‹ Louis de Clermont, sieur de Bussy d'Amboise, gouverneur d'AnjouChapitre 9 sur 31 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

MESURES PRISES POUR DÉLIVRER L'ANJOU DES COMPAGNIES A LA SOLDE DE BUSSY D'AMBOISE. — AGITATION DES HUGUENOTS.— LES CHEFS DES CALVINISTES ANGEVINS.

Bussy d'Amboise se consola promptement de l'exil forcé auquel le roi l'avait soumis. Il devint le favori en titre du duc d'Anjou et excita la jalousie des autres familiers du prince : « I favoriti di Monsignore sono a rumore, écrit Gavriana, perché Bussy è il bravo e il diletto di Monsignore, dorme in caméra, avendo scacciato il conte di Saint-Aignan '. »

Après la reddition de la Charité, Monseigneur avait abandonné son armée et avait repris le chemin de la cour. Le roi et la reine-mère lui donnèrent deux fêtes somptueuses au Plessis-lez-Tours et à Chenonceaux. Les dames « les plus belles et honnestes de la cour, » dont le cortège composait le fameux « escadron volant, » firent

' Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, p. 123. — Claude de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, époux de Marie Babou de la Bourdaisière, qu'il avait épousée, le 18 septembre lôGO. à Fontainebleau. (Voir Brantôme, IX, 503, VII, 388, note 8.)

le service des banquets, tour à tour « vestues de verd ou de damas de deux couleurs, » habillées en hommes, ou « à moitié nues, et ayans leurs cheveux épars comme épousées», selon le témoignage de l'Estoile1. François de Valois regagna ensuite le camp d'Issoire. La place se rendit à discrétion (12 juin). La paix de Bergerac, signée le 17 septembre, mit fin aux hostilités 2. Henri III la nomma « sa paix, » par opposition à celle de 1576, qui avait été appelée « la paix de Monsieur. » Le duc d'Anjou et Bussy d'Amboise revinrent auprès du roi. •

Après le départ de Bussy, les traînards des compagnies d'aventuriers disparurent promptement, grâce aux ordonnances de Tilly et aux poursuites actives des magistrats de l'Hôtel de Ville et du Présidial. « Il est enjoinct à tous soldats et aultres estrangiers , portait une de ces ordonnances , de quelque quallité qu'ils soient, vuider et sortir de ceste ville incontinent et sans délai, sur peine de pugnition corporelle ; deffenses faictes aux manans et habitans estant en garde de laisser entre hommes quels qu'ils soient, sans qu'ils ayent passe-port de Msr de Bussy ou de nous, et aux hostes de les recevoir sans faire déclaration aux capitaines de leur quartier, sous peine de la vie; deffenses sur pareille peine à tous marchands de vendre armes

« L'Estoile, p. 151.

1 La Popelinière, t. II, f8 385. — Cette paix fut confirmée à Poitiers, où l'on y ajouta quelques articles. Elle différait surtout de la précédente, remarque un autour, parce que le roi faisait la loi au lieu de la subir.

ou aultres munitions de guerre à aultre que aux habitans congnuz et domiciliez ; deffenses de laisser passer aux portes armes , pouldres , balles , et , à ceste fin , seront visitez tous ceulx qui passeront \ »

Le jeudi 16 août, le conseil de ville était assemblé, « en l'hostel et maison commune, » pour délibérer sur une question soumise à la discussion par le maire d'Angers, « touchant une compaignie de chevaulx ligiers sur ce païs d'Anjou. » Étaient présents :

MM. François Leblanc «soubzmaire », Mathieu Aulbin, sieur de Morelles, Maurille Deslandes, Jacques Ernault et François Hiret, conseillers juges magistrats, Guy Ladvocat, François Fournier, Pierre Regnault, François Cochelin, échevins conseillers de la ville, et maître Pierre de la Marqueraye2.

