‹ Louis de Clermont, sieur de Bussy d'Amboise, gouverneur d'AnjouChapitre 13 sur 31 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DUEL DE BUSSY ET DE LA FERTÉ. — RIVALITÉ ENTRE LES CATHOLIQUES ET LES HUGUENOTS. — LE PRÊCHE DES RELI- GIONNAIRES RESTE ÉTARLI A BAUGÉ.

Dans un de ses voyages à Paris, Bussy avait eu maille à partir avec M. de la Ferté. On se battit à Alençon. Les deux adversaires, autrefois attachés ensemble au service de Monsieur, avaient été longtemps amis. La Ferté, déjà estropié d'un pied, dont la moitié avait été emportée par l'explosion d'une pièce de canon sur la galère de M. du Maine, pendant l'expédition de Morée de concert avec Don Juan d'Autriche, fut assez grièvement atteint et toucha légèrement Bussy. Voyant que son rival était incapable de continuer la lutte, Louis de Clermont lui proposa de remettre le combat à une autre fois1. Mais,

1 Le duel eut lieu le mardi 24 février 1579. — L'Etoile dit que Bussy et d'Angeau, « sur une querelle de néant, se battirent en chemises, avec l'épée et le poignard, contre la Ferté et Hallot, qui y lurent cruellement battus. » (Brantôme, ibid., t. VI, i'os 347-348.)

quelques jours après, une réconciliation intervint, comme le prouve l'acte suivant :

« Déclaration et réconciliation des sieurs de Bussy et « de la Ferté sur leur duel advenu à Alençon le — jour de « febvrier 1579. — Messieurs de Bussy et de la Ferté. — « Considérant qu*en ce qui s'est passé de leur combat, « pour avoir tous deux esté blessez, toutesfois beaucoup « plus l*un que l'autre, ilz ne peuvent que diversement « se plaindre ou louer du sort inégal plus ou moins favo- « rable. s'y estans tous deux portez fort courageusement, « et désirans par la recherche de leurs commungs amis « se réconcilier ensemble , après que ledict sieur de « Bussy a faict déclaration audict sieur de la Ferté de « l'occasion de son appel, dont il s'est contenté, avouent « pour esclaircir ceux qui pouvoyent doubter de la « chose, qu'en l'appel, devant, durant et après leur « combat, chacun d'eulx s'est comporté honnorablement « ce qui se peult, et aussy qu'il ne s'i est faict ne dict « acte ne parolle de l'un ny de l'autre qui ne soyt plaine « de preudhomnie et de courtoisie et digne de gens « d'honneur et de louange et de valeur ; ayans bien « voulu, pour tesmoigner de ce et de leur réconciliation « et amitié perpétuelle, en présence de plusieurs caval- « liers leurs amis, signer cette présente déclaration de « leurs mains1. »

La reine mère, Catherine de Médicis, voulant maintenir à tout prix la paix avec les protestants, s'efforçait

1 Mss. 272 de la Collection de Mesmes, f 308.

de ramener le roi de Navarre au catholicisme et à la cour1. Elle lui représentait, dit d'Aubigné, que « s'il « s'obstinait dans l'hérésie, tous les États catholiques « pourraient bien s'unir pour le déclarer déchu de son « droit de succession à la couronne, droit de tant plus « considérable, vu la mauvaise santé de Monsieur. » Le 29 janvier 1579, Henri III écrivait à Bussy d'Amboise :

« Monsieur de Bussy,

« La Royne, Madame et Mère, m'a mandé qu'elle « désiroit scavoir à la vérité quelz lieux ont esté baillez, « en vostre gouvernement, à ceulx de la religion pré- « tendue réformée pour faire l'exercice de leur religion, « suyvant ce qui leur a esté accordé par mon eedict de « pacifficacion , afin qu'elle en puisse respondre en la « conférence où elle est ces jours icy entrée avec mon « frère le Roy de Navare, pour l'entière exécution de « mond. eedict ; au moyen de quoy je vous prie, incon- « tinant la présente reçeue, dem'escrire, et à elle aussi, « ce qui est de ce faict là, comment vous vous y estez « gouverné et en usent ceulx de lad. religion, auxquelz, « s'il n'a esté donné satisfaction pour ce regard, il ne « faut pas doubter qu'ilz n'en facent plaincte et instance « à la Royne, mad. dame et mère, en lad. conférence ; « partant il sera nécessaire que vous luy en mandiez les

1 Catherine, suivie de son « escadron volant, » mêlait les fêtes et les danses aux négociations. •< Nous trouvâmes, dit Turenne dans ses Mémoires, la reine Marguerite et les filles... Les violons vinrent ; nous commençâmes tous à danser. »

« raisons, et là où il n'auroit estez pourvuz desd. « lieux, que vous nous mandiez eeulx que vous esti- « merez estre plus à propos qui leur soient accordez, « affin de le leur faire entendre, et s'il est besoing en

« convenir avec eulx : priant Dieu, mons1: de Bussy, « vous maintenir en sa saincte garde.

