque già passata la mezza notte, « Sua Maestà fece fare diligente inquisizione dentro al « palazzo, e si fece conduire avanti Bussy, e appresso « fece conduire e guardare in una stanza M. di Simier, t principalissimo parimente appresso Monsignore, e « per consiglio e condotta del quale si crede che Sua « Altezza si fuggisse l'altra volta dalla corte.
« Di più fece Sua Maestà raddopiare le guardie armate « intorno al palazzo, e la mattina segguente tenere le « porte chiuse senza dar adito ad altiï che ad alcuni « principali consiglieri. Fu similmente fatto priggione « M. de la Châtre in casa sua, e condotto alla fortezza « délia Bastiglia ; a taie che da queste cosi severe dimos- « trazioni non era alcuno che non credesse ancora che « Monsignore fusse in tal maniera ritenuto in palazzo, « che non restasse ammirato e intento a vedere quali « elTeti dovessero partorire queste stravaganze ; quando « in un subito se ne vidde un1 altra più stravagante e
<r meno credibile, cioè quietato e rassenerato il tutto, « aperle le poste del palazzo nel mezzo giorno, liberati i « prigioni, reconciliali i fratclli, rappacificali i nemici, « tolte via le guardie, et ridotto ogni cosa ne' primi « termini per opéra e intercessione délia Regina Madré, « délia regina di Navara e di quei consiglieri che furno « intromessi iermattina. Bussy si contentô di far pace « con M. di Caylus : e gli disse alla presenza di Loro « Maestà, che per sospetto trasse mano alla spada contro « Bussy ; e, poi che egli si trovava accompagnato da « molti e Bussy quasi solo, confessava di averlo assalito « con supercheria. A taie che per ora le cose si dimos- « trano tutte tranquille; se bene Monsignore tuttavia « persiste nella resoluzione di patirzi per qualche poco « tempo , promettendo e assicurando Sua Maestà di « tornare in brève '. »
Ces scènes violentes, ces continuelles altercations, ces jalousies et ces brouilleries perpétuelles exaspéraient le duc d'Anjou et aigrissaient son caractère naturellement inquiet et irritable. Le séjour de la cour lui était devenu insupportable. A l'instigation de sa sœur, qui partageait son ressentiment contre le roi et son aversion contre les mignons de Henri III, il mûrissait déjà le projet secret de s'évader du palais où le prince le confinait. Il n'ignorait pas qu'il lui serait impossible de sortir du Louvre par les portes. La garde écossaise, placée sous les ordres de Jean de Losses, le surveillait étroitement.
< Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, pp. 143-144.
Aussi songeait-il à recourir à la ruse. Il avait remarqué que la fenêtre de sa chambre, située au second étage, « regardoit dans le fossé, » et il pensa à profiter de cette circonstance favorable à l'exécution de ses desseins. Marguerite de Valois résolut, en conséquence, de se procurer un câble solide et de la longueur nécessaire. Elle ordonna à un garçon, dont la fidélité lui était connue, d'emporter une malle de luth qui était brisée, sous prétexte de la faire réparer. Quelques heures plus tard, celui-ci, en la rapportant, y mit le câble. Bussy d'Amboise, confidentiellement averti par son maître, devait s'occuper des préparatifs extérieurs. Il s'acquitta de cette délicate mission avec sa finesse et son habileté ordinaires.