Deux de ces personnages sont particulièrement connus : Maurille Deslandes, sieur des Roches de Beaulieu, échevin le 1er mai 1568, conseiller au Présidial en 1565, avait été élu maire en 1574 et 1575. Il portait : D"azur à trois chevrons d'or posés l"un au-dessus de Vautre*. Jacques Ernault, sieur de la Daumerie, plus

1 Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f» 220 r\

2 La femme de Pierre de la Marqueraye, avocat, était fille de Me Hardouin Collin, sieur des Champs-Regnardz. Elle avait, en 1573, avec plusieurs autres bourgeoises coquettes, arboré audacieusement le chaperon de velours, réservé jusqu'alors aux demoiselles nobles, au grand scandale de la population angevine.

3 Maurille Deslandes réussit à faire tête aux troubles soulevés par la mort du roi, aux violences des gouverneurs, aux surprises des rebelles, aux exigences croissantes du fisc royal, aux levées d'emprunt sur les habitants riches pour le comte de Montpensier ou du roi, à l'organisation enfin de la milice bourgeoise. (Dict. hist. de M.-et-L., t. II, p. 34.)

tard doyen du Présidial, où sa mémoire, au dire de Ménage, resta longtemps en vénération, fut élu échevin le 13 avril 1589 et maire le 1er mai 1600, de nouveau le 13 mai 1607. Il portait : Écartelé de 3 quartiers, le 1er d'or à V aigle éployée de gueules; le 2P d'argent à la tête de loup de sable et le 3e d'argent au lion rampant de gueules^.

Les paroisses étaient représentées par leurs députés : MePierre de TEspinière, Georges du Pas, pour les manants et habitants de la paroisse Saint-Michel-du-Tertre.

M8 GuyTestard, pour les paroissiens de Saint-Maurille.

Me Zacharie Baron, élu, Hilaire Juheau, pour les paroissiens de Saint-Pierre.

M° Jean Girault, pour les paroissiens de Saint-Denis.

M" René Chacebœuf, pour les paroissiens de Saint- Jean-Baptiste.

Me Etienne Brillet, François Pasqueraye, procureur, marguillier de la paroisse de Saint-Michel-la-Palud, pour les paroissiens de cette paroisse.

Me Jean Beguyer, pour les paroissiens de Saint- Maurice.

Me Macé Éveillard, Etienne Lemaczon, pour les paroissiens de Saint-Martin.

M" Georges Fonveille, Grégoire Moraine, pour les paroissiens de la Trinité.

Les paroisses de Sainte-Croix et de Saint-Évroult n'avaient pas de mandataires.

• Dict. hist. de M.-ct-L., t. II, p. 118.

La séance est ouverte à l'heure accoutumée. Chacun donne son avis sur l'objet de la convocation. MM. de TEspinière et du Pas s'opposent à la levée des chevau-légers. Ils disent que la noblesse de la contrée, unie aux habitants, est fermement résolue à résister aux courses des voleurs, avec l'aide des quarante archers des prévôts des maréchaux, dont la solde est prélevée sur la région.

Les deux députés de Saint-Michel-du-Tertre déclarent qu'ils sont chargés de supplier le roi et messeigneurs de son conseil d'enjoindre au prévôt des maréchaux, aux lieutenants et aux archers, de faire le service réglementaire. Si ces officiers ne s'acquittent pas de leur devoir, qu'il soit permis aux juges et aux autres magistrats d'y pourvoir, de leur mieux. Quant au voyage et au séjour du maire à la cour, ils en ignorent la cause, car ils « ne l'ont députté ne envoyé ». Lorsque le sieur de la Bouillerie sera de retour et aura rendu compte de sa mission, ils délibéreront et « adviseront sur lesfraizdud. voiage et séjour, et plustost s'oposer que aucune ch:se luy en soit taxé et ordonné sur eulx et habitans de la ville, du pais, ne sur les deniers communs de la ville levez ne à lever. »