« Escript à Hivry, le xxix" jour de janvier l'an 1579.

« Henry.

« De Neufyille '. »

Mettant à profit les bonnes dispositions de la reine mère, les huguenots avaient obtenu de Catherine rétablissement du prêche à Cantenay. Mais Tilly avait désigné Baugé comme le seul lieu affecté aux calvinistes pour l'exercice de leur culte. Déjà, en 1563, l'édit d'Amboise avait autorisé l'ouverture d'un prêche dans cette ville pour les protestants de la province. Les religionnaires, mécontents, s'adressèrent le 26 mars au duc d'Anjou. Ils lui demandaient que « Sorges, Apvrillé ou « Cantenay Teur fussent baillez, pour faire led. exercice, » et ils ajoutaient : « La royne a voullu que led. lieu de Can- « tenay leur soit assigné, d'aultant que en icelluy lieu led. <c excercice a esté faict auparavant le xxime jour d'aoust « 1572, aussi que led. lieu appartient au sieur de la Fou-

i Reg. des délib., BB. 30, f° 98. — La lettre est adressée : « A Monsieur de Bussi, chevallier de mon ordre, gouverneur et mon lieutenantgénéral en Anjou, et en son absence, à celui/ qui commande aud. pats, ■■

« rené1, lequel est prest de le bailler, pourveu qu'il luy « soit permis. » Les pétitionnaires souhaitaient ardemment de pouvoir installer leur temple à Gantenay. Us disaient qu'ils avaient aussi réclamé l'appui du roi et de la reine de Navarre. La pièce était signé : Lemercier, Alexandre, P. Grimaudet, Descuillard, Ravard, Poisson et Jousselin2. »

Les catholiques, informés de la décision de la reine mère et « des poursuites secrètes » des protestants, se réunissent pour s'opposer aux prétentions de leurs adversaires, qu'ils traitent de « gens mécaniques et de néant.» Le maire et les échevins écrivent au roi pour obtenir que le prêche soit fixé définitivement à Baugé, « estant « au milieu du pais d'Anjou, et auquel lieu cy davant, « en conséquence d'aultres vos eedietz de pacifficacion, « lesdits de la religion avaient faict bastir ung temple, « et là esleu le lieu de l'exercice de leurd. religion. » Ils s'appuient sur le texte de redit, qui porte que les prêches ne seront établis ni dans les bourgs, ni dans les villages, sinon dans les sénéchaussées où il n'existe aucune ville. Déjà plusieurs gentilshommes ont eu l'audace de faire le prêche dans leurs maisons, où ils reçoivent leurs coreligionnaires. Les sectaires sont peu nombreux et il serait préférable d'interdire l'exercice

• Le fief de la Fourerye était situé dans la paroisse de Villevèque. — En est sieur René Guyot, 153ÏM5C2, un dos chefs du parti protestant d'Angers, seigneur en mémo temps de Gantenay. Cette seigneurie relevait du château de la Haie-Joulain, avec manoir noble, étang, garennes, le tout entouré de fossés de 10 pieds de large, suivant un aveu de 1680.

2 Beg. des dëlib., BB. 30, f° 113. — Voir la pièce justificative n°5.

public du culte réformé dans toute l'étendue de la province1. Les mêmes observations furent soumises à l'évêque de Paris, au duc d'Anjou et à l'évêque d'Angers2. Le conseil de ville fut convoqué pour délibérer sur cette importante affaire3. Le 28 avril, Monseigneur écrivait à Bussy :

« Monsieur de Bussy,

« Les maire et eschevins d'Angers m'ont faict pré- « senter la requeste cy enclose, que je vous ay bien « voullu envoyer pour l'instance que aulcuns de la pré- « tendue religion leur ont faicte de les faire accomoder « de quelque lieu pour faire les presches, mais avant « que de ce faire, je désire avoir vostre advis, ensemble « desd. maire et eschevins, pour scavoir lequel lieu on « leur pouroit bailler. Et partant, après que vous en « aurez advisé ensemblement dudit lieu que leur pen- « serez estre propre, je vous prye m'en donner advis, « mais regarderez bien que cela ne puisse amener « trouble ny sédition, et que led. lieu ne soyt incom- « mode aux habitans, pour inciter le peuple à murmure, « affin que, suivant ce que m'en aurez adverty, il y

