‹ Louis de Clermont, sieur de Bussy d'Amboise, gouverneur d'AnjouChapitre 16 sur 31 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

Passant, tourne le monde et va chercher Bussi ;

Son cœur, plus grand qu'un monde, a mis son corps icy.

1 Brantôme, t. VI, pp. 191-192. — Un autem angevin, M. E. Gasté, a publié en 1861 un roman intitulé : les Angevins et Bussy d'Amboise, Scènes de la vie au .VI 7e siècle, Éludes de mœurs, dont il a tiré ensuite un drame joué à la salle Hetzel.

Tu as veu d'autres mortz, tu n'en vis jamais une Qui ayt si peu laissé mourir pour le trespas. Son plaisir fut sa mort, ses plaisirs ses combatz. Il fut crainct du Soleil1, bien aymé de la Lune2, Délaissé seulement de l'ingratte fortune, Qui ne l'avoit aymé, car il ne l'aymoit pas. Son âme brave encore le plus brave du ciel, Et ce que j'en escritz d'une plume attrempée3, Au lieu du papier blanc, il l'escrivit au ciel. Son ancre fut son sang, sa plume son espée.

Le souvenir des excès commis par Bussy d'Amboise hanta longtemps l'esprit des Angevins, comme le prouve l'extrait suivant d'une curieuse et rarissime plaquette datée de 1589 : « Nous sommes contraint en cet endroit « accuser nostre trop indiscrette affection que nous « avons aux estrangers, et le peu d'honneur que nous e portons aux Seigneurs du pays, lesquels combien « qu'ils soient infiniement préférables à tous autres. « Toutesfois le Cadebiou, le dechiquetis, la barbe bour- « rasque, le poil hérissé d'un nouveau venu nous ensor- « cellent. Le règne de Bussy en fait foy K »

Au siècle suivant, notre personnage avait conservé

* Le Soleil, — Henri III.

2 La Lune, — Marguerite de Valois.

s Attrempée, modérée.

* Doléances des vrais catholiques captifs et asservis en la ville d'Angers, par lesquelles on peut veoir à l'œil le traictement que reçoivent ceux qui se laissent apaster à laigredoux des Politiques et Catholiques fardez, et combien leur joug est fascheux à porter, p. 13. — A Paris, chez Guillaume Bichon, rue S. Jacques, à l'enseigne du Bichot, 1589.

une renommée légendaire. Tallemant des Réaux attribue à Louis de Clermont un exploit fabuleux : « J'ai oûy « conter, dit- il, que ce Bussy estant un jour allé voir « les bestes des Tuilleries avec des dames, il y en eut « une assez imprudente pour l'obliger à lui requérir « son gant qu'elle avoit laissé tomber dans la loge d'un « lion. Il y fut l'espée à la main, reprit le gant sans que « le lion branlast, et, en le rendant à la dame, il lui en « donna un petit coup sur la joue et lui dist: « Tenez « et une autre fois n'engagez point des gens de cœur « mal à propos1. » Brantôme rapporte un fait semblable, mais c'est François de Montgommery, sieur des Loges, c capitaine de gens de pied, » au temps de François I'r, qui est le héros de cette périlleuse aventure. Sa maîtresse le prie d'aller chercher son gant tombé dans le parc des lions. Il s'acquitte fidèlement de cette singulière commission2. Cette histoire est le sujet d'une ballade de Schiller : Der Handschuch3.

La reine Margot n'oublia pas son amant. Elle composa en souvenir de Bussy un poème mythologique : L'esprit de Lysis disant adieu à sa Flore*. On ignore si elle portait dans son sein ces regrets amoureux, comme

« Tallemant des Réaux, Historiettes, édition de B. Monmerqué et P. Paris, t. VI, p. 474.

2 Brantôme, t. IX, pp. 390-391.

' Voir cette ballade dans la traduction française des Poésies de Schiller, par Marinier.

* •• Elle aimoit, dit Dupleix, à se faire appeler la Vénus Uranie, « comme pour distinguer son amour de celui du vulgaire, affectant « qu'il étoit plus pratiqué de l'esprit que du corps. »

elle le fit plus tard pour les vers en l'honneur de Saint- Julien, qu'elle « disoit comme elle eust fait ses Heures1. » A Angers même, où cependant le nombre de ses détracteurs était considérable, Bussy trouva un apologiste. Michel Théart, sieur de Baraise, en Ghemiré, terre dépendant de la chapelle de Vaux en Saint-Laurent-des- Morliers, et avocat du roi au Présidial, consacra plusieurs élégies à la mémoire de Louis de Glermont. Ces poésies, publiées en 1579 chez René Troismailles, imprimeur de l'Évêché, sont aujourd'hui introuvables.

4 Saint-Julien, jeune Provençal , qui avait supplanté le fils de M. et Madame de Vermont, attaché à la maison de Marguerite, fut tué par son rival d'un coup de pistolet, en 1606. Le criminel eut la tète tranchée devant le logis de la reine de Navarre, « qui estoit l'hostel de Sens. »

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