MM. Testard et de l'Espine affirment que la levée réclamée est inutile. Les voleurs ont quitté le pays ; beaucoup d'entre eux ont été appréhendés et exécutés à Angers ainsi que dans les villes environnantes. Tout le monde s'y est employé, et la chasse aux pillards a été fructueuse. Le pays est maintenant tranquille et sûr. Les

manants et habitants peuvent recueillir « ce peu de fruitz que Dieu leur a donnez. » Il devient donc absolument inutile de réunir de nouveaux « gens de cheval ou de pied, » car il serait impossible de les payer, « actendu la paouvreté1, pénurie, dizette de bien, foulle et oppression des gens de guerre du passé.» Il faut envoyer un homme de confiance vers sa Majesté pour lui exposer la situation de la province. Le sieur de Tilly sera, en outre, prié de se contenter de l'offre qui lui a été faite précédemment. S'il a besoin de soldats, qu'il utilise les archers du prévôt de la ville, actuellement inoccupés. Enfin, ils concluent en répétant, à leur tour, que le pays est si pauvre « qu'il est impossible que l'on puysse fournir deniers. »

MM. Baron et Juheau appuient les idées émises par leurs collègues. Ils pensent que la noblesse aidera volontiers les habitants à se débarrasser des « volleurs et ranczonneurs d'hommes et gens vagabons et sans adveu. » On sonnera le tocsin et on se servira de tous les moyens usités pour s'emparer des factieux.

M. Girault communique le procès-verbal des résolutions adoptées par les paroissiens de Saint-Denis, le 15 août, « à l'yssue de la grande messe parochial, ou estoient noble homme Jehan Gourreau, procureur du

1 « En laditte année, il fust sy grande disette d'argent et ung si grand trouble à cause du rehaussement d'icelluy, dit Louvet, que les pâtissiers, cabarettiers et aultres artisans de la ville d'Angers s'entrebailloient des billets qu'ilz mercquoient, du mercq dont ilz mercquoient leur vaisselle , qu'ilz prenoient et fuisoient valloir les ungs aux aultres pour six deniers et douzaine, tellement que ledict haussement aporta beaucoup de perte et dommaige aulx ungs et beaucoup de proffit aulx aultres... »

Roy à la provosté, maistre Jehan Girault, René Michel l'aisné , Loys de Cheverue , Pierre Chotard , Claude Pineau, René le Devin, maistre Vincent Menard, Laurens Louetlière et Jacques Bidet. » Il a été conclu que la demande serait repousséô et que l'on supplierait le roi de commander aux gentilshommes d'armer les paroissiens de leurs seigneuries, pour courir sus aux voleurs, sans épargner ceux qui leur servent d'auxiliaires.

D'autres députés parlent dans le même sens. Ils disent également qu'il convient de communiquer au maire l'opposition des paroisses et « d'empescher que les munitions du chasteau soient fournies par les habitants. » M8 Regnauld est d'avis qu'on appelle les gens d'église, avant de prendre une détermination définitive. Me Leblanc pense que, si M. de Tilly a réclamé des renforts, il est urgent d'obtenir du roi l'ordre « de mander au cappitaine du chasteau qu'il se retranche du nombre de ses soldatz et qu'il en baille audict sieur de Tilly. »

La discussion est terminée. Tous les membres présents repoussent la levée d'une compagnie de chevaulégers sur la ville et sur la province, « à cause des présens troubles et gendarmerie qui y a séjourné en ced. pa'ïs d'Anjou, et pour la foulle et oppression que en ressentiroient lesd. habitans. » Cette mesure ne serait d'aucun profit, parce que les populations sont en état de se défendre et de résister aux incursions des pillards, avec l'autorité de sa Majesté. « Et senblablement d'empescher que les munitions du chasteau de cested. ville soient prinses et fournies par lesd. habitans, parce qu'ilz

n'y sont aucunement tenuz, et que led. chasteau en tout temps a accoustumé d'être fourny et munitionné aux despens du Roy ; et pour faire les diligences de ce que dessus, seront envoyées lectresaud. sieur Maire, qui sera prié de poursuyr lad. exécution, auquel sieur maire sera rescript et la lectre envoyée par ung homme de pied qui sera payé par le recepveur des deniers communs1. »

Trois jours auparavant, Puygaillard avait perdu sa seconde femme, Marie de Maillé, veuve de François Bourré, sieur de Jarzé, morte en l'abbaye du Ronceray, dont sa sœur était abbesse. L'Hôtel de Ville lui fut prêté, plus tard, pour le banquet qu'il y voulait donner, après le service célébré aux Gordeliers2. Bientôt, le calme étant rétabli, on cessa de monter la garde pendant la nuit.