1 Rc<j. des délib., BB. 30, f° 114. — Voir la pièce justificative n° G.

2 Ibid., f9> 115-116. — La lettre adressée à l'évêque d'Angers, pour protester contre les manœuvres des « cinq ou six petitz huguenotz » de la ville, porte cette suscription : .4 Monsieur l'évesqur cFAngiers, aulrnosnier et confesseur ordinaire du roy, en court. Elle est datée du 11 avril 1579.

3 Ibid., f« 132.

« soyt pourveu. Sur ce, je prye Dieu, monsr. de Bussy, « vous avoir en sa garde.

« Escript à Paris, le xxvnr9 jour d'avril 1579. « Vostre bien bon amy,

« Françoys1. »

L'évêque d'Angers répondit au maire et lui promit son concours. De leur côté, les protestants soutinrent leur droit. Cette guerre de requêtes, de conclusions et d'ordonnances se prolongea pendant trois mois.

Le vendredi 17 juillet, le maire, Pierre Breslay, chantre et chanoine en l'église d'Angers, Etienne Gaultier, sieur de la Pasquerie, conseiller, et François le Blanc, sieur des Moulins-Neufs2, furent délégués, par le corps de ville, pour se rendre aux Ponts-de-Cé3 et intercéder auprès de Bussy d'Amboise. Ils devaient « luy « faire remonstrance des brigues sourdes que font « ceulx de la prétendue religion réformée, pour obtenir « ung lieu de presche public aux portes de ceste ville, « et des inconvéniens qui en pouroient arriver, et le « supplier escripre au Roy ad ce que, suyvant l'advis « donné sur ce mesme faict, en assemblée publicque

* Reg. des délib., BB. 36, i° 137.

2 Moulins-Neufs (les). — Ham., cBC de Iluillé. — Le lieu et hostel seigneurial des M.-N. 1505 (G. 562).

3 « Le sieur de Bussy, gouverneur, dit Louvet, vint aux Ponts-de-Cé environ la feste de la Pentecoste audict an ; il y séjourna environ trois semaines sans venir à Angers. » Le chroniqueur ne mentionne pas les tentatives faites par les huguenots pour avoir un prêche à Gantenay.

— lot) —

« faicte en ceste maison de ville, par le commandement « dud. sieur de Bussy, le vingt-neufiesme jour de may « dernier, il plaise à Sa Majesté ordonner où il seroit « de nécessité estai » 1 i r ung presche public en Anjou, « pour ceulx de lad. religion, qui soit mis es forbourgs « de la ville de Baugé, lieu plus commode pour tous « ceulx de lad. religion qui peuvent estre aud. pais « d'Anjou en divers endroicts, parce que lad. ville de « Baugé est, entre les aultres villes du pais d'Anjou, « plus sur le mellieu d'ieelluy1. »

Le gouverneur accueillit favorablement la requête des commissaires et écrivit au roi :

« Sire,

« Ayant veu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté « escripre au sieur de ïilly, sur la requeste de ceulx de « la prétendue religion réformée, craignant que Vostre « Majesté n'ayt esté assez amplement informée comme « les choses ont passé en cest affaire, je n'ay voullu « faillir, suyvant le très humble devoir auquel m'oblige « vostre commandement, faire entendre à Vostre « Majesté que, dès le mois d'octobre 1577, pour l'exécu- « tion de vostre édict de paccification, par vostre exprès « commandement, je convoque les principaulx officiers « de ce pais, par l'advis desquelz je trouve que le « presche public pour ceulx de lad. prétendue religion,

« Reg. des délib., BB. 36, 1" 141. — La ville de Baugé est située à

10 kil, d'Angers, 35 kil. deSaumur, -2:! kil. du Lude, lit kil. de la Flèche, 17 kil. de Durtal, 14 kil. de Beaufort.