La paix de Bergerac avait restreint l'exercice du culte réformé à une ville par bailliage ou sénéchaussée, outre les places tenues par les confédérés au moment de la suspension des hostilités. Les seigneurs hauts-justiciers ou possesseurs de pleins fiefs de haubert avaient la

» Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, fos 248 v° à 254 r° — Voir la pièce justificative n° 3.

3 Ibid., i" 281. — La première femme de Puygaillard, Clémence Le Roy, avait été tuée, le 31 décembre 1562, d'un coup de fusil, par un soldat employé dans une maison. La seconde, Marie de Maillé. veuve de François Bourré, sieur de Jarzé, étant en bateau sur la rivière, au mois de mars 1563, faillit être atteinte par les décharges d'une arquebuse. Jean de Léaumont se remaria, une troisième fois, par contrat passé à Paris, le 27 mars 1578, avec Françoise du Puy-du-Fou, veuve elle-même en secondes noces et qui lui devait survivre. (Dict. /lisf. deM.-et-L., t. II. p. 471.)

liberté du culte dans leurs maisons, pour eux et pour tous ceux qu'ils y voudraient admettre; les simples feudataires, pour eux et leurs familles et pour leurs amis jusqu'au nombre de dix seulement, sauf dans le rayon de deux lieues autour de la cour et de dix lieues autour de Paris l.

Au mois d'octobre, Bussy arrivait à Angers avec toute la maison du duc d'Anjou 2. Le mardi 22 , les huguenots d'Anjou , « des ressorts et bailliages d'Angiers , Saulmur, Baugé et Beauffort, » adressaient une requête au lieutenant du roi, gouverneur de la province en l'absence de Monsieur de Bussy. Ils désiraient avoir, dans chaque bailliage, un lieu déterminé pour l'exercice de leur religion, conformément aux prescriptions de redit. La requête était signée : René Tillon, pour le ressort d'Angers ; Charles du Bellay, pour le ressort et bailliage de Beaufort; de Lavau, pour les ressorts de Saumur et Baugé 3.

Le conseil de ville se réunit en séance le 5 novembre suivant. La pétition des protestants y fut combattue très énergiquement. « A esté conclue! que le sieur de Tilly sera, comme autresfoiz, supplié d'avertir Monseigneur que pour le bien et repos de ses subjeetz et habitans de son païs d'Anjou, il est expédiant qiCil ne se face aucun establissement de lieu pour l'exercice de la prétendue

1 Voir, sur cette paix, V Histoire de l'Êdit de Nantes, t. I, Preuves, p. 18. — La Popelinière, t. II, f» 385.

2 Mémoires et Lettres de Marguerite de Valois, p. 127.

3 Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f° 288<

religion en sond. païs d'Anjou, et en mander particulièrement les raisons à Monseigneur ; et que, où il plairait à lad. Majesté du Roy et de mond. seigneur qu'il en soit estably, se soit en ung seul lieu d'Anjou, suyvant l'édict; et que pour porter le pacquet il soit envoyé homme de pied, et le pacquet adressé à monsr. d'Angers; et pour escripre et dresser les mémoires ont esté priez mess" les procureurs du roy, Deslandes, conseiller, Le Febvre et Bitault. Et sera aussi prié mons' de Channay, grand vicaire dudit sr. evesque, de prandre la peine de lui en rescripre, au nom du clergé, pour les inconvéniens qui en pourroient arriver, et prandre la cause en sa main pour tout le clergé1. » Les prétentions des protestants furent rejetées.

Bussy d'Amboise était retourné à la cour. A la fin du mois de novembre, dit l'Estoile, le roi « renforça sa garde et entra en quelque jalousie contre M. le duc, et en grande deffiance des gens de sa suite. » Sur le rapport d'Antoine Du Prat, prévôt de Paris, qui prétendait avoir découvert une conspiration contre son souverain , on fit mettre à la Bastille, le soir, Bussy, La Châtre et quelques autres serviteurs du duc d'Anjou.

Nous avons reproduit, dans un précédent chapitre , la liste sommaire des chefs des calvinistes angevins. Plusieurs d'entre eux méritent une mention particulière. Jacques de Ghivré, IIe du nom, chevalier, seigneur de la Guénaudière , nommée depuis la Barre , était fils de

i Registres des délibérations et conclusions, BB. 35, f° 291.

Jacques de Chivré, Ier du nom, écuyer, seigneur du Plessis-Chivré, la Guénaudière, l'Estang, la Chevallerie, maître d'hôtel de monseigneur le duc d'Alençon, et de Jeanne de Bouille, dame d'honneur de la duchesse de Bar , fille de René de Bouille , seigneur de Bouille, et de Perrine de Lespervier. Il s'était uni à Cécile du Monceau. Les Chivré portaient: D'argent au lion de sable armé, lampassé et couronné de même, et aussi : d'or à un lion de sable armé et couronné de gueules. Les du Monceau de Tignonville s'armaient : De gueules à lafasce d'argent accompagnée desixannelets, trois en chef et trois en jiointe \ Claude de Chivré , sœur du précédent, veuve de René de la Rouvraye, surnommé le Diable de Bressault, capitaine huguenot, décapité à Angers, le 10 novembre 1572 2, avait épousé en secondes noces, en 1573, Pyrrhus Lenfant ou l'Enfant, seigneur de la Patrière (paroisse de Courbeveille , doyenné de Laval), fils de Georges Lenfant, seigneur de la Patrière et de Gimbré, et de Françoise du Plessis, grande tante du cardinal de Richelieu 3. Le seigneur de la Patrière portait : D'or à trois fasces de gueules 4. Il avait été

i Voir, sur la famille de Chivré, nos Recherches Épigraphiques , le Mausolée de Catherine de Chivré, deuxième édition, Laval, rue du Lieutenant , 2 , imprimerie de Léon Moreau , 1883. — La Chesnaye- Desbois, t. IV, p. 467, édit. de MDCCLXXII. — Gohory, mss. 972, p. 113 et p. 45. — Armoriai général de l'Anjou, cinquième fascicule, p. 387.

2 Voir notre article sur René de la Rouvraye, sieur de Bressault, dans la Revue historique et archéologique du Maine, t. X, 1881.

' Archives du château de Dobert, Titres et Documents... de la maison de Baslard, branches du Maine, t. V, 1575-ln99.

4 Dictionnaire de la Noblesse..., t. VI, p. 22.

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pourvu en 1376 de la grande maîtrise des Eaux et Forêts du Comté de Laval. Ce personnage fut fait, en 1589, maréchal de camp, en 1590 capitaine du château de cette même ville ; capitaine de cent chevau-légers , l'année suivante; gentilhomme de la chambre du roi en 1592, et chevalier de Saint-Michel en 1593 '. Il mourut en 1597. M. de la Broissinière était seigneur du fief de ce nom, vassal de la baronnie de Château-Gontier 2. Il portait : D'argent au lion de gueules armé , couronné et lampassé d'or 3. Le fief du Plessis-de-Gesté relevait de la Forêt-Clérambault. La terre appartenait jusqu'au xve siècle à une famille du nom et passa dès avant la seconde moitié du xvie siècle à celle de la Brunetière *. Mathieu de la Brunetière , l'ami de Bussy d'Amboise , défendit, en 1588, contre les catholiques, la Garnache et le fort de Vezins. Les seigneurs du Plessis-de-Gesté s'attribuaient certains droits sur la toilette et la personne

' Voir, sur Pyrrhus Lenfant, la Revue historique et archéologique du Maine, t. I, p. 622 et suiv. — Le château de la Patrière fut le théâtre de plusieurs combats pendant les guerres de religion. Pyrrhus Lenfant était seigneur de la Patrière, Cimbré, la Houssaie en l'Huisserie, Scépeaux en Astillé et Portebise. Ses frères, Georges et Gabriel, furent aussi calvinistes. Ils établirent un prêche dans leur domaine de Vauraimbault en Montigné. On montre encore, aux environs, une pièce de terre nommée le cimetière des huguenots. On lit, dans les Plaintes des Églises réformées de France, que « le sieur de la Patrière, gentilhomme angevin, fut déterré par sentence de la justice d'Angers. »

2 Dictionnaire topographique de la Mayenne, p. 56.

J Gohory, mss. 972, p. 7. — « A Angers, après la mort de la dame de la Broissinière, le Présidial contraignit son fils aîné à retirer ses deux frères de l'école de Loudun, pour les mettre dans un collège de la ville où ils seroient instruits dans la relligion catholicque. • [France protestante, t. X, pp. 210-225.)