« ne se pouvoit establir plus commodément, en Anjou, « que es faulxbourgs de la ville de Baugé, qui est le « plus au mellieu dud. pays ; de quoy j'averty dès lors « Vostre Majesté ; et, depuvs, j'ay sceu queceulx de lad. « prétendue religion, en la conférence faicte à Nérac, « entre la Roy ne, Vostre Mère1, et le roy de Navarre, « sans advertir aulcun qui eust de Vostre Majesté « commandement, en ce païs, s'en sont allez plaindre « d'ung reffus au moyen de quoy il pleust à la Royne, « Vostre Mère, escripre à Monseigneur de les contenter; « lequel manda soudain, au sieur de Tilly, pourveoirau « contenu d'une requeste par lesd. de la prétendue reli- « gion, présentée suyvant ce qui luy seroit, par Vostre « Majesté, ey après commandé.

« Et, de reclief, Mondit Seigneur me iist cest honneur « de me mander luy faire entendre quel lieu je trou- « verois, par l'advis du maire et des eschevins, plus « commode pour Festablissement dud. presche. A quoy « j'obéy et envoyé à Vostre Majesté le procès verbal de « la résolution qui en l'ut prise, en Thostel de ville « d'Angiers.

« Sur tout cela il vous a pieu, depuis quelques jours, « sur rinslanee d'aulcuns particulliers de lad. prétendue « religion, escripre aud. sieur de Tilly, que, des trois « lieux de Sorges, Gantené et Apvrillé, il regarde lequel « sera plus à propos pour leur estre délaissé ; mays

1 La paix signée à Xérac était une déclaration on vingt-sept articles, interprétative du traité précédent: la publication eut lieu au mois de février 1579.

« craignant qu'on ne vous ayt remonstré que lesd. « villaiges sont proches d'une lieue de vostre bonne « ville d'Angiers, à cause que se sont passaiges sur « rivières, qui pouroit, allant et venant, causer sédition « entre eulx, et mesme que le huictiesme article de « vostre édict porte expressément que les presches « seront establiz aux faulxbourgs d'une ville, j'ay en- « core trouvé, avec les principaulx officiers de ce pais, « s'il plaist à Vostre Majesté, pour contanter et contenir « ung chacun en paix, les faulxbourgs dud. Baugé estre « le lieu le plus commode pour establir leur presche.

« Priant le Créateur, Sire, vous donner, en parfaicte « santé, très heureuse, très longue et bonne vie.

« Du Ponts-de-Sée, le xxxe juillet V! lxxix.

« Vostre très humble, très obéissant subject et ser-

« viteur,

« Bussy d'Amboyse1. »

L'intervention de Bussy d'Amboise assura le triomphe des catholiques. Baugé resta le seul lieu affecté aux protestants. Un arrêt du 7 décembre 1581 créa, à Baugé,

i Reg. des délib., BB. 3t>, f"à 148 v°, 14'J r» et v°. — Le 29 mai de la même année, à six heures du soir, Beaupré, gentilhomme du Berry, qui se disait insulté par d'Aumont, accompagné de cinq seigneurs bien montés, « vint charger ledit d' Aumont en son carrosse, près la porte de Bussy, avec M. de Bouchemont et les dames de Rets et de la Bourdaisière, à grands coups de pistolet. » D'Aumont fut blessé. Bouchemont, « qui n'estoit pas de la querelle, faisant contenance de sortir du carrosse, » fut assailli de coups et périt. (L'Estoilc, pp. 188-189.) — Le 8 juin, d'Angeau et la Ilette, gentilshommes de M. le duc, se battirent à Bourgueil , « dont Bussy estoit lors abbé. » Le premier fut tué et le second succomba peu de temps après. (Ibid., p. 189).

un prêche qui y fut installé le 13 janvier 1582. Supprimé plus tard, il fut rétabli par l'édit de Nantes en 1598. Le culte réformé prit à bail en 1671, 1679, de la veuve Boisron, l'enclos .et les appartenances de Beauregard, dans le faubourg Saint-Michel pour le prêche et pour le cimetière. Les jardins d'alentour portent encore le nom de Prêche '. Une requête des calvinistes d'Angers et de Baugé contenant l'indication du lieu où ils désiraient tenir leurs assemblées, en 1599, a été conservée2.

1 Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maineet-Loire, t. I, p. 226. — C'est dans l'église Saint-Nicolas que les huguenots avaient établi leur prêche. Une bénédiction nouvelle du lieu saint, rendu au culte catholique, eut lieu en 1626 par les soins du prêtre Richomme. On cessa d'y célébrer la messe en 1752. (Ibid.).

- Mss. 873 de la Bibliothèque d'Angers (trois pièces).

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