* Dict. hist. de Maine-et-Loire, t. III, p. 115.

de toute « femme jolie, » séjournant un jour et une nuit daas le bourg1. Les laBrunetière s'armaient: D'hermines à deux ou trois chevrons de gueules , ou d'or , ou de sable 2.

A la bataille de Graon, Fourneaux figurait dans les rangs des chefs des Royaux, comme le raconte l'auteur des Picque- Mouches :

Je vey là ce traistre Fourneaulx, Meurtrier du baron de Vernye, Patrière et le sieur des Pruneaulx, Bien hardiz quoique l'on en die ; Mais quoy? la mesme malladie Print a eulx et à leurs chevaux.

Il n'est que d'aller.

François Bellanger , sieur de la Jarriaie , d'abord sénéchal de Beaufort, conseiller (1564), puis président en l'Élection d'Angers (1575), fut élu échevin de l'Hôtelde-Ville, puis maire le 1er mai 1598, et continué encore en 1599. Il fut inhumé le 21 octobre 1609, « peu regretté des habitans, encore moins des paouvres qui s'en plaignoient, de tant qu'il ne leur donnoit rien. . . et estoit en réputation d'estre ung meschant... qui, pendant qu'il fust maire, permettoit touttes sortes de maltoustes. » Il portait : D'argent à une tête et col de lion arrachée de gueules, mornée, surmontée en chef de trois merlettes de même , rangées 3.

* Dict. hist. de Maine-et-Loire, t. III, p. 115.

* Armoriai général de l'Anjou, quatrième fascicule, p. 281.

» Bibl. d'Angers, Mss. 919, f° 249. — Arch. mun., BB. 47. — Journal de Louvet. — Dict. hist. de Maine-et-Loire, t. I, p. 293.

Robert Avelinne est un des signataires de la requête adressée au duc d'Anjou , par les chefs du parti calviniste, pour qu'il fixe, sur le choix du roi, le lieu destiné à rétablissement de leur prêche1. Mathurin Jousselin, avocat au Présidial d'Angers, servait, au dire de Louvet, « de ministre pour les presches, » et avec ses coreligionnaires se rendit au château pour réclamer « un lieu et place » pour leurs réunions, au mois d'octobre 1576. L'Hôtel-de-Ville avait présenté requête à rencontre au nom de tous les ordres assemblés. C'est lui, sans doute, sur qui Bruneau de Tartifume cite un quatrain « en rithme poitevine » qui le dit « le premier du barreau d'Angers pour la rapacité 2.

Les avocats Sauvagère et Lemercier étaient parents. Jean Lemercier, sieur de la Sauvagère, Angevin et avocat au Présidial, d'opinion calviniste, avait composé quantité de sonnets et de poésies de circonstance qui ne paraissent pas avoir été imprimées. Les titres mêmes en sont perdus, sauf les deux suivants: L Allégresse pour la paix avec un discours des troubles derniers advenus en France en 1570, et une traduction en vers latins du poème de Bouju sur le château du Verger 3.

1 Registres des délibérations et conclusions, BB. 36, f° 354. — Louvet cite Robert Aveline parmi les « marchands huguenote et séditieux » que l'on surveillait activement en 1572.

2 Journal de Louvet. — Arch. mun., BB. 47, f° 163. — Mss. 870, f» 509. — Audouys, mss. 914. — Dicl. hist. de Maine-et-Loire, t. Il, p. 417.

s Brun, de Tart., Mss. 870, f° 1137. — Audouys, Mss. 919. — Dict. hist. de Maine-et-Loire, t. II, p. 498.

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